jeudi 19 mars 2009

David Porter - Victim of a joke ?

Le 10 décembre 1967 est une date clef pour Stax records, dans le tragique accident d'avion qui emporte Otis Redding ainsi qu'une partie de son groupe les Bar-Kays, la firme de Memphis voit stopper net son ascension incroyable entâmée aux débuts des années 60. Commercialement Stax perd dans cet accident son plus gros vendeur mais également l'âme de soulsville et avec le décès d'Otis Redding, le son de Stax est à réinventer.
A cette tragédie s'ajoute peu de temps après le rachat d'Atlantic (historique distributeur des disques de la firme) par Warner au printemps 1968 et qui dans la même opération et à la suite de monstruosités juridiques telles que seul le Droit peut nous en pondre, Stax perd les droits de son catalogue et se retrouve donc complétement nu. C'est "Dock of the bay" d'Otis Redding qui viendra renflouer les caisses, le disque posthume devenant pour tous les fans en pleur de Mr Pitiful une référence en matière de r'n'b et de soul music teintée de pop.
Si on ajoute à cette série noire l'assassinat de Martin Luther King à Memphis même et qui plongea la ville dans des émeutes sans précédent (les incendies épargnant les locaux de Stax), on comprendra aisément combien il était nécessaire pour Stax de réinventer sa musique. Le directeur artistique de la firme, Al Bell, y remédiera rapidement en lançant dés 1969 la bagatelle de 27 albums dans lesquelles s'illustreront notament quelques jeunes pousses par ailleurs plus habituées aux scéances d'écriture qu'aux spots des salles de concert. Le "Hot buttered soul" d'Isaac Hayes fera bien entendu partie du lot et figurera contre toute attente comme l'un des best-sellers de la firme, et ce malgré son format totalement novateur pour l'époque, sa soul se diluant dans un déluge de cordes figurant un écrin magnifique pour la voix de baryton d'Isaac Hayes. Le tournant est annoncé.
David Porter travaillait depuis toujours avec Hayes, contruisant en tandem quelques uns des plus beaux tubes de Stax pour Carla Thomas ("B-A-B-Y"), The Emotions ("Show me how") ou encore Sam & Dave. Le début de la carrière solo d'Isaac Hayes figurant la fin de cette prolifique collaboration, David Porter est bien obligé lui-aussi de revoir ses ambitions à la hausse ou en tout cas de revoir sa carrière à l'aune d'un jour nouveau. C'est la grande force d'Al Bell d'autoriser à cette époque les formats les plus variés tout en osant un son neuf et en offrant dans le même temps une liberté artistique totale à ses artistes.
Lorsque David Porter signe "victim of a joke ?, an opera" en 1971, il a eu toute latitude dans le studio pour réaliser ses ambitions. C'est un disque baroque qu'il offre à Stax, complétement dans son époque, la grand messe psychédélique s'étant peu à peu essouflée avec le décés d'Hendrix et les errements de Sly Stone, David Porter convie au chevet de sa soul orchestrale des influences gospel mais aussi résolument modernes, gorgées de rock psyché. Chacun des huit titres de l'album est précédé de courts sketches parlés, des enregistrements de voix et la transition avec les parties chantées n'en est que plus frappante. Porter est grand, il chante d'une voix profonde ses propres compositions mais c'est véritablement sur la reprise du standart de Tin Pan Alley "The masquerade is over" (long morceau de presque 10 mins) que son talent se fait le plus éclatant, que sa science des arrangements est la plus éloquente, les coeurs explosifs se magnifiant au contact des déflagrations sonores des Memphis Horns. Stax a toujours basé sa renommée sur l'excellence des ses musiciens studio (de Booker T au Mar-Keys en passant les BAr-Keys) et sur ce disque la qualité de son son se fait toute puissante.
Malheureusement pour David Porter, aucun des titres de son album ne fera le bonheur des radios et la carrière de l'ex-associé d'Isaac Hayes ne connaîtra jamais le même essor que celle de ce dernier. Malgré tout il nous reste ce disque et quelques autres, et donc le bonheur d'écouter cette soul music impeccable qui a emprunté un instant des habits de clown.


Airplane Ticket - David Porter

2 commentaires:

Thierry a dit…

Excellent article sur un personnage clef de la soul music. Si vous voulez en savoir un plus sur son comparse Isaac Hayes, je vous invite à venir jetez un oeil ici:http://www.worldofsoul.fr/index.php?sujet_id=9937&com=open#comment

Musicalement votre

thyuig a dit…

J'y jette un oeil de ce pas ! Merci pour le lien.
Et merci pour le commentaire !