dimanche 14 septembre 2008

Nicolas Juncker - D'artagnan, journal d'un cadet

En découvrant le palmarés d'Angoulême à la fin janvier 2009 vous verrez indubitablement ce D'Artagnan, journal d'un cadet s'afficher tout en haut de l'une ou l'autre catégorie. 260 pages d'une aisance remarquable, sans esbrouffe graphique particulière, et où perce de la part de Niclas Juncker un immense amour pour ses personnages. Voilà pourquoi cet album aura un prix, et aussi parce que la concurrence est dans les choux depuis le début de l'année 2008. A peine deux albums marquants en FB et nous arrivons déjà dans le dernier tier de l'année.
Alors, qu'ont de commun le si remarqué Spirou de Bravo et si transparent (pour le grand public, la critique, le lectorat habituel) D'artagnan de Juncker ? Ils partagent d'emblée une veine particulière de la littérature française : l'aventure. Pas celle des Stevenson, London et autre Conrad, non, l'aventure à la française, celle qui tourne un peu à la farce, mais dans laquelle le héros sauve immanquablement la patrie en danger. Que l'on comprenne bien ici que réussir à mener ce type d'aventure n'est pas chose courante, Blain et son Isaac symbolisent pour moi parfaitement cette réussite épique et gaudriolesque. Juncker avait déjà tranformé l'essai avec son Malet, peut-être un brin trop historique pour moi, même si une nouvelle fois menée très adroitement. Ici, avec D'Artagnan son talent prend une autre envergure, les personnages si familiers de notre littérature prennent des atours plus travaillés, moins lisses, les héros se fissurent et laissent place à des hommes simples qui pensent quequette, honneur bien entendu, mais aussi denier, noblesse, bagarre et apparat.
La patte Juncker se précise dans le traitement très simple de l'histoire, peu d'invention graphique mais un dessin sans faille, qui ne se refuse aucune difficulté et réussit parfaitement à nous embarquer. Voilà pour D'Artagnan, voilà pour Juncker, voilà pour Angoulême, enfin, je peux me tromper aussi.

mardi 9 septembre 2008

Kokayi - Mass instructions

Voilà l'une des raisons qui m'ont fait me jeter dans le Hip-Hop il y a un peu plus de dix ans, non pas ce disque, mais la collaboration de l'ex-groupe de Kokayi, les Metrics, futurs Opus Akoben. Sur A tale of 3 cities le groupe explosait littéralement aux côtés de Steve Coleman dans un exercice rap-jazz de toute beauté, les improvisations des trois membres de Metrics, Sub Zero, Shahliek et Kokayi démontraient à tout instant la richesse de leurs flows respectifs, comme des trompettistes bop qui s'exciteraient sur la gamme. Bref, les groupes Metrics puis Opus Akoben enterrés (leurs membres diraient le contraire...), on n'attendait pas grand chose du premier album solo de Kokayi. Et pourtant, sans être l'opus du siècle, il se glisse parmi les 12 titres plus de pépites qu'il n'y parait à la première écoute. D'évidence Mass Instructions pêche par trop d'éclectisme, 13 tracks réserrées comme ici ne nécessitaient pas les détours que s'autorise l'artiste du côté du rap commercial, des rythmes caraïbes ou d'un son un poil trop dépouillé par instant.
Malgré tout Kokayi reste ce emcee monstre, formé à l'art de la scène et capable de tout avaler en un couplet, témoin cette tuerie syncopée que vous n'entendrez jamais à la radio, featuring Rona Rawls et sur laquelle Kokayi démontre et prouve à tous les jeunes coq que le vieux lion est bel et bien là :

STRESS!! (featuring Rona Rawls) - KOKAYI

Cadeau bonus :

samedi 6 septembre 2008

Hardkandy - Second to none

Troisième album du groupe anglais Hardkandy et du desormais tout seul au sein du band Tim Bidwell, Second to none est une pépite soul complétement inattendue. Des disques précédent, seul la collaboration avec Terry Callier m'avait paru digne d'intérêt, le reste demeurant le plus souvent noyé dans un son nu-soul pas très élaboré. Avec ce disque je vous le dis direct la donne change. Tim Bidwell distribue les cartes à quelques featurings totalement inconnus pour moi : Martin Harley, Laura Vane and Sean Clarke, mais surtout, il base toute sa musique sur celle d'un génie disparu cet été : le regretté Isaac Hayes. L'influence est majeure, pourtant pas grossière se ressent comme une anticipation géniale d'un hommage au son man of Stax. La même utilisation des cordes, des basses toniques et frappées, le climat blaxploitation qui se dégage de titres comme dunks ou Overkill, si c'est pas de l'hommage ça....
En tout cas, et pour abréger un peu les choses, Hardkandy ressemble à s'y méprendre à un groupe de maintenant qui aurait parfaitement compris comment marchait le r'n'b à papa des 60's et la soul cosmique des 70's. Prince n'est pas très éloigné non plus.
Je cherche des titres à vous proposer, pour l'instant contentez-vous de Dunks, mais surtout, Elevation et The Good and the bad sont deux pures tueries et en écoute sur le myspace (en fait non, les titres ont changé...) du groupe, toujours en cliquant sur le titre de cet article.


Dunks - Hardkandy

Ps : "Hey Lover" sonne comme si Aretha remettait ses cordes vocales en jeu, 1969, c'est la chanteuse la plus balèse du monde. Enfin.

mercredi 3 septembre 2008

Jazz vs rap ?

Il y a comme un fantasme dans le milieu de la critique musical (pour le coup, "milieu" prend ici tout son sens, le milieu du moyen, le sens commun quoi) qui consisterait à croire ou à vouloir croire que rap et jazz sont fait pour s'entendre. Sans aucun doute, leur essence est la même, tous deux sont urbains, marqués par les grandes métropoles américaines, scarifiés par un apartheid réel, qui continue de confiner les communautés dans des blocs à part. Quelque part je dirais bien que l'amérique débloque quand elle chapotte de telles saloperies mais le Solaar sur mon épaule veillerait alors trop sur moi. Ne pas risquer qu'il prenne la plume tout de même.
Je disais que rap et jazz devaient nécessairement s'entendre. Ben oui, les rappeurs "y font que piller les vieux standards be-bop !" Hum, et puis regardez comme la critique sociale est au centre des enjeux du jazz tout comme de ceux du Hip-Hop ! Pour le coup le critique qui sommeille en moi avec Mc Solaar sur son épaule a plutôt raison : Jazz et Hip-Hop, même combat. Fight for power et Malcom X, et Public Enemy, et Rodney King et Fable of "ce salaud de " Faubus, et les droits civiques, le Bronx en flamme, tout ça c'est bien du jazz et du hip-hop. Mais alors que je dégage le critique de mon épaule j'ai presque envie de dire que le rap n'existe pas alors, qu'il est le jazz et point barre. Là encore, hum. Je peine à imaginer Charlie Parker en baggy-bagouses-bagnoles-bat-girl, non ? Et Miles alors ? Hum, mauvais exemple...
De toute façon le hip-hop c'est de la soul ! Regardez mieux Isaac Hayes et son cercueil fermé par une grosse chaîne en or, et ses colonnes de violons qu'il a faites ériger de part et d'autre de son mausolée. Saint Isaac était hip-hop, plus que Miles et John, et François maintenant, et qu'Yves aussi. Le Hip-hop c'est de la soul, d'ailleurs, regardez "comment y pillent tout le catalogue Stax, Motown et Atlantic les rappeurs" ! Ouais ! Mais moi ce qui me saoule c'est que la soul rende l'âme noire dorée alors que le Hip-hop l'ôte, cet or, pour y mettre un peu de ce jazz aussi.
Il y avait donc (avant que j'écrive ça) un consensus mou, une certaine critique qui voulait affreusement relier le Jazz au rap, en faire une unité. Bah tiens, ça, c'est réglè.
Sans rire, le jazz s'invente surtout boderline, le meilleur du Hip-Hop aussi, quoique sa veine pop soit tout aussi riche et variée (enfin, c'était vrai pendant 20 ans, ça l'ets nettement moins maintenant). Il y a donc un rap qui combine ses propres éléments urbains, sa modernité et ce sens inné qu'ont les grands improvisateurs, cette capacité à confronter la musique à un mur d'incompréhension, ce même mur défoncé il y a presque 50 ans par ce grand génie d'Ornette Coleman. Hip-hop et jazz se rencontrent vraiment face à ce mur, ça donne le "Only" de Beans chroniqué dans ces colonnes, mais ça ouvre aussi vers une facture plus classique de live band, je pense ici à IsWhat?! et à Soweto Kinch, deux groupes féroces, respectivement new-yorkais et londonien et qui savent mieux que quiconque actuellement hériter de la musique des grands seigneurs de la guerre des droits civiques mais aussi la réinventer dans un fouilli de percussion et d'abrasion textuelle. Il faut écouter comme Napoleon Maddox écrit, et crie ! ses textes fourmillants de mille sens et jeux de maux. Il faut écouter Soweto Kinch lorsque son saxophone appelle sa partition de storyteller, quand il raconte ses tours à travers des contes à ne pas dormir du tout. Ou alors des contes à danser et à écouter.
Soweto Kinch a tout juste trente ans, joue du saxophone comme si sa vie en dépendait, invente des rimes absolues, propose une musique difficile, assonnante, faîte d'urbanité et d'invention. IsWhat?! est plus consensuel, au moins dans ce deuxième opus "The life we chose", mais il faut quand même écouter la reprise de Kashmir, c'est du grand art. Malgré tout "Ill Biz" est à l'image du disque, un titre classique dans sa facture, efficace, mais surtout pas assez aventureux alors qu'explicitement politique et attaquant sans vergogne la présidence américaine.





Kashmir - Iswhat?!

Un ttre du premier disque de Soweto Kinch :
Good Nyooz - Soweto Kinch


http://www.iswhatmedia.com/

Ps : en me relisant je me rends compte que je n'ai pas assez rendu grâce au travail de Soweto Kinch dans son deuxième album "A life in the day of B19 : tales of the tower block". Franchement, ce disque est une petite pépite, rien que l'enchaînement "A friendly game of basketball", "everybody raps" et "Who knows" vaut plus que 99% du hip hop d'aujourd'hui. On y entend la rue, les voix de différnets protagonistes, ça rappe un peu, on retrouve le rythme, une battle commence, c'est vivant quoi. Hip hop et jazz en même temps, c'est possible oui.

Allez donc faire un tour ici :

http://www.myspace.com/sowetokinch

mercredi 27 août 2008

Raashan Ahmad - The push

Bon, ce truc là, ça devait fatalement cartonner, c'était inévitable et ouf ! contrat rempli, le leader des Crown City Rockers de Bay Area ne déçoit pas, ou alors vraiment peu, sur le seul track véritablement faible de l'album : "Yusef", dont j'aurais préféré qu'il s'adresse au grand Lateef plutôt qu'au petit nouveau de la famille. Mais c'est ainsi, si je savais rapper je vous aurais déjà pondu deux concept-albums dédiés à mes deux princesses moi. Doooonc reprenons avec Raashan et son premier LP et bien nommé The Push, petite perle de Hip-Hop west-coast version Jurassic 5 (Chali 2Na propose un titre en compagnie d'Eligh) plutôt que N.W.A., ce qui n'est pas pour me déplaire, mais là n'est pas le sujet. Ceux d'entre vous, chanceux, qui connaissaient déjà par coeur Crown City Rockers auraient du s'attendre à se reprendre en pleine poire toute la puissance scénique du groupeet sa musique jouée live et bien non, Raashan balance à sa façon des tracks produites par divers grands et petits noms de l'underground ricain : DJ Vadim remporte ici la palme avec son très réussi "Weight".
Au chapitre des réjouissances, je retiens un retentissant "If I" qui ferait se lever l'Ossétie du nord et même celle du sud dans un concert de béquilles, marquant le rythme de cette superbe ligne de basse, et sans oublier le Rhodes de Kat Ouano, un transfuge de Crown City Rockers. Je ne sais pas d'où vient ce sample, mais il déboite sa mémé et franchement, c'est tant mieux pour les popotins, et c'est tant pis pour Vladimir. Alors à ce compte là, que "If I" intérroge le rapport que Raashan entretient avec Dieu, on s'en tamponne joyeusement, pourvu que ça ne s'arrête jamais quoi. Question propos, le texte de "Cancer", dédié à la mère décédée de Raashan confirme quant à lui tout le talent de lyricist du emcee, c'est toujours délicat d'aborder ces thèmes là, et je pense ici au parfait "Crevice" de Beans déjà évoqué dans ces colonnes.
Voilà pour Raashan, allez donc sur son myspace, pas mal de titres sont en écoute (et toujours en cliquant sur le titre de l'article).

If I - Raashan Ahmad

mercredi 20 août 2008

Paul Pope - 100%

Après avoir dévoré son batman year 100 et presqu'immédiatement trouvé trop inégal son Heavy Liquid, c'est sur la pointe de pieds que je me lançais dans la lecture de 100 %, dernière traduction en date de Paul Pope. Hum. Si je devais trouver un argument, là, pour vous faire ne pas vous précipiter sur cet album, ce serait pour sa couverture assez moche, mais pour le reste, 100 % est une merveille, ne pas le lire devrait entraîner l'exil en Ossétie du Sud sur le champ.

Bon, et le bouquin alors ? Juste une claque, d'abord et toujours avant toute autre chose avec Paul Pope, c'est une claque graphique. Il faut voir ces larges coups de pinceau, l'impeccable qualité du découpage, l'impression de flou entraîné par la surbondance de vie, il faut voir comment Paul Pope peint une histoire, coincé entre Zezelj et Miller, entre manga et comics, l'oeil rivé sur Moebius.

Paul Pope c'est du discours amoureux servi dans un plat de SF crédible, voilà pour ce qu'on trouve à l'intérieur de l'emballage. Dans 100 % le monde décrit pourrait presque être contemporain si n'étaient quelques réalités virtuelles étonnantes et d'autres défoulements de tripes en 3D, strip teaseuses s'abstenir. Mais ce livre s'occupe surtout de faire se rencontrer 3 couples d'une façon tout à fait sincère, montrant la façon dont les relations se tendent et se détendent toujours aux rythmes des sorties, drogues, alcools mais aussi boulots, aspirations, manières de vivre.

Paul Pope ne fait rien d'autre que ce que nous montrait déjà Zezelj dans Rex ou dans le Rythme du coeur, on retrouve la même force graphique et la même envie de couvrir le spectre des sans-grades et des plus démunis, de laisser ces personnages croiser sur 200 pages. Pope ne fait rien de différent, voilà pourquoi ses livres demeurent toujours un peu en tête, comme des référants d'un certain type, lorsque je pense mafia je vois Scorsese et Gandolfini, et quand je pense downtown et encre de chine je vois Paul Pope.

PS : encliquant sur le titre de ce message, vous tomberez sans aucun doute sur le blog de Paul Pope. Enjoy !



mardi 19 août 2008

William Faulkner - Moustiques

Vous pouvez vous appeler Faulkner et planter complétement un bouquin, c'est possible. Si vous vous appeliez Sullitzer ou Jardin, ou Marc Levy ou je ne sais quel autre nain du clavier aseptisé pour cathodés à l'entertainment, je vous dirais que je ne peux malheureusement rien pour vous, mais Faulkner quoi ! FAULKNER ! Il est des choses qui me dépitent, et voir une statue parfaite se casser la gueule du piedestal littéraire sur lequel on l'a fichue, ben oui, ça fout un coup.
L'histoire résumée tient en peu de choses : tout se qui figure la vie artistique de la Nouvelle Orléans se retrouve invité en croisière par une riche veuve aux mécénales envies. Il y a là un poéte, deux écrivains, un sculpteur amoureux, une godiche, son mac, quelques critiques, un industriel anglais, bref, de quoi pavoiser sur 300 pages. Gagné ! Faulkner en fait que cela, esquissant en creux une critique de cette jeunesse qui se libére (très bien), du féminisme en vogue dans les années 30, des rapports affreux que tissent entre eux mécénes et artistes (d'accord) mais à quoi bon tout ça ? La seule beauté du roman (magnifique beauté, je ne le nie pas) se niche dans l'esquisse d'histoire d'amour qui relie la nièce fortunée au sculpteur d'une part et au matelot d'autre part. Tout en finesse là où jusqu'ici Faulkner n'avait manié que la brosse large, maintenant il figure admirablement les caractères, les fait se tenir ensemble, se porter, s'embrasser un peu, se retourner, s'ereinter réciproquement, le viol de Sanctuaire n'est jamais loin; et cette guêpe de nièce, toujours à son aise, sauf lorsque ces miriades de moustiques la happent et la font renoncer à cette légère mais sincère tentative d'évasion. Et alors le roman replonge, et son lecteur de se taper la joue, maudissant éternellement les foutus moustiques du titre d'avoir arrêter net une histoire qui promettait d'emmener une jeune fille et son matelot vers des envies infinies.