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samedi 30 janvier 2010

Michaël Chabon - Le club des policiers yiddish

Les Juifs ne vivent plus en Israel, ils se sont faits jetés et ont obtenu dans la foulée une concession pour cinquante ans dans un endroit loin de toutes plages et cocotiers, le district de Sitka, en Alaska. Voilà le postulat de Chabon, postulat qui n'indique absolument pas toute la folie de cet écrivain polymorphe, coincé entre Chandler et Philip Roth, qui moque autant qu'il se moque de ses contemporains de Juifs.
Et donc les Juifs sont à Sitka, et Landsman se remet très moyennement de sa séparation, de la fin de la concession en Alaska accordée par les Américains (pour dans un mois seulement) et tout ça le déprime gentillement. Il piccole trop, dort mal et comme tout Juif qui se respecte, il ressasse les fautes commises non seulement par lui mais par tout un peuple. Voilà pour la déprime.
Le cadavre (dans tout roman policier il y a un cadavre) est celui de Mendel Shpilman dont on va apprendre quel rôle incroyable il pouvait jouer dans la communauté de Sitka, quels rêves il éveillait, quelles aspirations il déclenchait. Mais le mec es tmort, une balle dans la nuque, et la piste que remonte Landsman va le conduire à un complot de genre international, un truc fou, dément, qui pourrait bie navoir à faire avec un certain attentat du 11 septembre. Je vous laisse découvrir la suite.
Il me faut rendre hommage à l'écriture de Chabon. Elle est d'emblée ardue, utilisant à foison un argot yiddish (traduit en fin d'ouvrage) irrésistible, sholem, noz, patser, shammés etc etc... Et de l'emploi de ces mots va jaillir tout un imaginaire en forme de bulle, comme si Sitka existait vraiment, que la folie de ces gens était réelle, parce que plantée là, dans la langue même qu'utilise Chabon. C'est un joli tour de force, même si certaines phrases se dégusteraient davantage avec un peu plus de retenue, Chabon se permet quand même le luxe de ciseller ses 450 pages de roman, la toute grande classe.

mardi 17 novembre 2009

Stéphane Beauverger - Le Déchronologue

Je viens de finir la lecture d'un excellent roman et je me réjouis de découvrir qu'à La Volte, après la tempête Alain Damasio il se rencontre un autre auteur majuscule : Stéphane Beauverger. Bravo La Volte ! "Le Déchronologe" est un raffiot de la flibuste porté par de solides marins sur les flots caraïbes au milieu du 17ème siècle. Dirigé par Henri Villon, capitaine alcoolique et mélancolique (les deux allant souvent de paire) est confronté à des tempêtes venues d'autres temps, des paradoxes temporels qui transforment ce qu'on aurait pu interprêter comme de la paisible flibusterie en éternelle chasse au long-cours.
Il est utile de signifier dés à présent que le roman est déconstruit, les 25 chapitres s'organisant en sauts temporels du futur au présent, puis au passé et encore au futur, etc ; ils prennent l'histoire d'Henri Villon dans sa largeur, commettant d'emblée l'angoisse de sa proche fin pour nous relater bien plus tard l'origine de ce trépas. Beauverger slalom continuellement et ne livre qu'au coup par coup les ersatz de vérité qu'on croît pouvoir déceler. Car ce monde est pourri, il suinte des merveille d'autres temps, les lecteurs de CD rejoignent librement l'usage de la poudre et la simple motricité des voiles tendues par le vent, les lances-roquettes dévastent les cités espagnoles alors même que l'on continue à se battre au sabre dans d'autres échauffourrées. Beauverger a crée une soupe avec comme source des failles temporels que certains utilisent pour réinventer le présent et le futur en des nexus inintérrompus. Vertige.
Mais alors même que dans ces situations réside la plus riche idée du roman, Stéphane Beauverger sait parfaitement y adjoindre une somme de caractères plus fascinants les uns que les autres, à commencer par le capitaine Henri Villon lui-même. Villon ets un bois-sans-soif invétéré, mais il est aussi un visionnaire de ces temps chargés en paradoxes, il traque les merveilles technologiques d'abord à bord du Chronos, puis résuscite en commandant le Toujours debout qu'il rebaptise en Déchronologue quand vient les temps d'affronter ces merveilles. "Le Déchronologue" est un roman ample, rempli de la souffrance de ces hommes de mer qui ont tant fasciné et tant mystisfié les océans. On y goûte l'apreté sans reserve des situations, ce cachot incroyable de Carthagène livré sans masque par un Beauverger à son meilleur quand il décortique la misère et le cataclysme. Grand roman et formidable écrivain.

mardi 15 septembre 2009

Michael Flynn - Eifelheim

Sans hésitation aucune Ailleurs & Demain mériterait le titre de pire couverture de l'année 2008, peut-être même pourrait-on envisager de concourir sur la décennie entière tellement cette illustration infecte jette un discrédit absolu sur l'oeuvre qu'elle est au contraire sensée souligner.
On aurait chercher à ce que le public -déjà fort léger- des amateurs de SF se détourne d'Eifelheim qu'on n'aurait pu s'y prendre autrement mieux. A la limite, illustrativement parlant, faire pire, c'était faire mieux.
Passée cette gêne intrinsèque à se saisir de l'ouvrage dans votre librairie habituelle - oui, parce que bon, l'achat de sous-littérature aliénisée n'est pas le quotidien de votre serviteur -, il faut absolument au lecteur se rendre à l'évidence, ce Michael Flynn n'est pas banal, et son livre non plus.
Il y a deux récit dans "Eifelheim", l'un prend cadre au 21ème siècle de façon à peu près contemporaine tandis que l'autre se déroule au 14ème siècle durant la terrible épidémie de peste noire qui ravagea l'Europe entière. Deux récits pour un propos : qu'arrive-t-il de si extraordinnaire à Eifelheim, petite bourgade allemande de la forêt noire pour qu'elle disparaisse de la carte. C'est la question que se pose Tom, cliologue et donc spécialiste de l'interactivité historistique entre les cités humaines et apte, grâce à un puissant calculateur de démontrer qu'à l'endroit où logiquement Eifelheim devrait se trouver, on n'y trouve rien. Voilà pour les intérrogations contempraines de Tom, et tandis qu'il cherche à comprendre le phénomène, Michael Flynn nous fait le récit quasiment jour par jour de la chute du village en se concentrant sur les agissements du père Dietrich, un homme cultivé que l'apparition d'êtres étranges, tombés du ciel, va bouleversé indélébilement. Et on peut le comprendre. Des sauterelles géantes, douées de raison, apparues à bord d'un vaisseau de métal, violants mais cultivés, irrascibles mais pugnaces, capables de comprendre la foi en le Sauveur mais aussi adepte de preceptes païens. En un mot complétement désoeuvrés et isolés a priori loin de leur monde.
C'est là la force du récit de Michael Flynn, on pourrait croire à une réminiscence d'un magazine pulp des années 30 mais non, il réussit à nous faire venir parmi les aliens, à nous faire croire aux intérrogations de Dietrich. Alors, les questionnements abondent, mystiques mais aussi scientifiques : bien sûr le soleil troune autour de la terre, nous sentirions le vent de la vitesse de déplacement de notre planète si l'inverse se vérifiait, évidemment on peut croire à la force de la poudre noire, peut^-être même à la capacité de contraindre les forces electriques des éclairs, mais nous n'oublions pas, à l'instar des habitants d'Eifelheim que Jesus Christ est notre sauveur, qu'il est celui par lequel arrivera la salut. Aux aliens de croire, ou pas, à cette révélation.
Formidable quête de sens, le récit de Michael Flynn intérroge notre rapport à l'inconnu et la divînité, notre capacité à comprendre la différence et la particularité, l'individu et le groupe. C'est fort, rondement mené, certains dialogues font immédiatement penser à la controverse de Valladolid qui questionnait l'humanité des indiens d'Amérique et oui, résolument, les interrogations posées là sonnent longtemps à mesure que la lecture du roman se déroule.
J'aurais un rapproche à formuler - en sus de cette hideuse converture-, la langue de michael Flynn n'est pas des plus affriolante, elle a la manière d'un scientifique énonçant un chapelet de faits et n'emporte guère plus loin que celle d'un thésard. De même que ces aliens sont par trop proches de nous contemporains, ils utilisent une technologie sans doute trop semblables à la notre, mais passons... Autre chose, l'intérêt du récit contemporain est limité lui aussi, les personnages assez caricaturaux et par cela en totale inadéquation avec ceux du Moyen-Age germanique. Dommage, l'auteur aurait sans doute pu s'en dispenser. Reste un livre d'une incontestable qualité et qui renvoit loin tous les "aspi"-auteurs qui surabondent dans cette littérature de genre. L'alien ici est indéniablement intélligent et ça fait du bien de le lire.

jeudi 10 septembre 2009

Jean-Philippe Jaworski - Gagner la guerre

Il est des auteurs précieux dont j'essaye de parler ici et parmi cette catégorie il en est dont j'oublie d'aborder la critique, parfois par manque de temps, souvent par flemme, quelque fois parce que j'ose croire à un buzz inné ou en les quelques témoignages que j'ai pu postés sur les divers forums de la toile que je fréquente. Force est de constater que ça ne marche pas un brin. Il faut que je revois ma technique de promotion depuis sa base, à commencer donc par évoquer en ces pages les livres lus, adorés et dont j'aurais omis de signifier ici leurs grandes richesses. "Gagner la guerre" fait absolument partie de cette catégorie, c'est indéniablement un grand bouquin qui possède par la richesse de sa langue une forme assez rare dans ce type de littérature - que l'on appelle, et je le sais depuis peu : littérature de l'imaginaire, terme barbare qui regrouperait sous son vocable les pires errements de l'Heroic Fantasy à la science fiction la plus précise en passant par le fantastique et l'horreur-, bref, avec ce bouquin, Jaworski m'a tué, en avril dernier je crois.
Oui parce que dans mes-nouvelles-résolutions-à-moi-que-j'ai, j'ai la faiblesse de considérer que ne pas avoir retranscris ici les divers émois de lecteur que j'ai pu avoir dans l'année est un manquement sans pareil à une parole donnée et comme ce bouquin vaut le coup d'être lu, il doit certainement être de mon devoir de le faire partager. Hum, pas certain de cette dernière occurrence mais passons...
Pour remettre rapidement le contexte, "Gagner la guerre" prend sa source dans "Janua Vera", recueil de nouvelles paru chez les moutons electriques et qui avait pour le moins renverser la critique à l'époque, et à juste titre. Les nouvelles de "Janua Vera" se déroulaient toutes dans le Vieux Royaume et à des époques différentes, elles abordaient chacune un style et une problématique différents et contraignaient leur sujet en une forme bien particulière : de la chevallerie à la forme mythologique ou bien à la fantasy la plus pure, le lecteur voyageait rapidement en autant d'époques et toujours appuyé par les mots précis et la densité de la lanque de l'auteur, un réel bonheur.
Parmi les protagonistes rencontrés dans "Janua Vera", Don Benvenuto crevait littéralement le texte par l'extrême densité de sa psychologie et par le profil tout en opposition de son personnages. Sur le moment, je m'étais dit que Jaworski tenait là le personnage idéal à exploiter dans un roman et à croire que les voeux des humbles lecteurs finissent par être exaucés, l'auteur me (nous, lecteurs !) gratifia de 700 pages autour de ce fameux Don Benvenuto. Extase du lecteur.
Don Benvenuto est un assassin qui dans "Janua vera" se trouve piègé et qui finalement s'en sort par une admirable pirouette pour finir conseiller occulte du potentat local, le podestat leonide Ducatore, général longtemps en disgrâce mais qui, "pirouettant" à son tour, se retrouvait en fin de nouvelle avec le choix des armes et en leader proclamé de la République de Ciudalia. Or pour faire balancer les coeurs des riches marchants ainsi que ceux la noblesse ciudalienne, Ducatore a besoin de faire la guerre, d'abord pour en retirer un profit politique immédiat mais aussi afin d'assurer à la cité renaissance une aura incontestée sur la mer, la principale route marchante du Vieux Royaume.
Voilà pour le pitch de départ et je comprends bien qu'avec ce pain sec, votre faim ne se rassasie point. Mais il vous faut croire en la finesse de Jaworski qui intitule son roman : "Gagner la guerre", alors que celel-ci est déjà gagnée quand le récit de don Benvenuto s'engage. Gagner la guerre, c'est rentrer au port en vainqueur et s'assurer finalement que la victoire est acquise sur les nombreux fronts qu'elle aavit si intimement éveillés. Politique et par conséquent intrigues et luttes d'influence vont animer les roman sur 700 pages sous la magnifique plume de don Benvenuto qui nous relate à la première personne le récit de ses aventures et l'on verra assurémeent que ce témoignage écrit est d'un importance capitale pour un maître assassin.
Je ne m'étends pas sur l'histoire à proprement parler de peur d'en divulguer le sel de l'intriguer, mais sachez que Benvenuto est un indicidu torve et retors, dirigé par un podestat du même accabit et que ces deux-là vont se livrer une guerre magnifique et pourtant initiée assez simplement par Jaworki dans une pirouette scénaristique auquelle on ne croit pas une seconde. MAis l'essentiel n'est pas là, il repose dans la qualité du texte et dans la précision de l'écriture, le vocabulaire recherché de l'auteur, parfois un peu ampoulé il est vrai, mais c'est finalement un vraiment bonheur de lire un texte d'une force aussi naturelle et sous la plume d'un écrivain français dans un domaine que l'on croyait perdu aux auteurs héxagonaux au profit des anglo-saxons depusi belle lurette. Que nenni, Jaworski, mais aussi Stéphane Beauverger, Alain Damasio et Laurent Kloetzer sont là, et ils n'attendent que votre bienveillance.
"je n'ai jamais aimé la mer
Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n'ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ormière ; et c'est plus gras et plus limoneux que le pot d'aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutiases ! La mer, c'est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l'ivresse".
PS : Je glisse juste un rapide mot à propos de l'éditeur, Les Moutons électriques, dont le boulot est remarqauble et auquel je souhaite vraiment de faire un succès avec ce bouquin, même si la situation des ventes en librairie n'apparait pas des plus reluisante dans ce secteur en particulier, surtout si la couverture n'affiche pas une guerrière aux seins nus. Bref, lisez les Moutons, c'est bon pour eux et bon pour vous !

dimanche 6 septembre 2009

Mary Gentle - Le livre de Cendres

A force de vous parler ici de Fantasy vous allez finir par croire que d'une part je ne lis que ça et que d'autre part j'en suis l'ardent défenseur. Les deux sont faux bien entendu. Une guerrière en harnois complet montée sur un cheval harnaché et illustré par Guillaume Sorel n'a jamais suffit à me faire acheter un quelconque livre. J'aurais même plutôt un large mouvement de recul à son encontre. Cependant il me faut bien avouer que depuis ma lecture du Seigneur des Anneaux (assez tardive finalement, j'avais à peine plus de 20 ans) il y a dix ans, les quelques étagères dédiées au genre se sont considérablement remplies. Je peux donc raisonnablement me considérer comme un lecteur d'Heroic Fantasy, il ne reste plus qu'à me laisser pousser et les cheveux et la barbe, de laisser disparaître mes doigts sous une masse de bagues et mitaines cuirées et la panoplie sera à peu près complête. Sauf que je ne lis pas de Fantasy, je lis seulement et simplement des bons bouquins et dans le cas du Livre de Cendres de Mary Gentle, je lis (presque) toujours des bons bouquins.
Cendres est une uchronie, un "et si finalement les Wisigoths débarqués à Carthages à la chute de l'empire romain avaient prospéré et que leur civilisation avait dominé le monde occidental jusqu'au 15ème siècle ?" Voilà pour l'uchronie et à lire, je dirais simplement qu'il s'agit d'une foutue bonne idée, de même que d'y méler Cendres, une réplique de Jehanne D'Arc en moins pucelle mais tout autant bénie de Dieu et de conférer à cette dernière une réalité historique dans la Bourgogne de Charles le Téméraire. Tout ça ça est bon, tout comme le style direct de Gentle, la capacité à étreindre son personnage en le tordant jusqu'à ce qu'il (ou elle) ait expurgé toute le moëlle de ses sentiments de ses doutes et jusqu'à la géométrie variable de ses intestins pendant le déroulement d'une bataille. Je trouve malgré tout beaucoup d'erreurs à ces quatre bouquins (plus de 2000 pages au total !), à commencer par l'inutilité relative du livre 3, lequel prolonge ad nauseam le siège de Dijon et qui, en pensant renouveler l'intrigue en imaginant l'agonie du duc de Bourgogne ne fait qu'obliger Mary Gentle à réinventer cette agonie (au moins à la renouveler) au tome suivant. Raté. L'autre contrainte du Livre de Cendres est l'association en début de livre aux échanges de mails entre le professeur Ratcliff, le découvreur de la vérité sur Cendres ! -et pour aller vite- et son éditrice, pas entièrement convaincue de la véracité des faits que son docteur lui expose dans le manuscrit. Bref, un engluement verbeux pas très intéressant et même pas sauvé par la forme assez simple que ses échanges prennent. Sauf que de ces échanges dépendra la fin du livre, et c'est là que le bât blesse, moi j'ai sauté ces connerie, et arrivé en fin de bouquin, voilà toute l'exhaltation qui retombe en comprenant qu'à vouloir filer l'uchronie sur 2000 pages, Mary Gentle en viendrait forcément à situer Cendres dans notre histoire. Et c'est dommage tant le livre est cru et bon par moment, certains chapîtres poignants de réalisme acerbe et vorace tellement la coupe sanglante est pleine. Mais j'ai beaucoup de mal à considérer que son auteur voulait en arriver là, n'assumant peut-être pas tout à fait la charge d'heroic fantasy qu'elle a naturellement conféré à son bouquin. Ceci n'est pas noble, ce n'est pas de la belle science-fiction sur laquelle on peut dégoiser à foison, ceci est de l'heroic fantasy bien crade, il n'y a ni elfle ni nain mais des miracles et des démons, des grosses batailles comme si Dijon revivaitpar son siège le gouffre de Helm.
Assumer la fantasy dans Cendres aurait permis à Mary Gentle d'aller au bout de son histoire de façon bien plus convaincante et bien plus légitime par rapport à ses personnages eux-mêmes, et je n'aurais pas eu cette impression de pccchhiiittt comme je l'ai eue en refermant le bouquin.

mercredi 25 mars 2009

Piotr Bednarski - les neiges bleues

J'aimerais seulement réussir à bien parler de ce livre incroyable, de la passion qu'il a convoqué pour moi, et de sa blanche beauté, du luxe de sa langue, de la richesse de son propos et puis aussi de l'universalité de sa quête. Ce livre est une ode à la liberté, rien de moins. En fait, à peine refermé je pensais déjà que si la littérature était capable de fournir à ses lecteurs des bouquins de cette trempe, alors il me suffisait d'être là et de continuer à saisir cet art fluctuant capable des plus étranges fulgurances.
Piotr Bednarski raconte ici son enfance foutue en l'air par les soviètiques. Fils de Polonais coupable de noblesse, il fût déporté en compagnie de sa mère dans l'anti-chambre du goulag où son père purgeait une peine sans nom. Là-bas tout était bien entendu interdit, fermé, surveillé, la jeunesse sempiternellement broyée, continuellement étouffée ; l'amour de Staline exigeait une passion totale qui n'en tolérait aucune autre. Mais je ne voudrais pas parler de ce livre de cette façon, il n'est pas seulement ça. Non que cette histoire fût banale, l'horreur serait qu'elle le devienne d'ailleurs.
J'aimerais aborder ce livre par le figuré, l'instinctif. Il m'arrive souvent lorsqu'un roman me happe d'attrapper un stylo et de souligner, de recopier certains passages en toute fin de livre. Peut-être cela suffirait-il ici à laisser entrevoir ce qu'on peut y lire.
P38 : "Et puis, la beauté est nécessaire partout, même là où s'ébattent les ours blancs".
Savonarolle. Circassien. Géhenne.
P43 : "Je me ferai moine bouddhiste. Vous, vous volerez, et moi, je prierai"
P46 : "Les femmes russes pleuraient peu de temps, les larmes leur manquaient tant étaient nombreux les malheurs qui les frappaient. Les Russes avaient appris à pleurer sans larme".
Dix-huit chapîtres composent "Les neiges bleus". Chacun d'eux se termine pas la mort d'un des protagonistes, qu'il s'agisse d'un enfant ami du narrateur (Piotr Bednarski donc), ou bien d'un membre de sa famille, d'un agent du NKVD, d'un soldat ou bien d'un Bienheureux, tous meurent ou s'en vont, la vie sur la toundra semble n'être qu'un court passage ; fugitive et fuyante elle se laisse dévorer par le froid.
Piotr Bednarski écrit d'une langue riche et magistrale qui évoque beaucoup de choses. Erudite, précise, elle sait laisser libre court au talent d'évocation du poète. J'ai peu lu d'écrivains de cette trempe, capable de transformer l'anecdote en tragédie grecque, de faire du particulier une fable morale. On apprend ici plus sur l'homme que dans n'importe quel traîté d'anthropologie, Il y a cette science de la digression et l'immédiat recentrage car la mort rôde en permanence. Sublimement beau.

samedi 14 mars 2009

China Miéville - Les Scarifiés


Et Bellis commença à comprendre l'immense machination dont elle était la victime inconsciente depuis tout ce temps... Je résumerais donc 850 pages comme ça. China Miéville n'est pas chiant, enfin pas toujours, il sait écrire correctement et filerait la nique question inspiration à n'importe quel littérateur parmi ses contemporains. Malheureusement il n'y a pas que l'inspiration.
L'histoire de Bellis est assez belle, son exil volontaire de Nouvelle-Crobuzon, son enlèvement et sa séquestration sur Armada, ses trois flirts, là où va Armada même, ville pirate cosmopolite rassemblant des milliers de navires et dérivant lentement sur les flots, imposant son règne dur aux plus hardis croisant dans ses parages. Souquez, souquez, moi j'en ai soupé.
Oui c'est beau, on est happé par l'histoire, ses personnages ont du caractère même s'ils finiront par se reveler creux au possible. on est bien loin de Perdido Street Station à ce propos. Les Scarifiés est un roman qui déroule un fil de laine infini et qu'il a bien fallu casser à un endroit. Mais nul souffle n'habite ce bouquin finalement qui vaudrait d'être lu en partie pour une seule scène absolument démente : l'attaque des femmes-moustiques sur l'île ghetto de cette espèce. Voilà une scène qui renverse. Le convoi doit parcourir trois kilomètres en zone non protégée, on entend déjà des cillements d'ailes, des vrombissements sourds. Hommes et femmes, sous un soleil de plomb accèlerent la cadence, fermement encadrés par des soldats cactacés en armes. Une anopheliae approche. Elle n'a que la peau sur les os, ses muscles saillent, tendus vers la faim qui l'agite, qui ne cesse de la tourmenter. Sanglante est la raison qui l'anime, elle ne peut pas interrompre sa course, elle sait les gardes armés, elles ne voit que la chair et les litres de sang qui s'avancent. Son visage se tend, de sa bouche naît une trompe aiguisée, son vol se fait plus rapide et plus prompt, elle va manger très bientôt. A ce moment là, les gardes lâchent les cochons et les moutons en arrière de la troupe. Eux connaissent la panique, et ce vrombissement qui ne cesse de ternir encore l'espoir de fuite. Le bétail court, l'anopheliae se projète vers sa cible, son dard s'élançant comme au devant d'elle. Elle s'abât sur un porc, ses jambes l'enserrant et sans coup de semonce, embrasse avec une force inouie le pauvre animal. Il ne mettra qu'une minute ou deux à predre conscience. Elle en mettra trois à se repaître. Lui se déconstituera sous nos yeux. Elle retrouvera des formes de femme dans le même temps. Voilà pour la scène incroyable du livre. Elle prend le coeur du lecteur à mesure de la progression du groupe. Evidemement, la retranscription que j'en fais ne la met peut-être pas à son avantage mais passons...
China Miéville propose dans ses livres un bestiaire incroyable d'êtres hybrides, des animaux, des plantes, tout cela sous une forme d'hominidés. Ces croisements improbables, s'ils semblent freiner la relation au livre dans un premier temps sont au contraire tout le sel qui nous accroche à l'oeuvre à mesure de lecture. On peut se lasser de ces psychologies effleurées et de ces personnages un peu vides, uni-sensitif, mais quant à leur modèle de représentation, il faut avouer à China Miéville un grand talent d'inventeur. je passe volontairement sur le rôle joué par les scarifiés dans le roman, ils n'ont aucune substance sinon celle qui voudrait bien y placer. Uther Dol avait bien plus de caractère, China Miéville serait bien inspiré de lui dedier son prochain livre.

mardi 3 mars 2009

Richard Hugo - Si tu meurs à Milltown


Je suis un imbécile mais vous le saviez déjà. Alors à la suite d'une discussion sur un forum de ma fréquentation, je m'étais remémoré ce bouquin de Richard Hugo dont j'avais dévoré le premier roman, "La mort ou la belle vie", déjà traduit chez 10/18 et que j'avais adoré. "Si tu meurs à Milltown" dormait sur le tas de livres qui me sert de table de chevet et comme il s'agissait uniquement comme je le croyais d'un recueil de nouvelles et poèmes, je ne cessais d'en reporter la lecture. J'aurais du continuer d'écouter ma flemme. Mais je suis un imbécile rappelez-vous.
"Si tu meurs à Milltown" n'est pas qu'un recueil de poèmes, il figure également dans sa table un second roman inachevé, responsabilité due à la leucémie foudroyante qui emporta Richard Hugo pendant sa redaction. Alors voilà, il n'y a rien de plus stupide que de lire un roman noir qui s'arrête à sa 80ème pages. Parce que des romans noirs, j'en ai arrêté pléiade hein, stoppés nets tant l'intérêt proposé avoisinait le degré zéro de la littérature... Mais des romans noirs excellents, construits dés la première ligne comme une fulgurance géniale et stoppés nets en plein envol, jamais !
Richard Hugo est un maître poète, un type qui se réclamait de Carver (l'immense, l'unique !) et était copain avec Jim Harrison, ça se pose comme une rareté tout de même. "The Saltese Falcon" dont je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeller l'immédiate référence reprend l'histoire du shérif adjoint Al Barnes là où elle se terminait dans "La mort ou la belle vie", le décors planté, l'intrigue prend d'emblée de l'ampleur avec un triumvirat de situations : un mari qui bat sa femme, une jeune fille qui disparaît et une femme retrouvée morte dans une vielle Falcon perdue dans un garage fermé depuis 30 ans. Et rien de tout ça ne sera résolu vous pensez bien. On en reste là, le bouquin fermé, et on compte les mouches au plafond ; une môme a disparu, un assassin est en fuite et le mari violent vient de se prendre une décharge de chevrotine. Et on continue de compter les mouches.
Mais je vous disais que j'étais un imbécile.


PS : "Si tu meurs à Milltown" propose en sus de ce roman inachevé quelques textes critiques de l'auteur ainsi que de nombreux poèmes vraiment magnifiques, sa lecture n'en est donc pas tout à fait vaine. Ne vous privez donc pas du plaisir de découvrir un auteur peu prolifique mais réellement attachant. Ne pas lire The Saltese falcon par contre, hein, de toute façon, je vous ai déjà tout dit, ou presque...

mardi 17 février 2009

Nik Cohn - Triksta

Il y a un manège auquel je participe souvent dans les transports en commun, je repère un usager en train de lire un bouquin, j'essaye de ne pas tomber sur le Da Vinci Code et un énième avatar de Millenium-mes couilles et, alors que le foule du tram me rapproche insensiblement vers le lecteur et son potentiel trèsor, je jette toute mon attention par dessus son épaule et parcours les pages immédiatement visibles. Si l'essai est transformé, je note le titre ou le nom de l'auteur, enfin, ce que j'arrive à reconnaître. C'est ce qui s'est passé avec Triksta. Un mec assis juste devant moi, l'air d'un étudiant en fac de Lettres, absorbé par des pages où se mélaient rap, Nouvelle-Orléans, studio, gangsta, et foule d'autres indices propices à mon évanescence en ces lignes.
Nik Cohn, je ne le connaissais que de nom, le type qui a inventé la critique musicale embarquée dans les années 60 et 70. Un journaliste anglais qui mélait son propre ressenti à ses chroniques. Il vivait avec le groupe, les Stones, les Who, mais aussi la vague Punk de 76 et 77, l'archétype du gonze qui me branche dans ce métier, qui ne se contente pas d'enfiler les perles.
Nik Cohn est amoureux de la Nouvelle-Orléans, pourquoi pas. Voilà une ville des USA, la synthèse archétypale du Sud dans ce qu'il a de plus dirty, un sud de fantasme, musicien mais ségrégationniste, leger et futile mais dans le même temps d'une pauvreté tiers-mondiste, un Sud das lequel les infrastructures sont inexistantes, qui laisse crever une population majoritairement noire dans un bourbier on ne peut plus éloigné dans hautes structures du néo-libéralisme triomphant à New-York ou en Californie. La Nouvelle-Orléans est cette ville au passé musical invraisemblable, ville de carnaval, de melting-pot, la ville deep-soul par excellence.
Un soir alors qu'il rentre à son hotel, Nik Cohn est frappé par cette ville qu'il ne reconnaît plus, il flippe à mort et décide de se confronter à ses peurs et se rendant à pied dans un district à majorité noire. Il ne met pas longtemps avant d'âtre repéré par des gangtas en herbe, ceux-ci l'entourent tandis que ses intestions sont près à lacher. Les phares d'une voiture le sauvent in extremis. Il en est quitte pour seulement une grosse frayeur, sa plus grosse frayeur. Et voilà pouruqoi Nik Cohn est un type assez incroyable, ce mec a parcouru le globe en compagnie des plus grandes stars du rock, il a accompagné ce mouvement, mais cette peur invincible, voilà qu'elle le tenaille et qu'elle l'empêche même d''apprécier la Nouvelle-Orléans, sa ville. Alors il se prend par les couilles (au sens propre du terme) et cherche à se confronter aux rappeurs, à la Bounce (ce hip-hop propre au dirty south qui mèle au beat triggerman (du nom de son créateur) des paroles ultra-sexuelles, c'est la musique des block-party, celle où le emcee engage la prtie féminine à balancer ses hanches, à montrer ses seins, à "emancher" comme des furies, voilà l'état de ce qui marche à la Nouvelle-Orléans), en gros il veut vaincre sa peur par le mal. Si tu ne supporte pas l'alcool, tu n'as qu'à boire que du rhum.
L'intérêt de ce bouquin est qu'il intervient avant Katrina et nous montre déjà une ville dévastée. La mort intervient chaque jour en emportant de l'adolescent dans une épicerie au chef de gang camé pour dix générations, de la grand-mère victime d'une balle perdue au grand prêcheur de la bounce Soulja Slim. Et tout le monde s'en fout, cette ville est morte, elle n'est là que pour le quartier français, les hhabitants des quartiers peuvent bien crever. C'est dans ce climat que Nik Cohn va tenter de produire des jeunes artistes et ainsi se confronter de tout son être aux difficultés inhérentes au business du rap. Les artistes ne viennent pas, ne pensent qu'à conduire un grosse caisse, à remplacer leurs dents en or par du platine, ne voient leur horizon qu'à l'aune d'une tournée des boîtes de Virginie. Atlanta, Bâton-Rouge, peut-être un bout de la Floride et voilà. Et petit tour et puis tu meurs.
Nik Cohn n'aura rien produit jusqu'à Katrina, tout juste aura-t-il partiellement réussi à affronter sa peur du noir, l'ouragan n'y changera rien, les cadavres gonflés par les torrents de boue deversées par le Mississippi déchaîné resteront noirs, et ni les fonds fédéraux, ni la bienveillance d'une poignée d'acteurs du business du rap n'y changeront rien, cette ville est morte.
"Je me suis souvenu de Kerry, une chanteuse avec qui j'étais sorti quelque trente ans plus tôt, comment un matin, bien défoncés, après avoir fait l'amour, elle avait ironisé sur ma collection de disques, les affiches aux murs, tous les artefacts noirs que je croyais miens. Une vitrine, voilà ce que c'était selon elle, et elle avait saisi ma main pour la poser sur sa poitrine. Ca aussi, avait-elle dit. Elle était dans mon lit, dans mon monde ; et c'était du pipeau. Attends qu'on t'amène dans le ghetto, qu'on te pousse contre un mur, et on verra comment tu te sens. Tu te transformerais d'un seul coup en un pauvre Blanc du Sud, en raciste, m'avait dit Kerry. Naturellement, j'avais refusé de la croire. D'autres Blancs, peut-être ; pas moi. Ce poison, il ne pouvait être en moi. Et pourtant il y était."

dimanche 9 novembre 2008

George Pelecanos - King Suckerman

Les voyages en train favorisent la lecture de romans quand même un peu kleenex. je n'ai rien contre Pelecanos, mais par contre j'ai récemment pris le train en compagnie de son King Suckerman. Palpitante, l'intrigue prend place à DC dans le milieu des années 70. Trafic de drogue et gros bras, gros flingue, sniffette et roulage de joints au programme. Mais surtout, une bande son comme j'amais je n'aurais osé rêvé. Tout y passe, de Curtis Mayfield à Can, de Pink Floyd aux Meters, aux Bar-Kays, Hendrix, le Mahavishnu orchestra, Parliament, James Brown et sa BO pour Black Caesar. Bref, du vrai son dans un bouquin, c'est suffisament rare pour être signifié.
Pelecanos a une plume un peu légère mais qui se sort parfaitement bien de toutes les situations que le scénario lui inflige. C'est fluide, sans trop de fulgurance mais l'efficacité est là. Ici, pour ce King Suckerman emblématique d'un certain cinéma des 70's, la blaxploitation, Pelecanos se contente du minimum syndical tout en choisissant avec un soin rare ses seconds rôles, ses personnages principaux, et l'envoutante musique qui tisse une toile sonore autour de cette avancée dans le mur implacable.
Si vous avez vu avec délice The Wire produit par HBO, vous savez alors qu'il y a derrière cette série un instigateur d'origine grecque nommé Pelecanos. Je ne m'étonne pas quand à moi de la qualité de la série au regard de l'extrême minutie dont l'auteur fait part dans l'établissement de ce bouquin là.

dimanche 19 octobre 2008

Florent Mazzoleni - James Brown : l'Amérique noire, la soul & le funk.

Voilà le type de bouquin sur la musique en tous points absolument remarquable. D'abord par son sujet, non pas limité au seul James Brown, mais par extrapolation au monde dans lequel il évoluait. Ensuite par son auteur, Florent Mazzoleni, le mec qui en France parle le plus intelligement de la musique noire juste après moi. Imaginez le niveau du monsieur. Plus sérieusement les biographies, les biopic, les autels et autres hagiographies dressés à la mémoire de n'importe qui me gonflent au plus haut point, je les fuis comme la peste. Mazzoleni fait exception par l'intelligence de sa prose (franchement très agréable à lire) et surtout par la pertinence de son point de vue : il regarde James Brown parmi le peuple noir et cela, de l'enfance à Augusta jusqu'à l'invention fracassante du funk. Au milieu de tout ça il y a la soul, les droits civiques, la conscience noire qui s'éveille, une réunion éphémere des tops "r'n'b" et "pop", les amériques blanche et noire semble enfin se réunir et par dessus tout se vacarme, James Brown, l'homme qui aura placé le plus grand nombre de singles dans le top 50.
Mazzoleni parle de musique, des studios, des tournées et de l'invention du rythme funk. Il éprouve un amour démeusuré pour certaines chansons, leur élaboration, leur line-up et son enthousiasme est sincérement très agréable à lire. Voilà pourquoi ce livre est surtout plus qu'une biographie ; la prison, les femmes la drogue tout cela ne restera pas, seule la musique de James Brown est eternelle.

dimanche 12 octobre 2008

Gil Scott-heron - Le Vautour

J'en aurais jamais fini de vous parler de Gil Scott-Heron et de tenter de vous prouver l'importance primordiale de son oeuvre, trèsor de la great black music si chère à LeRoi Jones. En 1969, Gil Scott-heron a tout juste 20 ans et va publier dans l'année un recueil de poésies, Small talk at 125th and Lenox ainsi qu'un disque éponyme, deux oeuvre jumelles qui marqueront définitivement les esprits. Dans une moindre mesure, Le Vautour, paru la même année via les labels porno cheap, marquera lui aussi durablement les esprits.
En 2008, Le Vautour n'a sans doute pas la même portée surtout dans sa version française que j'aie lue. Malgré cela, le talent de Gil Scott-Heron même s'il n'est pas véritablement un écrivain transpire tout de même dans certaines fulgurances. L'intrigue, complexe, mèle tel le Sweet Sweetback Badass Song de Melvin Van Peebles paru deux ans plus tôt et diffusé via le réseau des salles pornos une histoire de meurtre, de dealer, de politique et se passe tout simplement dans la rue. C'est la Big Town de Will Eisner en version black. Gil Scott-Heron y imprime son quotidien, celui d'une conscience politique en alerte en cette fin de décennie, mais également celui du bouillonement violent que connaît New-York à cette époque avec l'emprise toute neuve des gangs d'adolescents noirs et portoricains sur les rues de Harlem et du South-Bronx. Gil Scott-Heron a 20 ans et son écriture est parfois maladroite mais on se rend bien compte que ce qui compte avant tout pour le jeune écrivain est de montrer le vrai visage de sa communauté, de signfier le double visage des êtres qui font la rue, un dealer peut aussi être un fils aimant, un camé un poète lettré, un jeune homme engagé peut tout bien aussi devenir assassin, même d'un frère noir.
Alors en 2008 on est déjà bardé de toutes ces références, la rue on la connaît tellement, Big L, Nas ou Mobb Deep nous l'ont déjà tellement contée, cette rue black, qu'on pourrait légitimement en être blasé. Ouais sauf que le garçon écrit son bouquin 20 ans avant la parution de Do the Right thing de Spike Lee, que tous les ingrédients mis en avant dans le rap futurs sont déjà là en 1969, décrits par une plume un peu maladroite mais terriblement visionnaire et sans états d'âme.

mardi 19 août 2008

William Faulkner - Moustiques

Vous pouvez vous appeler Faulkner et planter complétement un bouquin, c'est possible. Si vous vous appeliez Sullitzer ou Jardin, ou Marc Levy ou je ne sais quel autre nain du clavier aseptisé pour cathodés à l'entertainment, je vous dirais que je ne peux malheureusement rien pour vous, mais Faulkner quoi ! FAULKNER ! Il est des choses qui me dépitent, et voir une statue parfaite se casser la gueule du piedestal littéraire sur lequel on l'a fichue, ben oui, ça fout un coup.
L'histoire résumée tient en peu de choses : tout se qui figure la vie artistique de la Nouvelle Orléans se retrouve invité en croisière par une riche veuve aux mécénales envies. Il y a là un poéte, deux écrivains, un sculpteur amoureux, une godiche, son mac, quelques critiques, un industriel anglais, bref, de quoi pavoiser sur 300 pages. Gagné ! Faulkner en fait que cela, esquissant en creux une critique de cette jeunesse qui se libére (très bien), du féminisme en vogue dans les années 30, des rapports affreux que tissent entre eux mécénes et artistes (d'accord) mais à quoi bon tout ça ? La seule beauté du roman (magnifique beauté, je ne le nie pas) se niche dans l'esquisse d'histoire d'amour qui relie la nièce fortunée au sculpteur d'une part et au matelot d'autre part. Tout en finesse là où jusqu'ici Faulkner n'avait manié que la brosse large, maintenant il figure admirablement les caractères, les fait se tenir ensemble, se porter, s'embrasser un peu, se retourner, s'ereinter réciproquement, le viol de Sanctuaire n'est jamais loin; et cette guêpe de nièce, toujours à son aise, sauf lorsque ces miriades de moustiques la happent et la font renoncer à cette légère mais sincère tentative d'évasion. Et alors le roman replonge, et son lecteur de se taper la joue, maudissant éternellement les foutus moustiques du titre d'avoir arrêter net une histoire qui promettait d'emmener une jeune fille et son matelot vers des envies infinies.

samedi 24 mai 2008

Don DeLillo - L'homme qui tombe

Voilà un livre compliqué à circonscrire, aussi imbécile que génial, aussi brutal qu'anodin. Des générations de critques littéraires pourraient me lapider pour une sentence comme celle-ci concernant leur chouchou parmi les chouchoux, l'écrivain américain que l'on se doit d'adorer. Alors effectivement, Don DeLillo est un romancier particulier, surtout redoutable : fin, précis, grand architecte du roman, à l'écriture toujours nette, parfois magnifique, un romancier qui sait complétement évoquer les petits instants, lorsque le temps T dure une éternité, lorsque la seconde se dilate et que l'oeil nous fait découvrir l'un après l'autre les dix milles points précis d'un paysage. Don DeLillo sait écrire, il est le grand écrivain contemporain avec Paul Auster pour Femmes actuelles et Bret Easton Ellis pour Télérama. Il n'empêche que parler du 11 septembre pour cet écrivain de la suspicion, du conflit mondial, aracchnéen, était irrémédiable : il devait fournir sa réalité au 11 septembre, abreuver de sa vision les visions étriquées du grand cirque critique littéraire.

Il y arrive. Don DeLillo parvient à chacun de ses bouquins à élaborer une intrigue fragmentée, assez complexe et qui dévoile au fil des pages sa singulière hétérogénéité. Keith est cet homme qu'on a tous remarqué sur nos écrans de télé, cet homme qui marche en chemisette blanche ensanglantée, derrière lui la tour en feu, une mallette dans la main. Il erre dans manhattan, à demi conscient de la réalité des choses qui l'entourent, et se rend chez sa femme, de laquelle il est séparé depuis quelques temps. Lianne et Keith vont se reconstruire autour des attentats, elle en sur-interprétant chaque signe et lui en vivant sur une brêche permanente, comme si le fluctuant ne pouvait qu'être, comme si les choses immobiles n'existaient plus pour lui. On croise peu de personnages dans ce roman, Lianne et sa mère, malade, son fils à elle et Keith, un petit paranoïaque de 8 ans, qui guette le ciel en compagnie de deux faux-jumeaux, et attendent Bill Lawton. Ben Laden. Voilà pour les personnages, cette Lianne véritablement insupportable, tellement choquée qu'on lui jetterait le livre à la figure, lorsqu'elle s'emporte sur son palier face à une femme qui passe une musique ni trop forte, ni suffisamment faible qu'on ne la remarque pas en passant. Elle attaque cette femme, jugeant indécent d'écouter maintenant cette musique orientale, quasi blasphématoire. L'Amérique, vous êtes avec elle ou contre elle.

Don DeLillo a parfaitement réussi ces instants là. Il s'est situé dans la vérité du moment, entre nos yeux et l'écran de télé, captant les messages codés que nos cerveaux ne manquaient d'envoyer à la Terre entière. C'est magnifique de vérité crue, glaciale comme ces temps l'étaient mais malheureusement, c'est aussi très affecté. Lorsque Lianne interprète tout, lorsqu'elle soigne des malades atteinds d'Alzheimer (qui pourrait oublier ça ?) le romancier accroche trop de fils à son intrigue. Il fallait penser au couple. La vérité était dans ce couple brisé, on aurait compris le rapprochement, inutile de nous coller des jumeaux, des inconscients, des blancs et des noirs, des oppositions franches. On aurait compris la subtilité de la situation. Au lieu de ça Don DeLillo s'égare à nous gâver et encore et encore de ce pathos un peu lourd, comme si les images que l'on avait tous vues devaient encore et encore nous être expliquées et décortiquées. (Pourquoi nous infliger Mohamed Atta ?)

Cet Homme qui tombe est un artiste de rue qui se pend à des endroits stratégiques, il évoque cet homme qui s'est jetté au delà de l'horreur.


jeudi 8 mai 2008

De la littérature et caetera

Alors depuis janvier, ça ne se bouscule pas trop chez moi pour attraper un livre. En fait j'ai passé les mois d'hiver a jeun, l'estomac noué et regurgitant pêle-mèle un Conte de Monte-Cristo pourtant à moitié entâmé, un Chaïm Potok pourtant très intéressant laissé tomber à la moitié ("L'élu", bouquin qui expose brillament la situation des juifs hassidiques dans le Brooklyn des annés 50/60. C'ets cimple, on dirait du Eisner dans le texte. Je finirai ce livre un jour ou l'autre), et j'en passe des Richard Hugo, Colum McCann et autre Pelecanos. Bref, ça passait pas, ça bloquait au niveau de l'intérêt simple je pense.
Il a alors fallu deux imbéciles d'anglais, deux individus rusés, capables de faire hurler de rire son lecteur dans un tramway bondé d'étudiantes en psycho, deux auteurs que le plus haut cynisme n'arrêtent jamais, deux debilos au cerveau crâmé par n'en doutons pas des années de consommations de substances illicites : j'ai nommé messieurs Terry Pratchett et Tom Sharpe. Le nom du bouquin importe guère ici et avec ces deux zigues, c'est peut-être irrespectueux mais c'est la vérité, le bouquin de Pratchett se passe dans l'univers du Disque-monde, celui De Sharpe autour de Wilt une nouvelle fois. Non, l'intérêt de ces deux bouquins est surtout de possèder cette capacité intrinsèque déclencheuse de rire instantané, et sur les trucs les plus cons du monde. Rien à carrer d'un quelconque atermoiement d'un personnage, non, the show must go on, ici aucune ligne ne se perd en divagation sur la qualité ontologique des péruviens pendant la récession de 1930, ici on ne fait que rire. Et rien que pour ça, bravo messieurs.




Evidemment ce pied remis à l'étrillet m'a permis de lire un "Jonathan Strange et Mr Norrell" de la britannique Susanna Clarke à l'intérêt distillé, presque consumé sur 1250 pages. Ce roman qui met en scène deux magiciens anglais au 19ème siècle, en pleine guerre avec Napoléon, livre une somme assez déconcertante qui oscille entre Fantastique et Fantasy, comédie de moeurs et satyre politique un peu simpliste. Il n'empêche que les 300 dernières pages sont parmi les plus belles que j'ai lues dans le genre Fantastique, elles rivalisent sans mal avec le meilleur de Stocker ou Poe. On assiste béat à l'anéantissement d'une intrigue montée lentement par la romancière et qui la conduit à une apothéose nécessitant la mise en palce de tous les effets du genre : le propos devient noir de cendre, les femmes fatales succombent, même les candidats à la candeur recouvrent leur visage de suie.
Dans une veine différente et tout aussi efficace, "Bright light, bright city", premier roman de Jay McInerney dont j'avais apprécié "Le dernier des Savage" peut-être davantage pour son sujet (la musique noire produite à Memphis dans les années 60/70) que par ses qualités propres de roman. Un bouquin étonnant d'une part par sa forme, entièrement écrit à la seconde personne du singulier, c'est d'abord ce style qui marque dés l'entâme. Pour le reste il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, juste une resucée de l'immense "Attrape-coeur" de Salinger : un jeune adulte erre dans le New-York
noctambule du début des années 80 après s'être fait largué par son top-model de femme. Issu d'un milieu grand-bourgeois, le parallèle avec le livre de Salinger nous est limite imposé par Jay mcInerney lui-même, comme si tout premier roman améroicain devait forcemment livrer batailler avec les petit livre parfait de l'aîné des dilettantes.
personnellement je pense le livre raté, loupant ses effets ou en faisant souvent beaucoup trop, il est noter que cette tendance est commune à son comparse issu de la même génération d'écrivain, Bret Easton Ellis. J'admets cependant et une fois encore que le roman ne trouve son intérêt que dans la pertinence de sa fin, deux derniers chapîtres tout en subtilité, l'américain ne nous avait pas habitué à cela.