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samedi 6 avril 2013

BlackFace Banjo - Frantz Duchazeau (Sarbacane 2013)


Frantz Duchazeau continue chez Sarbacane sa série d'albums consacrés à la musique de la première moitié du XXème siècle aux USA (enfin, pour ces dernières précisions, je me fie expérimentalement aux albums déjà sortis).
La belle couverture rouge façon affiche frappe d'abord positivement et flatte l’œil.  Davantage que pour Meteor Slim, Lomax ou Les jumeaux de la Conoco Station, cette illustration de couverture confère d'emblée à l'album la cohérence suggérée par le titre de l'ouvrage, BlackFace Banjo, en plus d'être très réussi en tant que couverture : immédiatement repérable dans le dédale de nouveautés des tables des librairies.
Parcourir les pages ne dément pas la première impression de qualité et l'ouverture pose parfaitement le contexte de l'époque. Deux acteurs Blancs grimés en Noirs façon Chocolate band (très en vogue à l'époque) parodient les Noirs en usant d'aphorismes comme autant de lieux communs : le mensonge, la paresse, l'infidélité, le tout devant un public Blanc écroulé de rire. C'est alors que frappe le Coon Coon Clan qui incendie le petit théâtre de rue et moleste les acteurs de ce show raciste.


La suite de l'histoire est une succession de saynètes qui verront BlackFace Banjo s'engager dans la troupe un brin véreuse d'un apothicaire de pacotille, tomber presque amoureux et rencontrer un succès parfaitement mérité.
Comme à son habitude, Duchazeau régale par son utilisation parfaite du noir & blanc, tout en subtilité. Il trouve des solutions graphiques avec une patte résolument personnelle (j'aurais vraiment beaucoup de mal à lui trouver une filiation). S'ajoute ici une maîtrise du média beaucoup plus pertinente dans la narration ce qui occasionne des planches de toute beauté.
Coup de coeur évidemment !




jeudi 21 mars 2013

Sailor Twain - Mark Siegel

 Mark Siegel est éditeur à New-York, en particulier des bonnes bandes-dessinées européennes. Sailor Twain est son premier ouvrage en tant qu'auteur et à ce titre il mérite d'abord le détour, ensuite la critique. 
Ca part d'abord d'une bonne idée, de plusieurs bonnes idées. Un steamer, l'Hudson, le Capitaine Twain, et une sombre mythologie liée à une sirène. 
Côté support, c'est réalisé à la mine de plomb, sur 400 pages. Alors forcément, si je dois reconnaître volontiers a capacité de Siegel à croquer ses personnages, son dessin s'essouffle un peu sur la longueur. Ceci dit, le rythme lancinant du steamer sur l'Hudson confère à cet album un doux charme qui n'est pas pour me déplaire.
Dans une interview réalisée à Angoulême lors du dernier festival, Siegel avouait que si auparavant il se concentrait davantage sur le coté graphique de la bande-dessinée, la capacité d'un auteur à circonscrire une histoire le captive beaucoup plus dorénavant. Evidemment. 

Le début de l'histoire peut se lire en suivant ce lien.

mardi 2 février 2010

Le samouraï Bambou - Taiyou Matsumoto / Issei Eifuku

Ceux qui lisent un peu ce blog connaissent mon attachement quasi primal à la chose nippone et en particulier à la Geste samouraï du pays du soleil levant. Malgré tout je n'avais jusqu'à présent jamais évoqué ici les oeuvres de Taiyou Matsumoto dont je demeure pourtant vraiment client depuis ma lecture il y a quelques années d'Amer Béton. L'addition simple du talent de Matsumoto avec l'esprit de ce Japon médiéval ne pouvait que me faire vibrer et surtout me laisser espérer une grande oeuvre. De vous à moi et sans nécessairement retarder l'échéance, c'est parfaitement le cas. Matsumoto est un grand mangaka, dans le sens où dés qu'un sujet s'offre à sa plume, il le contraint à ses propres visées et visions de l'écriture.
D'un abord toujours aussi aride et difficile, les oeuvres de Matsumoto ne s'offrent pas en première lecture, elles demandent un poil de concentration mais aussi d'accepter les ruptures de tons dans la forme et dans la psychologie des personnages. Le dessin est vif, immédiat, et on le ressent brutalement dans ses imperfections. Rien n'est chiadé chez Matsumoto, le "Samouraï Bambou" ne fait pas mentir cette règle. Pas de crayonné, une plume qui tire à l'impulsion mais un résultat toujours vif, énigmatique dans son rendu.
Le pitch du "Samouraï Bambou" pourrait être celui de dizaine de manga prenant pour thème le Japon médiéval : un Samouraï, bretteur d'exception, entre en ville (ici Edo) pour tenter d'échapper à son passé et se racheter une conduite. Seulement voilà, Matsumoto n'est pas n'importe quel mangaka, son bretteur est rêveur (on pense ici à Number five et le personnage de Matriochka qui réussissait à plier le monde à ses rêves au point de ne pouvoir faire la distinction entre le réel et son double onirique, Blanc agissait de même dans "amer béton" également, bref, c'est une récurrence dans son oeuvre), s'entoure d'enfants, fuit le combat en ne l'envisageant qu'en dernier recours (là où tous les mangas s'emparent de ces situations pour les filer sur plusieurs dizaines de pages, Matsumoto les saisit en deux ou trois cases d'action pure) et maintenant que le tome 2 s'achève, semble influencé et traqué par une noirceur omnisciente qui ménace à tout instant de le faire chavirer. Bref, le personnage est dense et complexe, s'épaissit tandis que le monde qui l'entoure devient plus concret. C'est la force du mangaka, nous ammener à la compréhension de l'univers mis en place mais jamais en nous ménageant une voie franche, la voie du samourai est d'ailleurs un assemblage complexe de codes et d'interdictions, Matsumoto la fait sienne.
Le lecteur attentif aura remarqué l'adjonction d'un autre auteur à celui de Matsumoto sur ce manga. C'est une première dont j'ignore tout de la fécondité effective tant ce que je lis en parcourant les pages du "Samouraï Bambou" ressemble à ce je connais de Matsumoto seul, Issei Eiffuku semble pourtant être à l'origine du projet, peut-être est-ce lui qui donne l'impulsion à chacune des historiettes qui coposent les tomes (déjà 7 au Japon et une récompense au Japan Media Arts festival en 2007). Bref, encore un mot pour citer l'influence indéniable de Usagi Yojimbo, Senô semblant littéralement prolonger les errances complexes du lapin rônon élaboré par Sakaï. Une grande lecture en devenir en tout cas.


lundi 7 décembre 2009

David Prudhomme -Rébétiko (la mauvaise herbe)

Rébétiko est une splendeur. Un rêve de bande-dessinée sensible qui fait le point sur un endroit de l'histoire assez connue, la diaspora Turque dans la Grêce du Général Métaxas. Le rébéte est ce Turque chrétien orthodoxe éxilé en Grêce et qui survit dans les milieux urbains interlopes. Pas vraiment brigand mais plutôt trafiquant, vivant de petits coups, et surtout, dans le cas qui nous intéresse et donc dans le livre de Prudhomme, le rébéte est un fantastique musicien. Il chante le blues des Balkans, une musique du quotidien qu'il accompagne de son bouzouki et dont les couplets reflétent les amours et les emmerdes de ces petits magouilleurs, amateurs de raki et de kiff.
Rébétiko raconte ainsi cinq hommes, cinq musiciens doués dont le talent se gorge d'orgies infinies et mémorables. La finesse de Prudhomme consiste à livrer brute la rudesse de ses personnages : ils sont sanguins et bagareurs, coureurs et noceurs, bringueurs et évidemment mauvais-coucheurs, mais Diable ! Ils sont vivants ! Et leur musique ? On jurerait l'entendre à mesure que l'on tourne les pages. Ce livre-là est une splendeur.
Prudhomme a réellement soigné son desin, ses couleurs et son découpage. Il n'hésite pas à faire durer la danse de l'ivrogne solidaire, montre les relations amour-amitié qui relient tous ces hommes. La musique est là, dans l'image. Et les émotions se submerger le lecteur lorsque l'image s'anime brutalement au détour d'un plongeon d'une barque ou au macabre scintillement de la lame d'un couteau. Le kiffe, l'alcool, la musique, les hommes... Quel beau livre.


Image extraite de blog de l'auteur (en lien en cliquant sur le titre) consacré à la création de ce livre.

samedi 10 octobre 2009

Frederik Peeters - Pachyderme


Lupus est sans doute la série qui a le plus transformé mon intérêt pour la bande dessinée en un amour dévorant, Peeters y montrait tout ce que j'aimais voir et lire, dans une SF aux contours flous mais élaborés et avec des personnages dont on se souvient longuement. Le premier tome notamment, quelle claque ! Cette pêche au gros incroyable, la recherche de drogue, tout était bon et attrapait aux tripes. En fait depuis Lupus je vénère Peeters. Pourtant RG ne m'a pas intéressé, je ne lai pas lu, à peine feuilleté, je n'éprouve aucun appétit pour ce type d'histoire mariant flic introduit et réalisme du traitement. Bien souvent je m'en sors mieux avec du rêve et des étoiles. Koma était très bien, il me reste à lire le dernier tome, surtout parce que j'ai lu autre chose et que finalement Koma ne m'atteind pas plus que ça.
Alors "Pachyderme" et sa somptueuse couverture. Un pitch implaccable : une femme sort de son véhicule immobilisé dans un bouchon suite à une collision avec un éléphant. Faîtes donc une histoire avec ça ! Elle cherche à rejoindre l'hôpital dans les services duquel son mari a été accepté à la suite d'un accident. Le mari semble être un agent du contre-espionnage (ceux qui lisent bien devraient alors sentir que mon intérêt s'émousse sensiblement) et l'hôpital un nid d'espion. Pourtant tout cela est trop simple, Peeters a vu les films de Lynch, il sait qu'on peut tordre une histoire, en tout cas son déroulement, et révéler par là des conditions à cette dernière. Et si ? Et si l'histoire que je viens de vous résumer n'était pas tout à fait le reflet de ce que l'action montre réellement ? Et si cette femme était simplement dérangée ? Son mari valide ? Le médecin un simple soulard sur le retour ? Peeters mélange les ingrédients, dose et rajoute du sel, du poivre, du piment. Il y a un espion qui sort d'une bouche d'évacuation, son long-nez rappelle un peu Moebius et Edena. Il y a une galerie de personnages foutraques, très bien croqués, des dialogues qui touchent et vraiment, par dessu tout cela, une certaine évanescence de l'histoire à proprement parlé.
Le résultat est un album hors-norme, maîtrisé parfaitement mais dans lequel on sent la liberté de l'artiste à l'improvistion, à se laisser guider par l'instinct, à accepter de perdre quelques postulats pour gagner d'autres sphères de compréhension. Grand album par celui que je considère comme l'un des plus grands auteurs francophones du moment. Ne vous privez pas de lire ce Peeters, il est aussi chargé qu'un pachyderme en suspension.

jeudi 30 avril 2009

Gabriel Schemoul - Ryoshi

La voilà la claque de l'année ! Gabriel Schemoul publie son premier album pour Cornélius avec ce "Ryoshi" et c'est un total enchantement. En fait, il fait partie d'ors et déjà de ces livres dont la qualité succinte du scénario le dispute à la toute maîtrise graphique du sujet. C'est beau et beau. Un conte sauvage dans un Japon inventé et rêvé - et qui rejoint un peu celui du tandem Micol / Adam du Contes du septième souffle - et dont la réalité se situe au delà de l'image représentée, dans la vérité crue de la situation exposée. Ryoshi est un pécheur qui rêve de théâtre. Il est touché par la grâce des dieux en tant que chasseur de poisson et sontinue inlassablement de remonter chaque jour des poissons dont le gigantisme se fait toujours un peu plus grand.

Monstre, il l'est par son apparence et ses facultés, mais monstre il devient aussi lorsqu'il joue devant sa petite fille, affublé d'un masque. Monstrueuses sont ses prises et monstrueux est son destin. Les dieux n'honore pas un homme sans dessein. C'est magnifiquement implaccable et conjugué à la virtuosité graphique de Schemoul (dont l'autre parution fruit de la collaboration avec Nancy Peña au scénario commence à me faire sérieusement de l'oeil), on atteint avec "Ryoshi" un sommet de la bande-dessinée. Réel coup de coeur, vite lu, mais tout aussi surement relu dans la foulée.






Ps : j'ai emprunté cet image sur le blog de Gabriel Schemoul en espérant qu'il ne m'en veuille pas, et ce blog est visible bien entendu en cliquant sur le titre de cet article.

mardi 14 avril 2009

Christophe Gaultier - Le Suédois

Librement adapté du roman de Stephen Crane, "Blue Hotel", "Le Suédois" emmène Christophe Gaultier chasser sur les terres de l'ouest américain, au teps des pionniers. Mais tout tient de l'ellipse dans ce livre, du Nebraska crépusculaire à peine évoqué par une ligne de chemin de fer et un hotel de passage minable. Le temps est à la tempête, les trois hommes descendus du train ont froid et brûlent d'envie de se rechauffer. Ce sera par l'alcool, le jeu, la chaleur humaine ?
Le Suédois est un fou, celui qui ne déparaillerait pas chez Dostoïevski, un fou qui enrage et emplit l'espace de ses résonnances absurdes, il fait naître la crainte et l'angoisse. Celles-ci posées il ne reste plus qu'à Christophe Gaultier de satisfaire à tout son savoir-faire crayon en main. Et le résultat est somptueux. Les faciès des personnages vivent comme jamais sous son trait, la tension devient perceptible, et quant finalement tout explose, on brûle de reprendre le livre depuis son début afin d'en savourer une nouvelle l'intensité des couleurs, la briéveté des dialogues et la qualité de la situation.
Un grand bouquin qui ne raconte pas grand-chose, mais qui maintient haut son désir d'étrangeté et revêt in fine les plus beaux atouts de la bande dessinée.

samedi 4 avril 2009

Marion Festraëts & Benjamin Bachelier - Dimitri Bogrov

Une heureuse surprise chez Bayou signée par deux inconnus (on me souffle que Marion Festraëts signerait quelques chroniques bd dans un grand hebdomadaire français et que Benjamin Bachelier aurait repris Le Leg de l'alchimiste abandonné par Tanquerelle), je dis bravo ! Dimitri Bogrov raconte une histoire d'amour entre deux jeunes gens brillants. L'action se passe à Kiev en 1911 dans le milieu bourgeois d'une part et les milieux d'extrème-gauche de l'autre, la rencontre de Dimitri Bogrov et Vera Raskovitch aboutira forcémment de façon tragique, mais qu'importe, l'amour semble seul guide ici.
En fait, ce qui frappe surtout dans cette histoire c'est l'absolue absence de fausse note. Tout est bon dans ce Dimitri Bogrov, des dialogues fins et bien rythmés aux couleurs changeantes et magnifiques de Benjamin Bachelier. Un vrai coup de coeur cet album, réellement.
Et si je n'en dis pas plus, c'est surtout pour ne gacher en rien l'univers qui se crée machinalement à la lecture de cet album, à vous de le découvrir.



mercredi 10 décembre 2008

Christophe Blain - Gus

Il y a ce petit rictus qui ne me quitte pour ainsi dire jamais alors que je lis ce nouvel album de Christophe Blain, troisième opus de Gus, la série au pays des cow-boys créée il y a maintenant presque deux ans. Je dois à Blain ce rictus parce qu'il est l'un des rares auteurs à réussir à conjuguer la lubricité du propos avec une tenue toue épreuve du déroulement de l'histoire. Alors je ris; Lorsque Gus ou Clem attaquent une banque, détournent un train ou s'emparent simplement d'une diligence je n'en peux plus de rire à ce qui sous-tend leur action même : la divîne chasse à la petite culotte. Voilà en quoi Blain est si génial, il a remit sciemment la petite culotte au centre du débat bédéphilique. Décidément on manque cruellement d'auteurs de cette trempe.
Isaac le pirate ne parlait déjà que de cul, Gus ne déroge pas la règle, la cuisse et la dentelle, le stupre et la prostitué, son mac, regulier ou frangin, l'amour torride, les lettres enflammées, la baise, le tirage de coup, juste la drague ou bien simplement le chagrin d'amour, Blain remet tout ce qui définit l'homme au coeur de ses albums.
Alors on pourrait croire que lire depuis trois tomes déjà les aventures éplorées et sexo-libérées de nos trois personnages principaux lasserait au bout du compte, j'avoue avoir failli le penser également quand, au détour d'une histoire qui s'étendait un peu trop, le bon Clem se répandait lui aussi à satieté et même encore plus, j'ai pensé alors que le sujet était circonscrit et que finalement les cow-boys devaient aussi l'être un peu. Je me trompais.
Blain l'a bien pigé et d'ailleurs ce troisième tome nous emmène tour à tour explorer la jeunesse de Gus en apprenti-videur-voyou, nous fait ensuite cheminer un temps en compagnie du Gus joueur de poker pour finir le voyage jusqu'à une thématique ultra-exploitée dans le western : la ville de paysans rançonnée par d'avîdes bandits, les premiers faisant appel à un chasseur de prime pour se débarrasser de la menace. Kurosawa chez les pionniers. Bref vous l'aurez compris, Blain a savamment su renouveler son western en y redistillant toutes les grandes thèmatiques du genre et sans pour autant trahir ses promesses de cul omniprésent qui font tout le sel de sa série. Une selection angoumoisine (?) amplement méritée.

mardi 28 octobre 2008

Chihoi - A l'Horizon

A l'horizon est le nom de l'album de ChiHoi, à paraître prochainement aux éditions Atrabile, décidemment très précieuses. Je ne connais rien de cet auteur chinois sinon cette planche, absolument splendide. Une fois n'est pas coutume je parle ici d'un album avant de l'avoir lu.

mardi 21 octobre 2008

Sergio Toppi - Soudards et Belles Garces

Ca fait un moement que j'ai envie d'évoquer ici l'oeuvre de Sergio Toppi. J'attendais un pretexte et la sortie ce mois de Soudards et Belles Garces, un recueil d'illustrations publié chez Moquito, me permet d'aborder le travail du dessinateur italien. Et quel travail ! J'aime bien l'illustration présentée plus haut parce qu'elle traduit bien ce que représente pour moi Sergio Toppi. D'abord un dessin éclatant, ultra lisible malgré l'abondance de détails. Voilà un auteur qui dessine exactement ce qu'il veut, je trouve qu'on ressent indéniablement cette maîtrise dans ses dessins. Ici cela s'allie à une colorisation hors-norme et d'une beauté stupéfiante tant la gamme chromatique explorée est vaste. Au delà de ça, je retrouve bien dans ce dessin l'univers de Sergio Toppi, un peu daté, un peu comme si la Terre était toujours à découvrir. Toppi est un dessinateur navigateur, il oscille au gré de ses envies et des mythes qui ont façonné l'espèce humaine. Toppi s'intéresse énormément aux types et ce qu'ils symbolisent. Les faciès d'un indien, d'un africain et d'un maori sont autant de pretexte à l'exploration du visage, de la signification des lignes, des regards, des textures de cheveux, bijoux, parures, huttes, bateaux et pays. Toppi a cette force innée (en tout cas elle m'apparait comme telle) dans son dessin, comme une capacité à saisir. J'écrivais plus haut que selon moi Toppi était un dessinateur navigateur mais je pense que la symbolique de cette métaphore un peu bancale réside surtout dans sa force d'adaptation. C'est un dessinateur qui capte et ils sont peu nombreux à le faire aussi bien. Hugo Pratt, italien de la même génération que Toppi et Battaglia (pour en citer un autre grand), possède lui aussi résolument cette science de capatation de l'instant d'un visage, sa vérité.
Bon, j'ai l'impression d'en écrire des caisses alors que ce n'était pas du tout le but en commençant cet article. Bref, et pour revenir au bonhomme, on a la chance en France d'avoir ce magnifique éditeur, Moquito, qui réédite depuis plusieurs années maintenant toute l'oeuvre du dessinateur italien (entre autres). Cette oeuvre pas vraiement prolixe puisqu'en quarante années de carrière, Sergio Toppi ne nous aura laisser que peu d'albums, une vingtaine, beaucoup d'histoires courtes parues dans les fumetti italiens des années 60, un paquet d'illustrations également. Je retiens surtout ses albums mettant en scène Le Collectionneur, sorte de dandy à la Corto Maltese mais qui ne recule devant aucune difficulté, renaissant à chaque épisode. D'un noir & blanc somptueusement élégant, Toppi navigue entre légéreté et propos plus sombre, la décolonisation le disputant souvent au pillage des richeses indigènes. Encore un lien avec Pratt. A lire également un opus avec des histoires mélant vaudou et blues ainsi que ses somptueux Warramunga, Myetzko et Ile Pacifique.

dimanche 19 octobre 2008

Mezzo & Pirus - Le roi des mouches

J'étais complétement passé à côté du premier tome lors de sa sortie en 2005, quelque chose dans le dessin me laissait de marbre. Dingue. Parce que franchement, et trois ans plus tard, le dessin de Mezzo est dans ce style comics très codifié et multi-représenté, une véritable révélation pour moi. Il est des qualités que l'on s'efforce à ne pas voir...

J'ai donc profité de la sortie du tome 2 chez Drugstore (c'est quoi ce label Glénat ?) pour lire l'ensemble du dyptique et plus que la découverte du dessin qui malgré tout ne lasse pas de me fasciner, c'est la justesse des récitatifs ainsi que des parties dialoguées qui m'a réellement scotché sur place. Pirus a une qualité d'écriture très rare, il connaît les artifices de la langue, comment on agrémente une phrase pour qu'elle percute, pour qu'elle frappe et qu'elle touche. Pirus sait bien que le dessin de Mezzo saura parfaitement représenter les pires excés, il se concentre donc sur la langue, sur sa puissance formelle. C'est beau et surtout ça ne lasse pas. On pouvait raisonnablement penser que la justesse de ton de la première moitié de Hallorave se dissiperait sur la fin. Que dalle, le niveau demeure et fixe cet album et son suivant comme deux étalons de ce que la Bande Dessinée européene peut produire lorsqu'elle s'évade franchement de ses cacracns habituels pour aller flirter avec les Clowes, Burns et Ware. Au final ce dyptique se tient parfaitement, la folie des premières scènes se retrouvent bien dans les conclusions du tome 2, avec sans doute le désespoir en moins.
Et puis quoi, deux auteurs qui rendent l'est de la France sexy, ça compte dans une vie de lecteur non ?

lundi 6 octobre 2008

Laurent Maffre - Les chambres du cerveau

J'avais été profondément enthousiasmé par le premier bouquin de Laurent Maffre, l'homme qui s'évada, adapté d'Albert Londres. Ce qui frappait d'emblée c'était la justesse du traitement ; scénario, récitatifs, dialogues et dessin, tout cela semblait naturel à l'auteur, labélisé immédiatement dans mon cerveau comme "faisant de la bonne BD". Ca fait presque une semaine maintenant que j'ai lu cette adaptation de Stevenson et de sa nouvelle Markheim et si je n'en parle que maintenant ce n'est pas affaire de digestion, ou alors malgré moi, c'est surtout que je continuais de chercher l'oeuvre originale dans ma bibliothèque sans succés et ensuite en médiathèque où je n'eus pas plus de chance. J'ai lu cette nouvelle il ya quelques années, suffisament pour que je ne m'en souvienne qu'imparfaitement Elle m'avait fortement impressionné et je voulais la relire pour vous parlais raisonnablement de ce qu'en avait fait Laurent Maffre.
Raté. Pas de livre pas de référence, il va me falloir improviser. Ca va chroniquer sans filet, in jazz mood. Cool. Il y a d'abord un premier choc graphique. En tout cas pour moi. Peut-être êtes-vous blasé par tant de bons dessinateurs que vous ne voyez plus l'excellence quand elle se profile et bien pas moi. J'aime ce dessin noir, au fusain, à la craie, à la mîne de plomb ? J'aime quand les coins des pièces sont hachurés d'une main experte, quand les visages se perdent à l'intérieur de ces mêmes ombres portées. Maffre est un sacré dessinateur que j'avais rangé peut-être un peu trop tôy parmi les ersatz de Jacques Tardi, catégorie fort courue où il n'y a pourtant que peu d'élus. Je me trompais un peu, Laurent Maffre est capable d'aller dans d'autres directions qu'un FB à la Tardi, je suis comblé.
Passée cette délicieuse entrée en matière purement esthètique il y a la découverte incontinente de Markheim, voleur menteur pilleur détrousseur et crapule, l'âme noire des Zola, Balzac, Poe et Maupassant réunis, une âme idéale pour la faconde de Stevenson qui lui tisse les atours les plus diaboliques et ténébreux. Il faut que le lecteur s'imagine cet album de très grand format, les dessins incroyables de Laurent Maffre et l'âme de ce personnage noire comme du charbon, le choc esthètique se poursuit.
L'intérêt ici aurait été de pouvoir tirer partie de la lecture de Stevenson, de signifier en quoi Maffre a su s'affranchir de la ligne du maître tout en réussissant à lui rendre un hommage des plus réussis. Malheureusement j'ai mon intégrité et quand je perds un bouquin, j'assume.



dimanche 21 septembre 2008

Franck Bourgeron - La sainte Trinité, fantaisie religieuse

Alors que la première chose qui éclate quand on attrape un album de Franck Bourgeron est la qualité de son dessin, je dois avouer quant à moi que c'est surtout la façon unique qu'il a de faire dialoguer les personnages qui me fait sans cesse revenir vers ses livres. Faut dire que la BD offre souvent un spectacle bien pauvre, une sorte de taudis culturelle lorsqu'il s'agit de faire simplement communiquer les personnages entre eux. Il y a des erreurs de ton, de choix de mots, la faiblesse globale du vocabulaire, bref, lorsqu'on quitte les super-champions Ibn AL Rabin, Vanoli, Baladi ou Joann Sfar sur klezmer (j'en oublie volontairement des camions entiers, hein), on se retrouve avec une collection de beaux dessins, reliés en albums, et qu'on va gentiment placer sur l'étagère. C'est tout de même décevant.
La Bande-dessinée brille avant tout par son dessin, sa formidable richesse graphique lui permettant de proposer des univers aussi variés que la SF de Léo sur Aldébaran ou le Paris n&b de Tardi sur Brouillard au pont de Tolbiac, les super-héros américains, le minimalisme de Trondheim à ses débuts, le style pompier germé dans les années 80, bref, tout un spectre franchement réjouissant pour qui aime à contempler de beaux dessins. Oui mais la BD c'est surtout l'art de la séquence, c'est à dire de ce que l'auteur réussit à faire naître entre une case et sa suivante. Pour moi cette fluidité naît bien sur du talent graphique de l'auteur, la scène se devant d'être lisible mais surtout par la qualité intrinséque de ses dialogues qui doivent permettre le cheminement naturel d'une case à l'autre. le bon dialogue ne rompt pas le rythme de lecture, sauf si l'auteur manifeste cette volonté et qu'elle enrichie l'album par sa construction. Je lisais dernièrement La Fièvre d'Urbicande et, bien que développant un univers foisonant et passionnant, cet album pêche malgré tout sur les points relevés plus haut, tout y est parfait, sauf que lorsque les personnages s'adressent la parole, l'impression qu'ils ne se connaissent que depuis 5 minutes demeure à chacune de leurs interventions.
Franck Bourgeron pratique l'art dialogué magnifiquement, osant un vocabulaire élevé et sur cette Sainte Trinité pratiquant même jusqu'à une sorte de théatre dessiné, la situation appelant Brecht de tous ses voeux. Il s'agit d'une fantaisie, et religieuse de surcroît. Elle met en scène un grand d'Espagne chrétien, son valet juif et un vendeur ambulant, musulman. Tout ce petit monde refait le monde et son rapport à celui-ci en plein milieu d'un désert. La soif appelle les deux premiers, sans le sou, tandis que le troisième, glaçière en bandoulière se refuse de leur donner quoi que ce soit sans une retribution sonnante et trébuchante.
Il est évidemment plus que plaisant de lire cette fantaisie, qui place Dieu au centre de la dispute alors même qu'il s'agirait simplement de manger ou de boire, Franck Bourgeron a parfaitement su diriger notre regard vers cette illusion de problème, illusion qui convoque Dieu alors même que le Proche-Orient crêve la faim. Il s'agit d'une fantaisie, l'absurdité de la situation le rappelle sans cesse et pourtant cet album reste longtemps en tête après sa lecture, à la manière du Archipels de Bézian. Lui aussi convoquait Brecht mais aussi Joyce et quel regal !
Franck Bourgeron proposait avec Extrême-Orient puis Aziyadé deux livres fortement imprégnés d'Histoire, ou en tout cas dont la contingence épique relevait de celle-ci. La Sainte Trinité l'éloigne de cet univers pour le conforter dans une élégance graphique indéniable, tout parait facile à dessiner chez Bourgeron, mais surtout l'impression vivace que le dessin permet à l'histoire d'exister au delà de lui-même, renforce l'action et permet à l'auteur d'exprimer ensuite par les mots toutes les situations envisagées.





dimanche 14 septembre 2008

Nicolas Juncker - D'artagnan, journal d'un cadet

En découvrant le palmarés d'Angoulême à la fin janvier 2009 vous verrez indubitablement ce D'Artagnan, journal d'un cadet s'afficher tout en haut de l'une ou l'autre catégorie. 260 pages d'une aisance remarquable, sans esbrouffe graphique particulière, et où perce de la part de Niclas Juncker un immense amour pour ses personnages. Voilà pourquoi cet album aura un prix, et aussi parce que la concurrence est dans les choux depuis le début de l'année 2008. A peine deux albums marquants en FB et nous arrivons déjà dans le dernier tier de l'année.
Alors, qu'ont de commun le si remarqué Spirou de Bravo et si transparent (pour le grand public, la critique, le lectorat habituel) D'artagnan de Juncker ? Ils partagent d'emblée une veine particulière de la littérature française : l'aventure. Pas celle des Stevenson, London et autre Conrad, non, l'aventure à la française, celle qui tourne un peu à la farce, mais dans laquelle le héros sauve immanquablement la patrie en danger. Que l'on comprenne bien ici que réussir à mener ce type d'aventure n'est pas chose courante, Blain et son Isaac symbolisent pour moi parfaitement cette réussite épique et gaudriolesque. Juncker avait déjà tranformé l'essai avec son Malet, peut-être un brin trop historique pour moi, même si une nouvelle fois menée très adroitement. Ici, avec D'Artagnan son talent prend une autre envergure, les personnages si familiers de notre littérature prennent des atours plus travaillés, moins lisses, les héros se fissurent et laissent place à des hommes simples qui pensent quequette, honneur bien entendu, mais aussi denier, noblesse, bagarre et apparat.
La patte Juncker se précise dans le traitement très simple de l'histoire, peu d'invention graphique mais un dessin sans faille, qui ne se refuse aucune difficulté et réussit parfaitement à nous embarquer. Voilà pour D'Artagnan, voilà pour Juncker, voilà pour Angoulême, enfin, je peux me tromper aussi.

mercredi 20 août 2008

Paul Pope - 100%

Après avoir dévoré son batman year 100 et presqu'immédiatement trouvé trop inégal son Heavy Liquid, c'est sur la pointe de pieds que je me lançais dans la lecture de 100 %, dernière traduction en date de Paul Pope. Hum. Si je devais trouver un argument, là, pour vous faire ne pas vous précipiter sur cet album, ce serait pour sa couverture assez moche, mais pour le reste, 100 % est une merveille, ne pas le lire devrait entraîner l'exil en Ossétie du Sud sur le champ.

Bon, et le bouquin alors ? Juste une claque, d'abord et toujours avant toute autre chose avec Paul Pope, c'est une claque graphique. Il faut voir ces larges coups de pinceau, l'impeccable qualité du découpage, l'impression de flou entraîné par la surbondance de vie, il faut voir comment Paul Pope peint une histoire, coincé entre Zezelj et Miller, entre manga et comics, l'oeil rivé sur Moebius.

Paul Pope c'est du discours amoureux servi dans un plat de SF crédible, voilà pour ce qu'on trouve à l'intérieur de l'emballage. Dans 100 % le monde décrit pourrait presque être contemporain si n'étaient quelques réalités virtuelles étonnantes et d'autres défoulements de tripes en 3D, strip teaseuses s'abstenir. Mais ce livre s'occupe surtout de faire se rencontrer 3 couples d'une façon tout à fait sincère, montrant la façon dont les relations se tendent et se détendent toujours aux rythmes des sorties, drogues, alcools mais aussi boulots, aspirations, manières de vivre.

Paul Pope ne fait rien d'autre que ce que nous montrait déjà Zezelj dans Rex ou dans le Rythme du coeur, on retrouve la même force graphique et la même envie de couvrir le spectre des sans-grades et des plus démunis, de laisser ces personnages croiser sur 200 pages. Pope ne fait rien de différent, voilà pourquoi ses livres demeurent toujours un peu en tête, comme des référants d'un certain type, lorsque je pense mafia je vois Scorsese et Gandolfini, et quand je pense downtown et encre de chine je vois Paul Pope.

PS : encliquant sur le titre de ce message, vous tomberez sans aucun doute sur le blog de Paul Pope. Enjoy !



jeudi 10 juillet 2008

Vrac de lecture

Une impression irrépressible de déjà-vue pendant la lecture. Je pense à autre chose un jour ou deux pour que finalement seul cet album s'impose dans mon esprit. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance, la deception vis à vis du dessin de Perriot premièrement, son élégance enfuie, la vitesse de son trait disparue, et puis deuxièmement cette sensation de relire une histoire mille fois lue, Malherbe bien maladroit par moments. Et puis finalement la mise en place d'une unicité de ton et d'ambiance assez appétissante et surtout qui reste longtemps en bouche. On repense à cette yourte emplie de chefs militaires, ceux de Corto en Sibérie, ce même baron vraiment barré, de la neige sanglante plein la tête et les aspirations sibériennes. Un premier tome qui plante au final sa taïga fournie et oppréssante à sa façon, et dont la toute dernière case donne l'irrépressible envie d'en connaître le dénouement.


Ce Baru là est un bon cru, noir en bouche, lourd en teneur et en propos, le scénario de Pierre Pelot ne faisant pas dans la demi-mesure. Ici les personnages sont tous plus ou moins des erreurs congénitales, comme si on n'avait fait que baiser tous ensembles pendant deux siècles entiers. La caricature perce sous ce tableau mais la finesse de Pelot rattrappe toujours le coup. Il aurait été aisé de verser dans un pathos à la Grangé, à gerber. Baru est élégant, son style et ses couleurs collants impéccablement à ce type de récit, quand les personnages livrent et mettent en scène leurs emportements. Un très bon cru donc, qui comme tout grand cru se déguste à un prix prohibitif, Rivages vous ayant déjà vendu le Pelot original, vous reprendrez bien une rasade de Baru pour 15 euro ?!

dimanche 6 juillet 2008

Stanislas Gros - Le portrait de Dorian Gray

Attention copinage, tout ce que vous lirez ci-après est motivé par l'amitié que je porte à l'auteur de cet ouvrage, parce qu'il faut bien le dire, le seul bouquin d'Oscar Wilde est l'un des pires et des plus chiants livres au monde. Stan tu es un saint, tu as facilement su rendre intéressante cette intrigue moralisante, bravo.

Rappel des faits : Dorian Gray est un dandy anglais, amoureux de sa personne et qui va progressivement tomber dans le vice absolu, remarquant que seul son portrait en portait les stigmates. Concrétement, ça illustre l'aphorisme selon lequel le corps est le reflet de l'âme, ici c'est le portrait qui mange, raison pour Dorian Gray de se vautrer dans la luxure, le stupre et tous les maux de son époque.

Pas si évident à adapter dans un format si court, Le portrait de Dorian Gray trouve malgré tout sa taille idéale dans la lecture qu'en fait Stanislas. Jamais le rythme ne faiblit durant ces 60 planches, le soucis de mise en page évident, ajouté à la précision du dessin en font l'ouvrage dont la lecture m'a paru la plus facile depuis pas mal de temps, et compte tenu de la quantité de dialogues et leur taille, c'était une gageure parfaitement tranformée. Bravo !

J'ajoute que les multiples références de Huysmans aux pré-raphaélites permettent d'élever la lecture à un degré que le texte de Wilde ne permettait pas d'atteindre, mais vous aurez compris ici tout le mal que je pense du Portrait initial. Utiliser des citations de Par delà le bien et le mal de Nietzsche dans la bouche de Lord Henry est une idée tout à fait réjouissante, bien que pour ma part je ne l'aurais pas remarquée sans les notes en fin de volume, on a la Philosophie qu'on peut malgré tout.

Au final, et si je davais poser quelques bémols, ils concerneraient le façonnage des personnages féminins, j'avoue avoir du mal à trouver jolies les femmes représentées ici comme des duchesses "splendides" ou à la beauté parfaite. Je ne leur trouve pas d'air particulier, bien moins qu'une femme magnifique dessinée par Sfar ou Pratt par exemple (la comparaison s'arrête là, hein). Ca m'a d'autant plus gêné que le dessin est en tout point admirable, dans son soucis de clarté comme je l'ai dit plus haut, mais aussi dans sa simple maîtrise, beauté du trait et qualité des expressions.

Bref, voilà une adaptation qui ravira ceux qui comme moi appréciaient peu ou guère l'oeuvre initiale d'oscar Wilde, j'en déduis que Stan doit en être plus que ravi.





dimanche 22 juin 2008

Alex Baladi - Baby

Au préable j'avais escompté réaliser un article de fond sur Alex Baladi, un truc un peu fouillé, un peu critique, une sorte d'étude exhaustive, une somme quoi. J'ai eu la flemme. Pourtant j'ai surement tort, beaucoup (tout est relatif, nous sommes d'accord) d'entre vous sont certainement complétement open quant à une information franche concernant Alex Baladi. D'accord mais j'ai la flemme. J'ai juste envie d'en dire trois mots, ce Baby monstreux arrivant maintenant en kiosque, ça justifiait un petit quelque chose.
Jusqu'à présent, j'identifiais clairement trois Baladi : l'un, le plus prolixe, chez Atrabile, donnait à lire des histoires en forme d'hommage aux grands genres de la bande-dessinée. Baladi se frottait aux super-héros ( le superbe Super), aux monstres (le monstrueux Frankenstein encore et toujours ), la SF dérisoire ( le tralalalien Cosmique tralala ), ou bien la série davantage "étude de moeurs" (magnifiques Benny avec en point d'orgue le Mort Disco initial ). Bref, je balisais l'Atrabile de Baladi sans doute faussement comme le plus accéssible à un public indé forgé à l'Association et autre Cornélius. J'avais tort, je vous dirais pourquoi juste après.
Mon deuxième Baladi est un auteur en mouvement, qui recherche graphiquement ce que le dessin peut (pourrait) vraiment dire si on lui laissait la place de le faire. C'est le Baladi de Drozophile ( Meta Maw est plus que conseillé si vous tombez dessus au hasard de l'étalage d'un excellent bouquiniste) ou de chez (les magnifiques gens !) B.ü.L.B. Comix (cherchez donc dans les boîtes de cet étonnant éditeur, vous y trouverez de l'inédit et bien souvent de l'expérience heureuse). Voilà pour ce Baladi expérimental, très arty (il me haïrait je pense de lire ça de lui...) en fait, beau et simplement bluffant.
Mon troisième et dernier Baladi est celui de l'auto-édition, celui des fanzines de festivals, celui qui s'assoit sans risque sur 30 ans d'underground entâmé chez Crumb et consors. Ce Baladi là a une production de malade, souvent trouvable sur le web d'ailleurs, cherchez donc du côté de chez http://www.diogene.ch/sommaire.php3.
Et voilà qu'alrs que je regroupais ses production made in Atrabile avec celle de La Cafetière et de chez l'Association (lisez donc l'histoire de la balafre dans la collection Patte de mouche) je tombais sur ce dernier Baby, bouquin dont la facture ressemble à s'y méprendre à un Drozophile, une espèce d'objet incongru, coincé entre l'expérimentation graphique simple et celle plus complexe de la lecture de rêves, comme si l'écriture automatique avait conditionné la création de ce livre. J'ignore pour le moment s'il y a quelque chose à comprendre à ce bouquin, il s'en dégage un malaise palpable, que l'on s'attarde sur cet enfant-poupée ou bien sur cet Baladi qui rêve qu'il est une clubbeuse délurée. J'ignore le fond de ces choses, j'ai l'intuition qu'elle parlent beaucoup de l'auteur et de ses névroses, les mêmes motifs s'y retrouvent encore et toujours : je pense à la mendicité, l'ivresse ou du moins la perte de sens, l'enfance trompeuse et trompée et bien d'autres thèmes qu'il me faudrait creuser encore, mais comme je le disais plus haut, j'ai la flemme.
Lorsque j'évoquais Baladi comme faussement accessible à un public indé, je pensais à ses précédentes productions chez l'Association, très abordables, et ce Baby maintenant qui fracasse tout cet édifice longuement échaffaudé. J'aime beaucoup ça chez Alex Baladi, l'art d'envoyer paître le définitif. Lisez donc ses livres, ils disent beaucoup de belles choses.

dimanche 15 juin 2008

Ruppert & Mulot - Le tricheur.

Ces deux-là sont terriblement irritants au moins autant que talentueux. Par ailleurs ils commettent depuis quatre albums chez l'Association des livres dont l'inventivité formelle et narrative ne souffre aucune concurrence dans le paysage bédéïste contemporain. Ca c'est pour le côté agaçant. Après, la lecture de quelques pages suffit à faire admettre l'extrême sensibilité de leur travail, c'est toujours juste dans les situations, très souvent cruel il est vrai mais quasiment jamais artificiel.
Ce nouvel album ouvre sa refléxion sur le monde de l'art, de la performance, de laquelle d'ailleurs Ruppert & Mulot ne sont jamais loin, il suffit de voir leurs scéances de dédicaces pour s'en convaincre. Le récit va réussir à mêler adroitement des séquences d'actions muettes et l'interrogatoire d'un témoin ou d'un suspect sur le déroulement de la scène. Véritablement l'effet est passionnant et déroutant, les passages muets réalisent des prouesses narratives rares, un découpage incroyable avec une action découpée au scalpel, ciselée superbement. Franchement, ça faisait longtemps qu'un découpage ne m'avait à ce point emballé, et même si cet album ne s'adresse pas à tout public, d'une part par la violence de ses scénes ( le lynchage, le viol notament), et d'autre part par son sujet même, il est néanmoins visible que narrativement, Le tricheur est une rareté, un concentré d'intelligence de mise en scène et qu'il risque de squatter certains podiums de palmarés cette année. Brillant.