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jeudi 30 avril 2009

Leela James - Let's do it again

Leela James est de retour quatre après "A change is gonna come", premier album soulful de la lady et forte du succès de celui-ci, s'était proprement faîte débarquée de chez Warner pour qui l'intérêt critique et public ne semble pas vouloir dire grand chose. Mais comprendra-t-on un jour les attentes des majors companies ? Je ne suis pas certain de le vouloir d'ailleurs.
Bref, la belle est de retour avec ce disque auto-produit, publié chez Shanachie et album contenant 100% de reprises. une chose est sure, Leela James chante toujours aussi bien, posant sa voix à la manière d'Aretha Franklin ou de Tina Turner, grinçant son timbre selon les inflexion du rythme et de la mesure. Sa voix est la première bonne surprise de "Let's do it again", elle est toujours là, elle a pris en maturité, en placement, on sent le groupe qui joue derrière et le tout s'harmonise au poil.
Côté track-listing, certains choix parraissent évident comme la reprise du "Clean up woman" de Betty Wright ou le "Simply beautiful" d'Al Green mais j'avoue qu'elle m'a surpris avec cette cover du "Miss you" des Stones dont le groove qu'elle y instaure résplendit un peu plus à chaque nouvelle écoute. Au final, il s'agit d'un disque qui s'intalle gentiment comme un classique du genre, résolument tourné vers le passé mais qui n'en oublie pas moins de faire résonner des basses profondes risquant, et c'est le pire qu'on lui souhaite, de faire se dandinner les foules des salles de concert frénétiquement.



Miss You - Leela James

mercredi 25 mars 2009

Eddie Bo en forme de spectre

Eddie Bo est mort (1930 / 2009) et quand même, faudrait saluer ici ce sacré musicien neo-orléanais. Sa musique, c'était du rock, du r'n'b et de la soul, et du funk évidemment. Sa rareté constitait en ce qui habite naturellement tous ceux qui respirent l'air de la Crescent City, son unicité. Eddie Bo n'était personne d'autre, écoutez-donc sa musique un jour où l'air se charge de 100% d'humidité, insallez-vous dans l'ombre d'une glycine et servez-vous donc votre apéritif préféré, vous y entendrez peut-être son unique energie.



Were Doing It (Thang) Pt.2 - Eddie Bo & The Soul Finders

From This Day On - Eddie Bo

jeudi 19 mars 2009

David Porter - Victim of a joke ?

Le 10 décembre 1967 est une date clef pour Stax records, dans le tragique accident d'avion qui emporte Otis Redding ainsi qu'une partie de son groupe les Bar-Kays, la firme de Memphis voit stopper net son ascension incroyable entâmée aux débuts des années 60. Commercialement Stax perd dans cet accident son plus gros vendeur mais également l'âme de soulsville et avec le décès d'Otis Redding, le son de Stax est à réinventer.
A cette tragédie s'ajoute peu de temps après le rachat d'Atlantic (historique distributeur des disques de la firme) par Warner au printemps 1968 et qui dans la même opération et à la suite de monstruosités juridiques telles que seul le Droit peut nous en pondre, Stax perd les droits de son catalogue et se retrouve donc complétement nu. C'est "Dock of the bay" d'Otis Redding qui viendra renflouer les caisses, le disque posthume devenant pour tous les fans en pleur de Mr Pitiful une référence en matière de r'n'b et de soul music teintée de pop.
Si on ajoute à cette série noire l'assassinat de Martin Luther King à Memphis même et qui plongea la ville dans des émeutes sans précédent (les incendies épargnant les locaux de Stax), on comprendra aisément combien il était nécessaire pour Stax de réinventer sa musique. Le directeur artistique de la firme, Al Bell, y remédiera rapidement en lançant dés 1969 la bagatelle de 27 albums dans lesquelles s'illustreront notament quelques jeunes pousses par ailleurs plus habituées aux scéances d'écriture qu'aux spots des salles de concert. Le "Hot buttered soul" d'Isaac Hayes fera bien entendu partie du lot et figurera contre toute attente comme l'un des best-sellers de la firme, et ce malgré son format totalement novateur pour l'époque, sa soul se diluant dans un déluge de cordes figurant un écrin magnifique pour la voix de baryton d'Isaac Hayes. Le tournant est annoncé.
David Porter travaillait depuis toujours avec Hayes, contruisant en tandem quelques uns des plus beaux tubes de Stax pour Carla Thomas ("B-A-B-Y"), The Emotions ("Show me how") ou encore Sam & Dave. Le début de la carrière solo d'Isaac Hayes figurant la fin de cette prolifique collaboration, David Porter est bien obligé lui-aussi de revoir ses ambitions à la hausse ou en tout cas de revoir sa carrière à l'aune d'un jour nouveau. C'est la grande force d'Al Bell d'autoriser à cette époque les formats les plus variés tout en osant un son neuf et en offrant dans le même temps une liberté artistique totale à ses artistes.
Lorsque David Porter signe "victim of a joke ?, an opera" en 1971, il a eu toute latitude dans le studio pour réaliser ses ambitions. C'est un disque baroque qu'il offre à Stax, complétement dans son époque, la grand messe psychédélique s'étant peu à peu essouflée avec le décés d'Hendrix et les errements de Sly Stone, David Porter convie au chevet de sa soul orchestrale des influences gospel mais aussi résolument modernes, gorgées de rock psyché. Chacun des huit titres de l'album est précédé de courts sketches parlés, des enregistrements de voix et la transition avec les parties chantées n'en est que plus frappante. Porter est grand, il chante d'une voix profonde ses propres compositions mais c'est véritablement sur la reprise du standart de Tin Pan Alley "The masquerade is over" (long morceau de presque 10 mins) que son talent se fait le plus éclatant, que sa science des arrangements est la plus éloquente, les coeurs explosifs se magnifiant au contact des déflagrations sonores des Memphis Horns. Stax a toujours basé sa renommée sur l'excellence des ses musiciens studio (de Booker T au Mar-Keys en passant les BAr-Keys) et sur ce disque la qualité de son son se fait toute puissante.
Malheureusement pour David Porter, aucun des titres de son album ne fera le bonheur des radios et la carrière de l'ex-associé d'Isaac Hayes ne connaîtra jamais le même essor que celle de ce dernier. Malgré tout il nous reste ce disque et quelques autres, et donc le bonheur d'écouter cette soul music impeccable qui a emprunté un instant des habits de clown.


Airplane Ticket - David Porter

dimanche 16 novembre 2008

Femi Kuti - Day by day

Voilà que la presse annonce la résurrection d'un survivant, un homme de Lagos, fils d'un rebelle éternel, un homme blessé, traqué par un gouvernement nigérian corrompu, violent, policier. Bref on nous annoncer rien de moins que le nouvel album du messie Femi Kuti, le Exodus de Marley basculé des ghettos de trenchtown à ceux de Lagos.
On nous a menti. Day by day est un magnifique disque, dans la lignée des précédents Fight to win et Shoki Shoki, mais plus encore que ces deux premiers disques, Day by Day est une reprise studio du Live Shrine, le seul essentiel de Femi Kuti à l'heure actuelle. Bien entendu toutes les plages ne sont pas de simples redites du Shrine (la boîte tenue par Femi Kuti à Lagos) mais l'honneteté qui me pousse à vous parler de cet artiste comme d'un grand musicien, m'oblige également à signifier mon désapointement lorsque je vois orchestrées de telles magouilles éditoriales. L'impact live des chansons de Femi nécéssitait le live, pourquoi alors nous faire croire à une resurrection de l'artiste quand l'album qu'il publie n'est qu'un resucée du précédent, précédent dont les quelques journalistes que j'aie pu lire sur ce sujet ommettent très largement de faire mention pour mieux appuyer la nouveauté et l'étrange beauté de Day by Day. D'accord.
Alors je vais procéder de la même façon, le dernier Femi Kuti est une révélation, magnifique, emprunt de blues, lumineux, un cri jeté à la face des dirigeants nigerians.
Oui ?
Ah oui, l'ennui, c'est que ce disque est bien moins bon et reprend dans sa largeur le Live Shrine, véritable cri paru quatre plus tôt et seul indispensable de Femi. Si vous voulez écouter du son neuf, écoutez donc Seun Kuti.
PS : Femi Kuti est un artiste intègre et magnifique à voir sur scène, j'en veux seulement à la maison de disque d'avoir organisé cette saloperie.

dimanche 26 octobre 2008

Raphael Saadiq - The way I see it

Raphael Saadiq est de retour cette année avec un disque littéralement plongé dans le son des 60's, particulièrement celui d'une proto-soul qui tire largement sur le rhythm'n'blues. Ca se traduit concrétement sur le disque par une utilisation à l'ancienne des cuivres, c'est à dire avant que le funk ne les réduisent à leur seul puissance tellurique et donc sur The way I see it, on assiste au retour du cuivre comme rythmique imparable. Great ! Il y a bien autre chose sur ce disque, particulièrement le timbre magnifique de Saadiq sur l'ensemble des 12 plages qui pour une fois ne sombre pas dans cette new-Jack-nu-soul aux cris de pleureuse qui devenait insupportable. Ici le chant est ultra maîtrisé bien que sonnant un peu "à la manière de", mais alors quoi ? La référence qui me vient immédiatement est Sam Cooke, déjà par la pochette de l'album, le costume impeccable, cet air de complête maîtrise scènique, tout cela rappelle les parfaits Live at the copa et Live at the Harlem Square club de Cooke. Je n'ai pas trop lu sur ce disque donc je ne jurerai pas que Raphael Saadiq a franchement pris le petit génie de Clarksdale comme référence sur ce disque, même si cela semble évident.
Voici le morceau d'ouverture de The way I see it mais en version live, je n'ai pas trouvé l'original ni "Big easy", chanson imparable et tube probable si single il y a...

Sure Hope You Mean It (LIVE!) - Raphael Saadiq

Le myspace de l'artiste propose d'autres morceaux en cliquant sur le titre de cete article.

dimanche 19 octobre 2008

Florent Mazzoleni - James Brown : l'Amérique noire, la soul & le funk.

Voilà le type de bouquin sur la musique en tous points absolument remarquable. D'abord par son sujet, non pas limité au seul James Brown, mais par extrapolation au monde dans lequel il évoluait. Ensuite par son auteur, Florent Mazzoleni, le mec qui en France parle le plus intelligement de la musique noire juste après moi. Imaginez le niveau du monsieur. Plus sérieusement les biographies, les biopic, les autels et autres hagiographies dressés à la mémoire de n'importe qui me gonflent au plus haut point, je les fuis comme la peste. Mazzoleni fait exception par l'intelligence de sa prose (franchement très agréable à lire) et surtout par la pertinence de son point de vue : il regarde James Brown parmi le peuple noir et cela, de l'enfance à Augusta jusqu'à l'invention fracassante du funk. Au milieu de tout ça il y a la soul, les droits civiques, la conscience noire qui s'éveille, une réunion éphémere des tops "r'n'b" et "pop", les amériques blanche et noire semble enfin se réunir et par dessus tout se vacarme, James Brown, l'homme qui aura placé le plus grand nombre de singles dans le top 50.
Mazzoleni parle de musique, des studios, des tournées et de l'invention du rythme funk. Il éprouve un amour démeusuré pour certaines chansons, leur élaboration, leur line-up et son enthousiasme est sincérement très agréable à lire. Voilà pourquoi ce livre est surtout plus qu'une biographie ; la prison, les femmes la drogue tout cela ne restera pas, seule la musique de James Brown est eternelle.

dimanche 12 octobre 2008

Gil Scott-heron - Le Vautour

J'en aurais jamais fini de vous parler de Gil Scott-Heron et de tenter de vous prouver l'importance primordiale de son oeuvre, trèsor de la great black music si chère à LeRoi Jones. En 1969, Gil Scott-heron a tout juste 20 ans et va publier dans l'année un recueil de poésies, Small talk at 125th and Lenox ainsi qu'un disque éponyme, deux oeuvre jumelles qui marqueront définitivement les esprits. Dans une moindre mesure, Le Vautour, paru la même année via les labels porno cheap, marquera lui aussi durablement les esprits.
En 2008, Le Vautour n'a sans doute pas la même portée surtout dans sa version française que j'aie lue. Malgré cela, le talent de Gil Scott-Heron même s'il n'est pas véritablement un écrivain transpire tout de même dans certaines fulgurances. L'intrigue, complexe, mèle tel le Sweet Sweetback Badass Song de Melvin Van Peebles paru deux ans plus tôt et diffusé via le réseau des salles pornos une histoire de meurtre, de dealer, de politique et se passe tout simplement dans la rue. C'est la Big Town de Will Eisner en version black. Gil Scott-Heron y imprime son quotidien, celui d'une conscience politique en alerte en cette fin de décennie, mais également celui du bouillonement violent que connaît New-York à cette époque avec l'emprise toute neuve des gangs d'adolescents noirs et portoricains sur les rues de Harlem et du South-Bronx. Gil Scott-Heron a 20 ans et son écriture est parfois maladroite mais on se rend bien compte que ce qui compte avant tout pour le jeune écrivain est de montrer le vrai visage de sa communauté, de signfier le double visage des êtres qui font la rue, un dealer peut aussi être un fils aimant, un camé un poète lettré, un jeune homme engagé peut tout bien aussi devenir assassin, même d'un frère noir.
Alors en 2008 on est déjà bardé de toutes ces références, la rue on la connaît tellement, Big L, Nas ou Mobb Deep nous l'ont déjà tellement contée, cette rue black, qu'on pourrait légitimement en être blasé. Ouais sauf que le garçon écrit son bouquin 20 ans avant la parution de Do the Right thing de Spike Lee, que tous les ingrédients mis en avant dans le rap futurs sont déjà là en 1969, décrits par une plume un peu maladroite mais terriblement visionnaire et sans états d'âme.

mercredi 8 octobre 2008

James brown vs Little Willie John

James Brown disait de lui que c'était le meilleur, qu'il pouvait tout chanter ! Mais sur scène, le Godfather se posait en maître et voilà peut-être se qui a écourté la carrière d'un pourtant prodigieux chanteur, Little Willie John. En ce temps là était le rythm'n'blues, les enregistrements de singles jusqu'à ce que les Djs du dixieland, du Chitlin' circuit du sud des USA décident de passer votre chanson en discothèque. En ce temps là James Brown et Litlle Willie John sont tout deux produits et publiés par King, maison de disque qui a été jusqu'à refuser "Only you" des Platters, voyez le genre de visonnaire... Bref, Little Willie John cartonne avec tous ses singles, James Brown maximise son succès sur un titre "Please please please" qu'il réussit à faire durer une demie heure sur scène pour le plus grand bonheur du public. Le temps est au plaisir, l'artiste doit tout livrer, montrer qu'il est burné, qu'il peut tout chanter, danser ; il doit respirer le mâle s'il est homme et la femme fatale si c'est une femme. L'heure n'est pas aux subtilités.
James Brown et Little Willie John vont construire la soul future avec leur r'n'b sauvage et engagé, ils vont petit à petit détendre un public blanc et le faire se lever pour un noir, le minstrel show une fois encore ! Tout ça pour dire que l'initiative de Saga d'éditer sur un même disque les singles de ces deux artistes alternativement est une magnifique idée à laquelle je souscris totalement. On mesure l'importance de ce petit homme sur le futur parrain de la soul, petit homme qui finira ses jours en prison pour avoir poignardé un type qui se moquait de sa petite taille, ; une pneumonie l'emportera en 1968. James brown enregistrera dans l'année un album hommage.
Ecoutez donc Fever par son créateur et voyez comme le King n'est pas forcément celui qu'on croit :

Fever - Little Willie John
Please Please Please - James Brown - Various Artists

mardi 30 septembre 2008

Leon Thomas - Blue and the soulful truth.


Parmi les choses que j'adore faire il y en a une qui me plait particulièrement, et qui plus est, elle est contingente du fait d'être parent, alors ne boudons pas notre plaisir, si rare. Prenez un bébé entre 0 et 12 mois, allumez la chaîne hi-fi, placez-y un disque, n'importe lequel. Je n'ai pas précisé qu'il était évidemment l'heure de la sieste vous l'aurez immédiatement compris. Bref, il faut que le mioche soit de bonne constitution, vous vous allongez sur le dos sur le canapé, le môme est placé sur votre bras gauche (ou droit, c'est pas non plus une science exacte), sa tête reposant sur votre épaule. C'est parti pour une sieste magnifique, entrecoupée alternativement de moments de veille et de réveil. Avec Colline notre disque de l'été était indéniablement l'album de José James, parfait en tout point, s'écoute même en dormant.
Ce disque de Leon Thomas convient lui aussi parfaitement. J'ai déjà parlé de Leon Thomas ici, pour n'en dire que du bien. D'ailleurs je ne retiens plus que le meilleur des artistes, on a bien trop peu de temps. Leon Thomas est un chanteur noir-américain, surtout connu pour ses apparitions fulgurantes aux côtés de Pharoah Sanders et surtout connu du grand public (ahahaha, trêve de taquinerie), et surtout inconnu tout simplement. Leon Thomas est un chanteur à la voix grave et puissante, jouant sur les mêmes tonalités profondes et denses que Gil Scott-Heron. Ce mec était incontournable pour le public noir des années 65 à 75. Leon Thomas participait aux grands enregistrements, sa voix "yodulait" comme personne, et ses textes libérait toute une population. Parce que bien sur des deux on retient (à peine) maintenant que Gil Scott-Heron bien entendu. Je lis partout quel grand poéte il était. C'est vrai. Et quel bon chanteur. Et c'est vrai également ! Quel sens du swing de la soul et du funk ! Bon dieu c'est vrai, archi vrai ! Mais merde, le gars Leon Thomas enregistre comme Scott-Heron chez Flying Dutchman, comme Scott-Heron c'est Bob Thiele qui s'occupe de ses sessions, et tout comme Scott-Heron Leon Thomas écrit de pures joyaux qu'il interprête comme personne. Je rappellerai seulement que Bob Thiele, c'est juste l'homme de John Coltrane, celui par qui Impulse! est devenu ce chantre de la new thing. Ca vous pose un mec.
Blues and the soulful truth fait d'abord immédiatement référence au The Blues and the abstract Truth enregistré dix ans plus tôt par Oliver Nelson et qui célébrait les racines blues de la New Thing. Ici Leon Thomas fait de même avec la soul et je vous l'ai déjà tartinné en long et en large sur ces pages, la soul c'est du blues ! Moi c'est même Sam Cooke qui me l'a appris. Bref il y a deux autres hommes importants sur cette session si l'on enlève Leon Thomas himself et Bob Thiele, ce sont Stanley Clarke d'une part, l'homme basse qui commence à jouer partout et à proposer partout son talent éclatant et d'autre part Pee Wee Lewis, producteur du disque mais aussi sideman de grand talent à l'alto-sax. Voilà donc ici réunis quatre grands talents plus une floppée de musiciens, l'esprit de John Lee Hooker est même convoqué le temps de la reprise de son Boom-Boom-Boom, et pour le reste, let's go soul-blues. L'album court sans anicroche et augmentant crescendo la filiation évidente soul-blues.
Alors si Leon Thomas n'atteind pas sur ce disque l'intensité d'Oliver Nelson sur l'album référant, il demeure tout de même un disque immédiatement agréable à l'oreille, un disque de soul-blues, de cette musique qui fait danser les gonzesses et sublime unpeu plus le peuple noir. Idéal pour la sieste.

dimanche 14 septembre 2008

Dwight Trible & the life force trio - Love is the answer

C'est d'abord le Ninja Tune aposé comme un blason à l'arrière du disque qui étonne, ColdCut en Californie ? Du Jazz au catalogue ? De quoi attiser n'importe quelle curiosité, pourvu de n'être pas trop obtus. La seconde interrogation vient après avoir regarder le liste des producteurs : Madlib, Sa-Ra, Daedelus, Carlos Niño et même la talentueuse Georgia Anne Muldrow, le hip-hop aventureux s'invite ici, très bien.
Dwight Trible est l'actuel chanteur du Pharoah Sanders Quartet, autant dire l'archétype d'un chant technique, primal dans ses intonations, respirant un souffle d'avant-garde, de rupture avec la scène jazz mainstream, tout sauf le stéréotype du chanteur jazz de cabaret en gros. Il est de la lignée des Abbey Lincoln et des Leon Thomas, un chant d'éxhumation des souffrances, un chant tout droit sorti de la terre du sud, des sillons noirs d'années d'esclavage. Dwight Trible propose cette voix-là, techniquement capable de tout chanter, qui oscille dans un registre très large, un Gil Scott-heron ou un Isaac Hayes comme note basse et un Stevie Wonder en haut du spectre musical. Alors l'avant-garde Hip-hop du moment, les habitués des labels Stone Trows et Ninja Tune justement, s'empressent de tisser un écrin electro à la voix d'or noir de leur hôte. Et c'est magnifique de profondeur. On aurait pu légitimement craindre un objet difforme un peu new-age, tous à poils sur la plage mais il n'en est rien, c'est seulement un grand disque qui nous est proposé ici. Quel bonheur que ces "Equipoise", "Is Life", "Love is the answer", "Life force", ou le featuring impeccable de Lil Sci des Scienz of life sur le non moins réussi "I was born on planet rock" sur lequel la voix de Dwight Trible s'invite plutôt que ne chaperonne le morceau. Grand disque indéniablement.

Love Is The Answer - Dwight Trible

samedi 6 septembre 2008

Hardkandy - Second to none

Troisième album du groupe anglais Hardkandy et du desormais tout seul au sein du band Tim Bidwell, Second to none est une pépite soul complétement inattendue. Des disques précédent, seul la collaboration avec Terry Callier m'avait paru digne d'intérêt, le reste demeurant le plus souvent noyé dans un son nu-soul pas très élaboré. Avec ce disque je vous le dis direct la donne change. Tim Bidwell distribue les cartes à quelques featurings totalement inconnus pour moi : Martin Harley, Laura Vane and Sean Clarke, mais surtout, il base toute sa musique sur celle d'un génie disparu cet été : le regretté Isaac Hayes. L'influence est majeure, pourtant pas grossière se ressent comme une anticipation géniale d'un hommage au son man of Stax. La même utilisation des cordes, des basses toniques et frappées, le climat blaxploitation qui se dégage de titres comme dunks ou Overkill, si c'est pas de l'hommage ça....
En tout cas, et pour abréger un peu les choses, Hardkandy ressemble à s'y méprendre à un groupe de maintenant qui aurait parfaitement compris comment marchait le r'n'b à papa des 60's et la soul cosmique des 70's. Prince n'est pas très éloigné non plus.
Je cherche des titres à vous proposer, pour l'instant contentez-vous de Dunks, mais surtout, Elevation et The Good and the bad sont deux pures tueries et en écoute sur le myspace (en fait non, les titres ont changé...) du groupe, toujours en cliquant sur le titre de cet article.


Dunks - Hardkandy

Ps : "Hey Lover" sonne comme si Aretha remettait ses cordes vocales en jeu, 1969, c'est la chanteuse la plus balèse du monde. Enfin.

samedi 28 juin 2008

Demon Fuzz - Afreaka !

Ce groupe anglais des années 70 est inconnu, ne me dîtes pas le contraire. Vous ne savez encore rien de ce funk endiablé, shooté à la new thing et au rock progressif de Canterbury, de ces cuivres sophistiqués, de cette basse classieuse, rythmée bien entendue mais surtout tenue admirablement, elle offre une structure dorée à chaque morceau du disque. Bref, vous ne savez rien de Demon Fuzzet déjà, c'est un tort.

Demon Fuzz est un groupe anglais formé à la fin des années 60 et qui profita indubitablement de l'extension conjointe de labels Stax et Atlantic de par le monde pour bénéficier de la richesse de la production noire-américaine de ces années-là, production qui ne cessera plus jamais après ça. Il y a donc dans Demon Fuzz autant du funk de Cymande et de Funkadelic que de la soul d'Otis Redding ou du rock de Soft Machine. Le grand écart tient à peu de chose, le pas de trop également. Pourtant ici tout fonctionne à merveille, jusqu'à cette reprise incroyable du I put a spell on you de Screamin' Jay Hawkins qui joue quasiment sur le même ring que Nina Simone. Quand je vous disais que ça rigolait pas...

Pour situer le groupe un peu mieux, il s'agit surtout de morceaux instrumentaux, le chant étant reservé aux reprises et aux morceaux de facture plus classique. Les changements de tempo dans un même morceau caractérisent la structure des tracks, de même que des breaks basse/batterie de haute tenue. Mais qu'on se le dise, ce groupe croise autant Jimi Hendrix que Syd Barett ou Georges Clinton, ça vaut le coup d'essayer tout de même.


Et puis merde quoi, cette pochette, un mec torse nu avec une chaussette sur la tête, moi je dis que ça se respecte ça !







Past Present And Future - Demon Fuzz




I Put A Spell On You - Demon Fuzz




Another Country - Demon Fuzz



dimanche 15 juin 2008

Al Green - Lay it down

Le nouvel Al Green est arrivé, il est distingué, printanier, full of love et plein d'autres choses encore. La production est assurée par ?uestlove et James Poyser, une partie des tout aussi distingués Soulquarians (feu ?), bref, du lourd derrière le micro et dans la salle de mixage : tout ce que j'aime. Et véritablement il faut avouer que le disque est réussi, bien qu'il faille d'emblée passer outre une pochette vraiment hideuse, mais Al Green est le maître 70's du genre... On est ici en terrain connu, savant remixage des ambiances soul seventee's, ça groove comme il faut, ça cause surtout love and love et re-love, mais c'est pas pour ça qu'on aime Al Green. On l'aime par ce placement si particulier de sa voix, son timbre riche et varié, la facilité de sa diction, son accent un peu marqué, bref, Al Green, c'est d'abord une voix unique. C'est ici que le choix de faire figurer Anthony Hamilton sur ce disque est une idée de génie, la relève incârnée du maître fait bien plus que de la figuration, le disputant au titre du plus beau phrasé sur deux morceaux magnifiques de simplicité : Lay it down et You've got the love I need.
On comprend par ce choix d'Hamilton l'intelligence de ?uestlove, grand admirateur d'Al Green et surtout grand rénovateur de la soul moderne, sa production est limitée, respectant les canons du genre : cuivres et basse / batterie cuisinées à point, quelques voix d'anges, et il s'offre même le luxe de réussir à faire bien chanter Corinne Bailey Rae (elle emprunte presque le timbre d'erikah Badu par moments).


Take Your Time (F/ Corinne Bailey Rae) - Al Green

lundi 10 mars 2008

Sam Cooke - Night Beat

Le confrère Dampremy causait il y a quelques temps sur sa page de ces albums cultes, de ces disques imparables, des tueries qui ont fabriqué leur époque et le futur musical de générations entières. Si lui parlait surtout cold wave et 80's, je répondrai ici par les premières notes paradoxalement gospel du véritable premier album soul : Sam Cooke' night beat. Ce disque fut une révolution pour beaucoup de raisons, d'abord parce que pour la première fois un ingénieur du son eut l'audace folle de pousser la voix du chanteur au dessus des arrangements et que d'une façon inédite l'organe pourtant alors déjà connu de Sam Cooke se laissa entendre d'une manière tout à fait incroyable. Le chanteur, alors artiste habitué à truster les charts, prit le risque de ralentir le tempo, de laisser la chanson, son corps, s'exprimer plus fondamentalement, il prit le risque d'ouvrir son coffre à des vibrations lentes, plus charnelles, plus sensuelles, il risqua cette mise à nue impensable avant cela. Ce disque inventa la soul, et bonheur, en fît aussi un album dîvinement réussi, ce qui aurait pu ne pas être forcément le cas.
C'est donc d'abord cette voix qui s'impose et puis ensuite cette succession de sans-fautes, gospel, blues, r'n'b, Sam Cooke enchaîne les compostions tradionnelles et les siennes propres toujours de cette façon caractéristique, épellant presque les mots qu'il nous semble alors pour la première fois réellement entendre, presque saisir. Toute cette tristesse du blues va éclater dans la soul music quelques années plus tard et accompagnés d'une avalanche de hits, les Marvin Gaye, Curtis Mayfield, Al Green, Sly Stone, Issac Hayes sont tous le produit de ce disque, de ce "Night Beat" qui changea une fois pour toute le rapport black au tempo, qui s'appropria la lenteur, ce tempo africain pour exprimer la chaleur des corps, la sexualité, les amourettes, mais aussi les tentions raciales, la lutte pour les droits civiques et toute cette merde raciste de l'époque .
Avec "Night Beat" Sam Cooke devient le premier artiste noir à faire beaucoup d'argent avec sa musique, il est la preuve pour tout une communauté que la réussite peut intervenir tout en choississant ses propres armes et même dans un système blanc. Melvin Van Peebles ne fera rien de bien différent quelques annèes plus tard avec son "Sweet Sweetback's baadassssss song", s'emparant de 23 millions de dollars de recette au box-office pour un investissement d'à peine 100 000 dollars, soit l'une des plus grosses plus-value d'Hollywood. Sam Cooke prouve tout ceci avec ce disque, il justifie qu'il y a un public noir au USA en 1963, qu'il consomme, qu'il a une culture propre et qu'il est capable de vivre en dehors des clous plantés par un régime blanc.
La soul music arriva en Amérique en 1963 avec un grand cou de pied dans la gueule, deux ans plus tard le ghetto de Watts brulait.

samedi 8 mars 2008

Terry Callier - What color is love ?

J'ai actuellement une passion débordante pour la Great Black Music. Ca va de la Deep Soul un peu oubliée de Doris Duke ou de Carla Thomas jusqu'au Free Jazz totalement décomplexé d'Ornette Coleman et d'Albert Ayler en passant par la soul depuis ultra populaire des Stevie Wonder, Curtis Mayfield, Marvin Gaye et James Brown . A la lisière de tout cela se trouve un artiste assez particulier : Terry Callier. Un beau black au look un peu intello qui chante des chansons d'amour accompagné de légers arpèges de guitare, ce type assez classe qui ne parlerait en 1972 pas seulement de ségrégation et de noir ghetto, mais qui aurait aussi digéré l'influence de toute la vague blanche et folk des années 60. Les arrangements faits de cordes douces mais aussi lesbasses vraiment puissantes, dignes de Curtis Mayfield, une sorte de groove champêtre, mais sans pour autant tomber dans la miêvrerie; bref, tout cela confère à cet album un goût particulier, un disque comme il en existe peu et qui permet d'établir des ponts entre les cultures blanche et noire. C'est assez rare en musique pour être signalé.
"Is it wrong or is it right, is it black or is it white, what color is love ?" J'aime assez ce type de problèmatique dans une chanson. Ca pourrait sembler simplement con, mais c'est aussi un peu plus profond que ça. Après la révolution sexuelle, la blanche, c'est un peu du black' sexual healing que l'on met dans la société. Cette couleur de l'amour est ici revendiquée par l'artiste. Et moi ça me fait marrer.

De toute façon, j'aurais beau écrire toutes les conneries possibles sur ce disque, vous en resteriez comme moi sur cette magnifique jeune femme de la pochette, qui ne semble attendre que vous.




Bref, je tache d'apprendre comment on peut bien greffer de la musique via un lecteur dans un article et je vous pose deux morceaux essentiels : "You goin' miss your candyman" et "Dancing girl".