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dimanche 4 octobre 2009

Del the Funky Homosapien - Automatik Statik

Il y avait eu "Both sides of the brain" en 2000 et puis plus rien ou presque pendant les huit années suivantes, mais depuis 2008, Del bombarde ses auditeurs de sorties, toutes plus affriolantes les unes que les autres. Je ne vais pas faire l'historique du garçon, j'ose espèrer que tout le monde ici a son Petit Del illustré posé en bonne place sur la table de chevet, rappelons juste pour la forme que la garçon a commencé comme grouillot pour son cousin Ice Cube avant de virer à 180° et fonder le collectif Hieroglyphics avec entre autres les gars de Soul of Mischief, j'ai nommé Opio et Casual. Enfin, gageons que le public averti et surtout la presse internationale l'aura reconnu essentiellement pour sa participation au génial Deltron 3030, galette galactique qui ne repose vocalement que sur ses talents de emcee, album monstre et qui restera comme un sommet trans-genre.
Bref, depuis 2008, les sorties s'enchaînent pour Del qui s'approprie un peu plus chaque jour de ce funk qui stigmatise son patronyme, "Funk man" cette année et maintenant "Automatik Statik" sont réellement deux sorties dégoulinantes de funk poisseux et jouissif. Disponible uniquement en téléchargement, et c'est la raison de ce petit article, "Automatik Statik" est proposé à 3$ minimum, une misère pour la qualité de la musique de Del.
Pour ceux que ça intéressent, ça se passe ici :http://http//delthefunkyhomosapien.bandcamp.com/album/automatik-statik

Et plus de sons et d'infos sur son myspace ici : http://http//www.myspace.com/delthefunkyhomosapien
Une idée de son "Funk Man" en vidéo histoire de se dégourdire les esgourdes :

mercredi 16 septembre 2009

Q-Tip - Kamaal the abstract

Voilà enfin officiellement édité le "Kamaal the abstract" de Q-Tip, album qui se vendait sous le manteau depuis une décennie ou presque. Alors que le lecteur averti va immédiatement se dire que je parle ENCORE de Q-Tip mais le lecteur averti (je sais qu'ils sont au moins deux, dieu veille sur eux..) comprendra forcément que ce matracage-là vaut mieux que n'importe quel autre, qu'il est d'autant plus légitime de parler ici de Q-Tip que ce mec est surement le emcee qui donne le plus son sens à cette fonction au sein du hip-hop, voilà un mec qui représente l'essence même de sa musique, qui la dynamise par son flow et son placement vocal si particulier.
Q-Tip est un morceau du hip-hop à lui seul, et de toute façon, je l'honore si ça me chante.
Donc "Kamaal the abstract", un disque enregistré il y a dix ans, jamais honoré d'une sortie physique en bonne et due forme mais abordé par tous les amateurs de hip-hop comme une perle de groove noire et c'est presque tout à fait ça.
Découvrant seulement le disque, j'ai un peu de mal à dire en quoi ce dernier serait plus ou moins génial que le reste de la production de the abstract, mais rien qu'à l'écoute, la force de l'homogénéité du disque parle d'emblée. Ca joue beaucoup sur ce disque, des instruments "physiques" se la disputent aux machines du producteur pour formé un tout résolument compact et qui tire assez franchement vers le jazz de types comme Christian McBride par exemple et sérieusement teinté de soul moderne façon Soulquarians. En un mot le disque est dense et à l'aune du récent "The renaissance" on pourrait presque prétendre qu'il en prend le contre-pied le plus malin afin de laisser entrevoir une face moins immédiatement visible de son auteur.
Aucun titre ne se dégage véritablement, il n'y a pas de "Move" ou de morceau d'anthologie débutant par un "back in the day when I was a teenager, before I had a status and a two-way pager..." mais un groove jazzy qui se maintient tout du long, une production au poil, un "barely in love" funky, un "blue girl" franchement jazz (l'impeccable clavier de Kelvin Sholar, à moins que ce ne soit l'oeuvre de Kamaal lui-même ?) et résolument un vrai grand disque qui propose ce que le hip-hop peut dégager de meilleur : du sens et du son.

samedi 6 juin 2009

Raashan Ahmad - Soul Power

Et de retrouver Raashan Ahmad à peine douze mois plus tard avec un nouvel album... Ah non, "not an album, not a mixtape, not an EP", selon l'artiste, juste une collection de titres déstinés à être joués live pendant le tour qui suivit la sortie de "The Push" l'année passée. Alors le tout n'est disponible qu'en digital bien entendu mais ça n'enlève en rien la formidable energie qui anime Raashan Ahmad sur chacun de ses projets, on sent bien l'ambition de construire des morceaux complexes mais dont les samples reconnaissables sont comme autant de gimmicks facilement assimilable par le public d'une salle de concert.
Pour moi l'opération est tout à fait concluante, le emcee des Crown City Rockers s'en sortant une fois de plus tout à fait correctement et même parait-il encore plus à l'aise avec le positionnement des sa voix, variant son rap admirablement.
Le tracklisting qui va bien, et dans lequel on retrouve Aceyalone en grande forme.
1. Mobstar Life-Produced by Woodstock
2. Move-feat. Aceyalone produced by Kas One
3. Stay-Produced by Raashan Ahmad
4. Soul Train-feat. Wafeek/Ragen Fykes Produced by Ebo
5. Breath-feat. Aima Produced by Kas One
6. Lambada-Produced by Headnodic/Kat O1O/Raashan Ahmad
7. Day after Day-Produced by Stefonix
8. Celebrate-Produced by Headnodic
9. Fairy Tale-feat. Ragen Fykes Produced by Headnodic
10. Money-feat. Alex Newman Produced by Kas One
11. Cornbread-Produced by D.J. Enki
12. Patience-Produced by Stefonix cuts by D.J. Vajra
13. Oakland-Produced by Kat O1O

jeudi 16 avril 2009

Archie SHepp - Phat jam in Milano

Archie Shepp est le saxophoniste type de la mixité jazz, ou plutôt de la mixture d'ailleurs. Toute sa carrière s'est constituée de collaborations, que ce soit la confrontation avec la soul et le funk sur "Attica blues", la musique nord-africaine sur "Blasé" et le "live at the pan-african festival", le jazz vocal sur le récent "Gemini" et sa collaboration avec la chanteuse Amina Claudine Myers, bref, presque autant de disques que de rencontres pour ce grand jazzman.
Et il y a un domaine dans lequel Archie Shepp a toujours versé, c'est celui du black talk, la parole noire de la Great Black Music, celle qu'on doit à Leroy Jones et Gil Scott-Heron. Alors il n'était pas très étonnant que de la rencontre avec Napoleon Maddox naisse cet enregistrement live réalisé à Milan l'été passé. Je rappelle pour le dernier rang que Napoleon Maddox est le emcee-beatboxeur-poète du combo IsWhat?! dont j'ai déjà parlé ici. Alors voilà nos deux artistes qui semblent vouloir travailler ensemble à une fusion de leurs univers respectifs. Enfin, c'est ce que j'en attendais sur le papier parce que la réalité du disque fini est toute autre.
Si la rencontre a bien eu lieue elle s'est surtout soldée par la reprise du répertoire déjà fortement rodé d'IsWhat?!, autrement dit par l'appropriation du travail de Jack Walker (saxophoniste chez IsWhat?!) par Archie Shepp et si l'intensité est effectivement au rendez-vous (que n'ai-je pas été à Milan l'été dernier..), qu'apportent donc ces interprétations aux originaux d'IsWhat?! ? J'en arrive même à trouver le "Kashmir" de Maddox plus réussi sur "The life we chose" que cette dernière. Alors oui, le disque est beau, Ahmid Drake aux percussions apporte un plus indéniable tant sa sensibilité organique se fait ici tendue mais que dire des deux saxophonistes également présents ? Oliver Lake et Cochemea Gastelum auraint du nourrir un feu autrement plus vif que celui qui proposé ! Sur "Ill Biz" notament, où est donc la déflagration sonore attendue ?
Reste le génie de Maddox micro en main qui se pose ici encore (mais sur son répertoire) comme l'un des alter-ego de l'autre black-poet du moment Saul Williams. Une micro décéption en somme, sauf si vous découvrez par ce disque la musique au combien enragée d'IsWhat?!.

samedi 28 mars 2009

Blueprint & Illogic

Deux albums pour me ravir ce matin dans ma boîte aux lettres, tous deux estempillés midwest hip-hop et deux artistes parmi les plus intéressants du rap contemporain. En tout cas ces deux gars savent produire de la bonne musique et leurs productions figurent à chaque fois en très bonne place dans mon panthéon hip-hop personnel.
Le nouvel effort de Blueprint est instrumental, et comme il l'avait déjà réalisé avec Chamber music on savoure ici la patte unique du producteur. La finesse dans la réalisation résume assez bien son travail, Blueprint est toujours élégant, il n'y a pas de surcharge dans ses beats ou dans le choix de ses samples. Peut-être cela manquerait-il alors d'un peu de caractère, de chien, mais malgré tout le disque s'enfile sans anicroche, tout coule facilement, la patte d'un producteur sur de son talent.
Pour le nouvel album d'Illogic et en attendant une écoute plus détaillée, il suffit de stipuler que Blueprint est absent à la production pour qu'un sérieux doute m'habite sur la qualité de l'ensemble, Ill poetic fabriquant l'ensemble des instrumentaux de ce Diabolical Fun. En fait il m'a suffit de lancer le disque pour que mes doutes partent en fumée, Illogic est un grand emcee et impose son rythme d'emblée et sans ambages, la marque des grands. J'y reviendrai peut-être plus tard.

mardi 17 mars 2009

Big Apple rappin'

Je ne sais pas pour vous, mais moi, les beaux jours qui reviennent doucement, les jeunes filles qui ressortent leurs bicyclettes, le printemps, enfin bref, ce quelque chose dans l'air me donne l'absolu besoin de m'entretenir les esgourdes à coup de grosse pomme, et pas n'importe laquelle. Sur cette magnifique compilation éditée par le label Soul Jazz, on retrouve avec délice tout ce qui faisait l'insouciance du hip-hop à ses débuts, quand celui-ci se jouait encore la fleur au fusil et combinait sans discrimination le break, le graph, l'art des platines et celui du micro. Tout le monde posait et en terme de son, il faudra attendre encore quelques temps avant de retrouver une telle legéreté associée à cette finesse musicale. Ouais, tout le monde posait.


Big Apple Rappin - Spyder D

lundi 23 février 2009

Dr. Who Dat? - Beyond 2morrow


Le dernier album de Dr. Who dat ? aka Shape of broad minds aka Jneiro Jarel, a paru le 13 janvier dernier sur Lex records, et à mon plus grand damn uniquement en digital (arg !). Si son opus précédent sous ce pseudo m'avait d'emblée subjugué, c'était surtout pour la richesse invraisemblable de ses instrumentaux qui conviaient en une suite légère des inspirations brésilienne sur un canevas de pur hip-hop. Le ton change désormais avec ce court album qui évoque davantage les expérimentations de Shape of broad minds que l'univers du Dr. Il fallait s'y attendre avec tous ces pseudos, voilà que toute la musique s'emmèle.

En vérité "Beyond 2morrow" est un album encore une fois à la pointe et qui défriche peut-être moins spéctaculairement que les précédents disques un hip-hop instrumental on ne peut plus attractif ces dernières années. Des dubs hip-hop de Ras G j'usqu'au son inimitable et synthétique de Flying Lotus (auteur de l'album hip-hop de l'année passée, comme vous ne l'avez pas lu en ces lignes) et en passant par les dernières livraisons de Madlib avec ses Beat konducta 5 &6 , le hip-hop instru aura su renouveler complétement ses ambitions au cour de la dernière décennie. Le Dr. Who Dat ? appartient définitivement à cette catégorie de producteurs et autres faiseurs de beats avec Beyond 2morrow. Certes l'originalité qui avait conféré à Beat Journey un tour particulier semble ici éloignée, mais la qualité des beats est toujours là, avec une ambiance electro beaucoup plus pregnante qu'auparavant.

vendredi 20 février 2009

Q-tip - J.Period


"The Renaissance" de Q-Tip l'année passé avait d'emblée annoncé la couleur : il fallait toujours compter avec le dinosaure d'A tribe called quest, great ! Alors franchement, comme en ces temps de téléchargement et autres libertés world-connectées on n'a jamais vraiment assez de musiques à écouter (mais ça se soigne me dit-on), c'est une chance pour nous autres de passer encore un peu plus de temps avec la voix la plus robotique du rap doublée du lyricist le plus voyageur de notre planète Hip-hop. Il y a donc cette mix-tape de proposée en téléchargement légal sur le site de J.Period, et franchement, je vois pas bien pourquoi on s'en passerait.

Il semblerait ceci dit que seul le nouveau lien fonctionne sur le site, lien que vous pourrez suivre en cliquant sur le titre de cet article.

Le tracklisting histoire de saliver :

1. J.Period f. Prince Paul, Questlove & Randy Watson– Rhythm (Scratch Intro)
2. Cannonball Adderly / Excursions Intro
3. J.Period f. De La Soul – Excursions (Tribute Remix)
4. Aquarius Interlude #1: Welcome
5. Q-Tip f. Busta Rhymes – Getting Up (DJ Scratch Remix) (The Renaissance)
6. Behind the Scenes: Ghetto Origins [Produced by J.Period]
7. What the Fuss f. Stevie Wonder (Shook Remix)
8. Queens Represent (Interlude)
9. Mobb Deep f. Nas & Q-Tip – Give Up the Goods (J.Period Remix) [Produced by Q-Tip]
10. Apache – Gangsta Bitch [Produced by Q-Tip]
11. ATCQ – If the Papes Come (Intro)
12. ATCQ – Check the Rhime
13. Behind the Scenes: Don’t Walk Away (Interlude)
14. ATCQ –Award Tour
15. Behind the Scenes: Award Tour (Interlude)
16. Hot Butter (Interlude)
17. J.Period f. Dres - Jazz Pt. 2 (Tribute Remix)
18. Behind the Scenes: We Got the Jazz (Interlude)
19. J.Period f. Blu– Jazz (Tribute Remix)
20. Skypager: Bob Power & Big Daddy Kane (Interlude)
21. Q-Tip f. Jay Dilla – Let’s Ride
22. Behind the Scenes: Bob Power You There? (Interlude)
23. Q-Tip – Vivrant Thing (Remix)
24. Q-Tip – Move (The Renaissance)
25. Q-Tip – Breathe & Stop (J.Period Remix)
26. Respect to Phife Dawg (Interlude)
27. J.Period f. Consequence & Kid Cudi – Buggin Out (Tribute Remix)
28. ATCQ Consists Of…
29. Behind the Scenes: The Native Tongues (Interlude)
30. De La Soul f. Jungle Brothers, Q-Tip, Monie Love & Queen Latifah – Buddy (Remix)
31. Respect to Ali Shaheed Muhammed (Interlude)
32. Q-Tip f. Busta Rhymes – N.T.
33. A Message From Talib Kweli
34. J.Period f. Questlove, Talib Kweli & Randy Watson – Youthful (Tribute Remix)
35. Q-Tip f. Amanda Diva – ManWomanBoogie (The Renaissance)
36. Chris Rock: Men vs. Women (Interlude)
37. De La Soul f. Q-Tip – Saturdays
38. De La Soul f. Q-Tip & Phife – Saturdays (Remix)
39. Q-Tip – She Likes to Move (J.Period Remix)
40. Dee-Lite f. Q-Tip – Groove Is in the Heart
41. Beastie Boys f. Q-Tip – Get it Together
42. Behind the Scenes: What Is Kapelka? (Interlude)
43. J.Period f. Skillz, Questlove & Randy Watson – What? (Tribute Remix)
44. Behind the Scenes: Busta Rhymes / Scenario (Interlude)
45. Busta Rhymes – Scenario (Unreleased Demo Tape)
46. Behind the Scenes: Hood R.I.P. (Interlude)
47. Hood – Scenario (Remix)
48. Aquarius Outtro
49. Behind the Scenes (Bonus): Reinvention (Kamaal the Abstract – A Million Times)

mercredi 18 février 2009

Invincible - Shapeshifters

Detroit en 2008, c'est pour beaucoup la fermeture des historiques usines de construction automobile ou tout au moins la mise au chômage de milliers d'ouvriers. On aurait tort d'y voir autre chose de toute façon. Detroit est la ville industrielle archétypale et qui évolue de même en un ensemble lié chômage-paupérisation-marginalisation. Et encore une fois, tout le monde pourrait s'en branler ça n'y changerait rien. Shapeshifters ou les ouviers du changement, la preuve que certaines choses ne sont pas immuables et pour qu'elles évoluent, autant s'appeller Invincible, être une fille au micro et s'assurer enfin que les mots portés marqueront durablement les exprits d'une ville sclérosée.
je suis passé à côté de ce disque à sa sortie mais pas à côté de Detroit. Voilà une ville qui oppose à la toute puissance du son new-yorkais une alternative inédite et initiée il y a presque deux décennies par le regretté Jay-Dilla. En 2008 à Detroit, Black Milk aura prouvé à qui veut bien écouter qu'il était le producteur le plus en forme du moment en produisant pelle-mèle son propre album "Tronic", sorte d'hybride electro-soul très mal rappé mais d'une puissance sonore rare, "The Preface" d'Elzhi vraiment réussi, l'ex-Slum Village s'emparant du mic à l'ancienne, revendicatif, exploitant l'esprit de clan, du crew de D-troy et figurant un réél bol d'air l'année passée. Mais Black Milk s'est également illustré aux côtés de Guilty Simpson pour un album plus convenu, a produit quelques tracks sur le "Pro tool" de GZA et si 2007 avait embrouillé ses auditeurs en diversifiant ad nauseam ses productions pour le meilleur et pour le pire, 2008 l'a rendu homogène dans ses oeuvres en rendant une copie quasi parfaite, équilibrant avec justesse l'archétype de son de Detroit, héritage du grand Motown et de la toute puissance électronique. Ouf.
Sur ce "Shapeshifters" d'Invincible, Black milk est fort adroiteemnt en retrait tant la puissance de la jeune lyriciste éclate sur ce disque. Sorte de Bahamadia blanche croisée avec le meilleur de l'émotion d'une Keny Arkana qui s'éparpillerait moins, Invincible a la toute grande classe. Son disque est une accumulation de bonnes pistes et on se garderait de compter le nombre de bons tracks tant l'album est riche dés l'entâme et son introductif "State of emergency" qui pose d'emblée le ton à l'ultime "Locusts" en compagnie de l'éclatant Finale et qui convoque ces armées de sauterelles comme le nuage définitif qui s'abât sur le désoeuvrement de la Motor-City. Et en oubliant pas au passage l'énorme morceau-titre, "Shapeshifters", sur lequel le flow metronimique d'Invincible fait rage et constitue l'apothèose de l'album.
Voilà la preuve parfaite que le Hip-Hop peut encore et toujours dire les choses en 2008, qu'il a son propre discours, que ses rappeurs sonnent souvent le glas aux idées reçues comme personne dans le business musical, qu'une femme comme Invincible s'empare du mic et ravage les certitudes, sans le bling de MTV mais avec toute la foi d'une ville qui ne finie pas de crever.
Deux choses en lien, d'abord l'excellente chronique de Naïma sur Hip Hop Core http://www.hiphopcore.net/chroniques/663-invincible-shapeshifters.html
Et ensuite le myspace d'Invincible en cliquant sur le titre de cet article, mais aussi le myspace de Finale, fantastique emcee qui casse tout sur "recognize" et "Locusts" et dont il semblerait qu'il faille compter avec lui prochainement : www.myspace.com/finale


Sledgehammer! official video

mardi 17 février 2009

Nik Cohn - Triksta

Il y a un manège auquel je participe souvent dans les transports en commun, je repère un usager en train de lire un bouquin, j'essaye de ne pas tomber sur le Da Vinci Code et un énième avatar de Millenium-mes couilles et, alors que le foule du tram me rapproche insensiblement vers le lecteur et son potentiel trèsor, je jette toute mon attention par dessus son épaule et parcours les pages immédiatement visibles. Si l'essai est transformé, je note le titre ou le nom de l'auteur, enfin, ce que j'arrive à reconnaître. C'est ce qui s'est passé avec Triksta. Un mec assis juste devant moi, l'air d'un étudiant en fac de Lettres, absorbé par des pages où se mélaient rap, Nouvelle-Orléans, studio, gangsta, et foule d'autres indices propices à mon évanescence en ces lignes.
Nik Cohn, je ne le connaissais que de nom, le type qui a inventé la critique musicale embarquée dans les années 60 et 70. Un journaliste anglais qui mélait son propre ressenti à ses chroniques. Il vivait avec le groupe, les Stones, les Who, mais aussi la vague Punk de 76 et 77, l'archétype du gonze qui me branche dans ce métier, qui ne se contente pas d'enfiler les perles.
Nik Cohn est amoureux de la Nouvelle-Orléans, pourquoi pas. Voilà une ville des USA, la synthèse archétypale du Sud dans ce qu'il a de plus dirty, un sud de fantasme, musicien mais ségrégationniste, leger et futile mais dans le même temps d'une pauvreté tiers-mondiste, un Sud das lequel les infrastructures sont inexistantes, qui laisse crever une population majoritairement noire dans un bourbier on ne peut plus éloigné dans hautes structures du néo-libéralisme triomphant à New-York ou en Californie. La Nouvelle-Orléans est cette ville au passé musical invraisemblable, ville de carnaval, de melting-pot, la ville deep-soul par excellence.
Un soir alors qu'il rentre à son hotel, Nik Cohn est frappé par cette ville qu'il ne reconnaît plus, il flippe à mort et décide de se confronter à ses peurs et se rendant à pied dans un district à majorité noire. Il ne met pas longtemps avant d'âtre repéré par des gangtas en herbe, ceux-ci l'entourent tandis que ses intestions sont près à lacher. Les phares d'une voiture le sauvent in extremis. Il en est quitte pour seulement une grosse frayeur, sa plus grosse frayeur. Et voilà pouruqoi Nik Cohn est un type assez incroyable, ce mec a parcouru le globe en compagnie des plus grandes stars du rock, il a accompagné ce mouvement, mais cette peur invincible, voilà qu'elle le tenaille et qu'elle l'empêche même d''apprécier la Nouvelle-Orléans, sa ville. Alors il se prend par les couilles (au sens propre du terme) et cherche à se confronter aux rappeurs, à la Bounce (ce hip-hop propre au dirty south qui mèle au beat triggerman (du nom de son créateur) des paroles ultra-sexuelles, c'est la musique des block-party, celle où le emcee engage la prtie féminine à balancer ses hanches, à montrer ses seins, à "emancher" comme des furies, voilà l'état de ce qui marche à la Nouvelle-Orléans), en gros il veut vaincre sa peur par le mal. Si tu ne supporte pas l'alcool, tu n'as qu'à boire que du rhum.
L'intérêt de ce bouquin est qu'il intervient avant Katrina et nous montre déjà une ville dévastée. La mort intervient chaque jour en emportant de l'adolescent dans une épicerie au chef de gang camé pour dix générations, de la grand-mère victime d'une balle perdue au grand prêcheur de la bounce Soulja Slim. Et tout le monde s'en fout, cette ville est morte, elle n'est là que pour le quartier français, les hhabitants des quartiers peuvent bien crever. C'est dans ce climat que Nik Cohn va tenter de produire des jeunes artistes et ainsi se confronter de tout son être aux difficultés inhérentes au business du rap. Les artistes ne viennent pas, ne pensent qu'à conduire un grosse caisse, à remplacer leurs dents en or par du platine, ne voient leur horizon qu'à l'aune d'une tournée des boîtes de Virginie. Atlanta, Bâton-Rouge, peut-être un bout de la Floride et voilà. Et petit tour et puis tu meurs.
Nik Cohn n'aura rien produit jusqu'à Katrina, tout juste aura-t-il partiellement réussi à affronter sa peur du noir, l'ouragan n'y changera rien, les cadavres gonflés par les torrents de boue deversées par le Mississippi déchaîné resteront noirs, et ni les fonds fédéraux, ni la bienveillance d'une poignée d'acteurs du business du rap n'y changeront rien, cette ville est morte.
"Je me suis souvenu de Kerry, une chanteuse avec qui j'étais sorti quelque trente ans plus tôt, comment un matin, bien défoncés, après avoir fait l'amour, elle avait ironisé sur ma collection de disques, les affiches aux murs, tous les artefacts noirs que je croyais miens. Une vitrine, voilà ce que c'était selon elle, et elle avait saisi ma main pour la poser sur sa poitrine. Ca aussi, avait-elle dit. Elle était dans mon lit, dans mon monde ; et c'était du pipeau. Attends qu'on t'amène dans le ghetto, qu'on te pousse contre un mur, et on verra comment tu te sens. Tu te transformerais d'un seul coup en un pauvre Blanc du Sud, en raciste, m'avait dit Kerry. Naturellement, j'avais refusé de la croire. D'autres Blancs, peut-être ; pas moi. Ce poison, il ne pouvait être en moi. Et pourtant il y était."

jeudi 4 décembre 2008

Illogic - One bar left EP

C'est la bonne nouvelle d'un mois de décembre qui s'annonçait, il faut bien l'avouer, comme tout pourri. En bref et en deux mots : Illogic revient ! On l'avait laissé cinq ans plus tôt avec un celestial clockwork d'une renversante beauté, son hip-hop lourd chargé par les productions de Blueprint (déjà évoqué ici) et après un leger break que chez Weightless recording ils appellent pudiquement "a 4-years hiatus", Illogic revient enfin.
Alors je vais aller directement à l'enjeu crucial de cet EP, non, il n'est pas aussi bon qu'on l'attendait et non, il n'atteind pas la cheville de Celestial clockwork. Les productions de Blueprint ont laissé place à celle d'un autre régional de l'étape, natif lui aussi de l'Ohio, Ill Poetic, et force est de constater qu'elles sont bonnes mais peut-être n'attendais-je pas Illogic sur ce terrain là. Il faudra de toute façon du temps pour digérer une orientation moins sombre que par le passé, une musique moins intransigeante, plus accéssible. Ill poetic lance (très bien hein, faut pas déconner) les mêmes beats que beaucoup de producteurs de sa génération. Un peu d'électronique, une basse funk, saccadé, et une rythmique qui varie de la soul sudiste au rock plus moderne. Restent les lyrics de Illogic et là, on tire encore vers le tout haut du panier et c'est évidemment pour ça que ce EP gratuit de chez Weightless recording est tout de même la meilleure putain de nouvelle de décembre.
Le myspace d'Illogic en cliquant sur le titre et toujours en lien http://www.weightless.net/site/ , site sur lequel vous pourrez normalement encore télécharger l'EP, en attendant l'album prévu pour mars prochain.

mardi 2 décembre 2008

K-The-I??? - Yesterday, today & tomorrow

L'ordinaire du hip-hop développé dans ces colonnes est habituellement plutôt composé d'une musique soul-full ou puisant allégrement dans le funk, le jazz ou même le blues. Tous ces genres ayant ma préférence quotidienne, le rap que j'écoute le plus s'en délecte logiquement égolement. K-the-i ???, kiki pour les intimes, fait ici figure d'exception avec sa musique résolument synthètique et moderne, minimale, nappée d'electro pour encéphalogramme dopé au bpm. Ca c'est pour le cliché, parce que kiki c'est encore un peu plus que ça.
De Thavius beck qui assure l'intégralité des productions de Yesterday, today & tomorrow, je ne connaissais que Thru, bel album lorgnant allégrement vers l'abstract mais que j'avais eu un peu de mal à apprivoiser. Quantité de sons se bousculaient autour de beats lourds, presqu'insoutenables dans la tension qu'ils dégageaient. Je connaissais son travail avec Subtitle au sein de Lab Waste mais je n'imaginais pas à dire vrai l'immensité du potentiel du jeune californien. Avec kiki il explose littéralement. C'est bien simple, il n'y a pas dans ce disque un seul morceau qui ne réunisse pas 3000 idées à la minute, il n'éxiste pas dans ce disque un seul titre passable , mauvais ou juste moyen. Non, il n'y a que des killers tracks, des beats à tomber à genou devant le dieu hip-hop, de la musique comme seuls des Count Bas D ou Jneiro Jarel l'envisagent aujourd'hui : tourner vers l'avenir.
Alors vous me direz "d'accord, c'est bien joli tout ça, mais le gros kiki sur la pochette avec son mégaphone, c'est un communiqué anti junk-food ?"
Que nenni, le gros kiki sur la pochette scande plus qu'il ne rappe mais voilà un emcee qui avait axé l'intégralité de son premier disque Broken love letter sur sa seule rupture avec sa petite amie, plutôt osé dans ce milieu. Un emcee qui parle, qui déballe pèle-mèle des références à Marlo Stantfield de The Wire mais qui considère aussi le double sens des choses avec une acuité réelle et bienvenue, j'aime beaucoup ce couplet par exemple : "the sunlight is looking over the horizon. Why when literature could be spoken in a way, it could simplify where I thought to begin, accumulate how many days to develop any ways to increase the envelope. Didn't come across as anything to ruin any hope, mope around, soldier down, another dead for no reason, can you believe it's coming from this sound ??? "Ou comment sortir adroitement du questionnement banal musique = violence.
Bref, il aut encore ajouter l'extrême qualité des featuring avec dans l'ordre d'apparition : Nocando, Thavius Beck, Vyle, Subtitle, High Priest (d'Anti Pop), Busdriver et enfin Mestizo que je ne connaissais pas. Gros disque et gros son pour un gros kiki, l'hiver sera chaud.


En écoute "decision", d'autres morceaux sur son myspace en liquant sur le titre de cet article.
Decisions - K-The-I???

PS : dédolé pour les éventuels lecteurs de ce blog d'avoir été un peu long à la détente ces derniers temps, mais il faut dire que le boulot était plus qu'au rendez-vous. Merci à ceux qui ont pris le temps de laisser un commentraire même aux articles plus anciens. Merci Jyjy donc !! Ravi que toutes ces lectures t'aient plu !

mercredi 15 octobre 2008

GZA/Genius - Pro Tools

J'avoue que là, il m'a bluffé papy ! J'en attendais pas grand chose de ce disque, les albums des membres du Wu-Tang en solo ou ensemble se succédants comme autant de ratages et autres actes manqués. GZA c'était le crâne du Wu. The Genius, la bête de Staten Island, le emcee aux lyrics magnifiquement tenues, poète, rimeur, phraseur, jongleur, l'âme noire du Wu-Tang. Mais bon, ça restait pour moi un papy, et pour avoir écouté il n'y a pas si longtemps un autre papy du rap, français celui-là, Rockin' squat pour ne pas le nommer, et bien je peux vous dire que la crise n'a pas épargné le troisième âge chez les headbangers...
Bref et pour revenir à NYC, GZA revient avec son cinquième disque, et contre toute attente, l'album est superbe de bout en bout. Disque rare, produit à l'ancienne et sans fioriture par une galerie de talents, j'ai nommé les Mathematics (habitué du Clan), Black Milk (l'Homme de Detroit maintenant), RZA, True Master (autre habitué du Clan) et le tout sonne grandiose. Comme un album du Wu Tang quoi, dark comme il faut, l'emphase dramatique dans le son et dans le flow, j'aime j'aime j'aime !
A noter que l'album est (était, sorry) en écoute intégrale sur le myspace du Genius :
Pencil (Featuring RZA & Masta Killa) - GeniusFirehouse (featuring Ka) - GZA

dimanche 14 septembre 2008

Dwight Trible & the life force trio - Love is the answer

C'est d'abord le Ninja Tune aposé comme un blason à l'arrière du disque qui étonne, ColdCut en Californie ? Du Jazz au catalogue ? De quoi attiser n'importe quelle curiosité, pourvu de n'être pas trop obtus. La seconde interrogation vient après avoir regarder le liste des producteurs : Madlib, Sa-Ra, Daedelus, Carlos Niño et même la talentueuse Georgia Anne Muldrow, le hip-hop aventureux s'invite ici, très bien.
Dwight Trible est l'actuel chanteur du Pharoah Sanders Quartet, autant dire l'archétype d'un chant technique, primal dans ses intonations, respirant un souffle d'avant-garde, de rupture avec la scène jazz mainstream, tout sauf le stéréotype du chanteur jazz de cabaret en gros. Il est de la lignée des Abbey Lincoln et des Leon Thomas, un chant d'éxhumation des souffrances, un chant tout droit sorti de la terre du sud, des sillons noirs d'années d'esclavage. Dwight Trible propose cette voix-là, techniquement capable de tout chanter, qui oscille dans un registre très large, un Gil Scott-heron ou un Isaac Hayes comme note basse et un Stevie Wonder en haut du spectre musical. Alors l'avant-garde Hip-hop du moment, les habitués des labels Stone Trows et Ninja Tune justement, s'empressent de tisser un écrin electro à la voix d'or noir de leur hôte. Et c'est magnifique de profondeur. On aurait pu légitimement craindre un objet difforme un peu new-age, tous à poils sur la plage mais il n'en est rien, c'est seulement un grand disque qui nous est proposé ici. Quel bonheur que ces "Equipoise", "Is Life", "Love is the answer", "Life force", ou le featuring impeccable de Lil Sci des Scienz of life sur le non moins réussi "I was born on planet rock" sur lequel la voix de Dwight Trible s'invite plutôt que ne chaperonne le morceau. Grand disque indéniablement.

Love Is The Answer - Dwight Trible

mardi 9 septembre 2008

Kokayi - Mass instructions

Voilà l'une des raisons qui m'ont fait me jeter dans le Hip-Hop il y a un peu plus de dix ans, non pas ce disque, mais la collaboration de l'ex-groupe de Kokayi, les Metrics, futurs Opus Akoben. Sur A tale of 3 cities le groupe explosait littéralement aux côtés de Steve Coleman dans un exercice rap-jazz de toute beauté, les improvisations des trois membres de Metrics, Sub Zero, Shahliek et Kokayi démontraient à tout instant la richesse de leurs flows respectifs, comme des trompettistes bop qui s'exciteraient sur la gamme. Bref, les groupes Metrics puis Opus Akoben enterrés (leurs membres diraient le contraire...), on n'attendait pas grand chose du premier album solo de Kokayi. Et pourtant, sans être l'opus du siècle, il se glisse parmi les 12 titres plus de pépites qu'il n'y parait à la première écoute. D'évidence Mass Instructions pêche par trop d'éclectisme, 13 tracks réserrées comme ici ne nécessitaient pas les détours que s'autorise l'artiste du côté du rap commercial, des rythmes caraïbes ou d'un son un poil trop dépouillé par instant.
Malgré tout Kokayi reste ce emcee monstre, formé à l'art de la scène et capable de tout avaler en un couplet, témoin cette tuerie syncopée que vous n'entendrez jamais à la radio, featuring Rona Rawls et sur laquelle Kokayi démontre et prouve à tous les jeunes coq que le vieux lion est bel et bien là :

STRESS!! (featuring Rona Rawls) - KOKAYI

Cadeau bonus :

mercredi 3 septembre 2008

Jazz vs rap ?

Il y a comme un fantasme dans le milieu de la critique musical (pour le coup, "milieu" prend ici tout son sens, le milieu du moyen, le sens commun quoi) qui consisterait à croire ou à vouloir croire que rap et jazz sont fait pour s'entendre. Sans aucun doute, leur essence est la même, tous deux sont urbains, marqués par les grandes métropoles américaines, scarifiés par un apartheid réel, qui continue de confiner les communautés dans des blocs à part. Quelque part je dirais bien que l'amérique débloque quand elle chapotte de telles saloperies mais le Solaar sur mon épaule veillerait alors trop sur moi. Ne pas risquer qu'il prenne la plume tout de même.
Je disais que rap et jazz devaient nécessairement s'entendre. Ben oui, les rappeurs "y font que piller les vieux standards be-bop !" Hum, et puis regardez comme la critique sociale est au centre des enjeux du jazz tout comme de ceux du Hip-Hop ! Pour le coup le critique qui sommeille en moi avec Mc Solaar sur son épaule a plutôt raison : Jazz et Hip-Hop, même combat. Fight for power et Malcom X, et Public Enemy, et Rodney King et Fable of "ce salaud de " Faubus, et les droits civiques, le Bronx en flamme, tout ça c'est bien du jazz et du hip-hop. Mais alors que je dégage le critique de mon épaule j'ai presque envie de dire que le rap n'existe pas alors, qu'il est le jazz et point barre. Là encore, hum. Je peine à imaginer Charlie Parker en baggy-bagouses-bagnoles-bat-girl, non ? Et Miles alors ? Hum, mauvais exemple...
De toute façon le hip-hop c'est de la soul ! Regardez mieux Isaac Hayes et son cercueil fermé par une grosse chaîne en or, et ses colonnes de violons qu'il a faites ériger de part et d'autre de son mausolée. Saint Isaac était hip-hop, plus que Miles et John, et François maintenant, et qu'Yves aussi. Le Hip-hop c'est de la soul, d'ailleurs, regardez "comment y pillent tout le catalogue Stax, Motown et Atlantic les rappeurs" ! Ouais ! Mais moi ce qui me saoule c'est que la soul rende l'âme noire dorée alors que le Hip-hop l'ôte, cet or, pour y mettre un peu de ce jazz aussi.
Il y avait donc (avant que j'écrive ça) un consensus mou, une certaine critique qui voulait affreusement relier le Jazz au rap, en faire une unité. Bah tiens, ça, c'est réglè.
Sans rire, le jazz s'invente surtout boderline, le meilleur du Hip-Hop aussi, quoique sa veine pop soit tout aussi riche et variée (enfin, c'était vrai pendant 20 ans, ça l'ets nettement moins maintenant). Il y a donc un rap qui combine ses propres éléments urbains, sa modernité et ce sens inné qu'ont les grands improvisateurs, cette capacité à confronter la musique à un mur d'incompréhension, ce même mur défoncé il y a presque 50 ans par ce grand génie d'Ornette Coleman. Hip-hop et jazz se rencontrent vraiment face à ce mur, ça donne le "Only" de Beans chroniqué dans ces colonnes, mais ça ouvre aussi vers une facture plus classique de live band, je pense ici à IsWhat?! et à Soweto Kinch, deux groupes féroces, respectivement new-yorkais et londonien et qui savent mieux que quiconque actuellement hériter de la musique des grands seigneurs de la guerre des droits civiques mais aussi la réinventer dans un fouilli de percussion et d'abrasion textuelle. Il faut écouter comme Napoleon Maddox écrit, et crie ! ses textes fourmillants de mille sens et jeux de maux. Il faut écouter Soweto Kinch lorsque son saxophone appelle sa partition de storyteller, quand il raconte ses tours à travers des contes à ne pas dormir du tout. Ou alors des contes à danser et à écouter.
Soweto Kinch a tout juste trente ans, joue du saxophone comme si sa vie en dépendait, invente des rimes absolues, propose une musique difficile, assonnante, faîte d'urbanité et d'invention. IsWhat?! est plus consensuel, au moins dans ce deuxième opus "The life we chose", mais il faut quand même écouter la reprise de Kashmir, c'est du grand art. Malgré tout "Ill Biz" est à l'image du disque, un titre classique dans sa facture, efficace, mais surtout pas assez aventureux alors qu'explicitement politique et attaquant sans vergogne la présidence américaine.





Kashmir - Iswhat?!

Un ttre du premier disque de Soweto Kinch :
Good Nyooz - Soweto Kinch


http://www.iswhatmedia.com/

Ps : en me relisant je me rends compte que je n'ai pas assez rendu grâce au travail de Soweto Kinch dans son deuxième album "A life in the day of B19 : tales of the tower block". Franchement, ce disque est une petite pépite, rien que l'enchaînement "A friendly game of basketball", "everybody raps" et "Who knows" vaut plus que 99% du hip hop d'aujourd'hui. On y entend la rue, les voix de différnets protagonistes, ça rappe un peu, on retrouve le rythme, une battle commence, c'est vivant quoi. Hip hop et jazz en même temps, c'est possible oui.

Allez donc faire un tour ici :

http://www.myspace.com/sowetokinch

mercredi 27 août 2008

Raashan Ahmad - The push

Bon, ce truc là, ça devait fatalement cartonner, c'était inévitable et ouf ! contrat rempli, le leader des Crown City Rockers de Bay Area ne déçoit pas, ou alors vraiment peu, sur le seul track véritablement faible de l'album : "Yusef", dont j'aurais préféré qu'il s'adresse au grand Lateef plutôt qu'au petit nouveau de la famille. Mais c'est ainsi, si je savais rapper je vous aurais déjà pondu deux concept-albums dédiés à mes deux princesses moi. Doooonc reprenons avec Raashan et son premier LP et bien nommé The Push, petite perle de Hip-Hop west-coast version Jurassic 5 (Chali 2Na propose un titre en compagnie d'Eligh) plutôt que N.W.A., ce qui n'est pas pour me déplaire, mais là n'est pas le sujet. Ceux d'entre vous, chanceux, qui connaissaient déjà par coeur Crown City Rockers auraient du s'attendre à se reprendre en pleine poire toute la puissance scénique du groupeet sa musique jouée live et bien non, Raashan balance à sa façon des tracks produites par divers grands et petits noms de l'underground ricain : DJ Vadim remporte ici la palme avec son très réussi "Weight".
Au chapitre des réjouissances, je retiens un retentissant "If I" qui ferait se lever l'Ossétie du nord et même celle du sud dans un concert de béquilles, marquant le rythme de cette superbe ligne de basse, et sans oublier le Rhodes de Kat Ouano, un transfuge de Crown City Rockers. Je ne sais pas d'où vient ce sample, mais il déboite sa mémé et franchement, c'est tant mieux pour les popotins, et c'est tant pis pour Vladimir. Alors à ce compte là, que "If I" intérroge le rapport que Raashan entretient avec Dieu, on s'en tamponne joyeusement, pourvu que ça ne s'arrête jamais quoi. Question propos, le texte de "Cancer", dédié à la mère décédée de Raashan confirme quant à lui tout le talent de lyricist du emcee, c'est toujours délicat d'aborder ces thèmes là, et je pense ici au parfait "Crevice" de Beans déjà évoqué dans ces colonnes.
Voilà pour Raashan, allez donc sur son myspace, pas mal de titres sont en écoute (et toujours en cliquant sur le titre de l'article).

If I - Raashan Ahmad

jeudi 22 mai 2008

Beans - Thorns


Thorns, le dernier album de Beans, a paru en fin d'année dernière dans l'indifférence générale, ce qui en dit long sur l'état du marché du disque mondiale. Pas de major derrière ce disque, juste un label, Thirsty ear, une disponibilité unique en import, bref une sortie on ne peut plus confidentielle. Alors que tout de même, ce Thorns est pour sa majorité une sacré tuerie, Beans y dévoilant un peu plus sa science parfaite de beat élaborée chez Anti-pop, une sacré classe aussi pour des lyrics qui sans être aussi introspectives que dans un Crevice ou aussi rares et fines que sur Only, n'en restent pas moins de grande qualité abordant des thèmes aussi divers que le rap business pour le meilleur (Thundermooth est un must incontournable dont les remixes, si remixes il y a, devraient faire s'écrouler les dance-floor, enfin, si Beans était cet artiste reconnue à son juste niveau, ce qui est loin d'être le cas...) l'amour, le love, pour le pire ( l'horrible MVP, au refrain doc-gynécesque, affreuse parodie (?) des titres éstampillés love de ses confrères rappers, à oublier et à honnir). Bref, voilà un disque pour ainsi dire pas distribué, qui comporte son lot de tracks incroyables ( We rock, sudden death academics, return of the god skulls) parmis ce qui se produit de meilleur dans le hip-hop d'aujourd'hui (avec le Blueprint récemment évoqué bien entendu) et qui va passer absolument inaperçu, comme une transparence sonore, comme le pchiit que fait une bouteille de bière juste ouverte, ce pchiit appelé Beans noyé dans une première gorgée de bière estivale. Que c'est bizarre la musqiue tout de même, pour un peu ça ressemblerait au marché du livre.
En extrait, une superbe video d'un titre qui n'apparait pas dans Thorns mais qui reste énorme, enjoy.




Et toujours le myspace de Beans en cliquant sur le titre de cet article.

samedi 3 mai 2008

Blueprint vs Funkadelic



Mais non ce blog n'est pas mort ! C'est juste que le mois de Mai est venu et avec lui de menus travaux en extérieur. Et il y a eu aussi ces courtes vacances, cette visite en terre Normande pour assurer aux grand-parents le bon état de leur petite descendance. Bref, j'ai farfouillé également pas mal sur le net mais sans trop trouver l'inspiration d'en dire grand chose. Un truc de dingue d'ailleurs, la musqiue sur le net, en quelques clics sur quelques blogs choisis, on tombe sur la discographie complète de Snoop, de Ice Cube, de A tribe called Quest, De la Soul, le Wu-tang... Incroyable, et surtout pratique pour combler le manque d'un disque égaré ou tout simplement jaamis acheté. Ca m'a permis récemment de choper un Eminem que je n'aurais au grand jamais écouté sans sa gratuité relative, mais aussi l'album de Big L (immense !), deux disques de Mobb Deep, de Pete Rock, enfin me refaire une santé post-voyage-en-voiture-avec-une gamine-de-trois-ans à moindre frais, enjoy !
Tout ça pour dire que cette musique gratos c'est peut-être vachement bien, mais alors ma dernière claquouille en direct de chez moi, c'est ce disque de l'inénarrable Blueprint, qui s'est imaginé reprendre ses titres préférés de Funkadelic. Et bien lui en a pris, le disque est immense. Le plaisir de la redécouverte, la science du beat de Blueprint, le son géré à la perfection, tout concorde pour faire de ce disque une tuerie. Personnellement, j'ai connu Blueprint pour sa collaboration avec RjD2 sur SoulPosition, leur excellent combo. Malgré tout, c'est vraiment sur ses propres disques que ce emcee de Columbus s'exprime le mieux. 1988 est un disque que j'ai usé jusqu'à la moelle, un disque pensé de Hip-Hop pure, ça fait rêver quand même, non ? Cet opus hommage à Funkadelic ne déroge pas à la règle, des lyrics en or massif sur des beats dignes du golden age, j'en redemande et je vais surement en souper un moment avant d'en être rassasié.
Je vous mets le lien myspace pour les curieux :
Et une vidéo pour montrer un peu de quoi ça cause ce grand disque :





Encore un mot, et pas le moindre, ce disque est limité à 500 copies, disponible sur le site Weightless recording (envron 6 euro...) mais aussi en téléchargement gratos, je vous file le lien ci-dessous :

jeudi 10 avril 2008

Felix J & Artaud - Dum Dum

A l'heure où les grand Corps Malade et autre Abd El Malick n'en finissent plus de nous vendre un slam plus blanc que blanc, un slam de grande section de maternelle, d'autres en France s'accoquinent avec de vrais musiciens pour produire une vraie musique, dégagée de toute contrainte commerciale et dont le but avoué réside dans l'invention du son, comprenez dans l'alliance neuve d'une voix et d'un instrument. Felix J est un des trubions de la scène slam française depuis quelques années, présent dans toutes les bonnes compilations et autres scènes ouvertes de ce mouvement, c'est surtout un type qui écrit avec une plume de dingue, un chirurgien de la phrase, pas du mot, il ne joue du scalpel que dans un vocabulaire courant, bien loin d'un MC Solar par exemple; ce qui plait chez Felix J, c'est réellement sa capacité à trouver la syntaxe exacte, le rythme parfait de la phrase, tout en restant compréhensible. Ca s'illustre parfaitement dans le projet Dum Dum, vrai polar extrême imaginé par l'artiste et qui révèle un univers l'on ne peut plus propice à l'exploration crasse, la plume de Felix J s'auto-satisfaisant de naviguer en eaux troubles, retournant les cadavres afin d'y découvrir les plaies les plus sales. Dans l'univers de Felix J, on congèle les bébés tout en suivant une mystérieuse Sidonie, on joue 823 parties de monopoly, "il y a le recel, celui qui fait l'intermédiaire, il y a les types qui te changent les plaques, ceux qui te refont la peinture, il y a celui qui connait le nom de celui qui connait le voisin d'un type à la gueule zarbi, le porteur de valises, il y a l'indicateur, c'est le type connecté, le revendeur de faux papiers, il y a toujours celui qui fait guetteur, qui en sait trop ou pas assez, souvent mouillé jusqu'à l'orteil, pas plus haut,"etc.... Qu'il est bon d'entendre un polar joué de cette façon là, l'interprétation est sans faille, marquant la progression musicale d'un Artaud méconnaissable. Le contrebassiste envoit une musique glauquissime, s'autorisant des virées rock, grandes envolées saturées martelées par le rythme implacable de la basse, Artaud livre ici la parfaite musique de roman noir, un son que nos esgourdes avaient oublié, reléguant ces ambiances à une certaine façon de se souvenir des années 60 et des films de Melville.
Dum dum est l'alliance d'un musicien, Artaud, d'un poète, Felix J, et d'un graphiste, Thierry Guitard, dont j'avoue que c'est le travail que j'ai trouvé le plus anecdotique dans le projet. Ca aurait pu n'être qu'un disque, d'autant plus que ce concept a sans doute relégué Dum Dum au rang de livre illustré, ce qui n'est absolument pas le cas. Il s'agit au contraire d'un très rare superbe album de musique vibrante, dense et noire, comme devrait l'être plus souvent le HIp Hop en France.