dimanche 12 octobre 2008

Gil Scott-heron - Le Vautour

J'en aurais jamais fini de vous parler de Gil Scott-Heron et de tenter de vous prouver l'importance primordiale de son oeuvre, trèsor de la great black music si chère à LeRoi Jones. En 1969, Gil Scott-heron a tout juste 20 ans et va publier dans l'année un recueil de poésies, Small talk at 125th and Lenox ainsi qu'un disque éponyme, deux oeuvre jumelles qui marqueront définitivement les esprits. Dans une moindre mesure, Le Vautour, paru la même année via les labels porno cheap, marquera lui aussi durablement les esprits.
En 2008, Le Vautour n'a sans doute pas la même portée surtout dans sa version française que j'aie lue. Malgré cela, le talent de Gil Scott-Heron même s'il n'est pas véritablement un écrivain transpire tout de même dans certaines fulgurances. L'intrigue, complexe, mèle tel le Sweet Sweetback Badass Song de Melvin Van Peebles paru deux ans plus tôt et diffusé via le réseau des salles pornos une histoire de meurtre, de dealer, de politique et se passe tout simplement dans la rue. C'est la Big Town de Will Eisner en version black. Gil Scott-Heron y imprime son quotidien, celui d'une conscience politique en alerte en cette fin de décennie, mais également celui du bouillonement violent que connaît New-York à cette époque avec l'emprise toute neuve des gangs d'adolescents noirs et portoricains sur les rues de Harlem et du South-Bronx. Gil Scott-Heron a 20 ans et son écriture est parfois maladroite mais on se rend bien compte que ce qui compte avant tout pour le jeune écrivain est de montrer le vrai visage de sa communauté, de signfier le double visage des êtres qui font la rue, un dealer peut aussi être un fils aimant, un camé un poète lettré, un jeune homme engagé peut tout bien aussi devenir assassin, même d'un frère noir.
Alors en 2008 on est déjà bardé de toutes ces références, la rue on la connaît tellement, Big L, Nas ou Mobb Deep nous l'ont déjà tellement contée, cette rue black, qu'on pourrait légitimement en être blasé. Ouais sauf que le garçon écrit son bouquin 20 ans avant la parution de Do the Right thing de Spike Lee, que tous les ingrédients mis en avant dans le rap futurs sont déjà là en 1969, décrits par une plume un peu maladroite mais terriblement visionnaire et sans états d'âme.

mercredi 8 octobre 2008

James brown vs Little Willie John

James Brown disait de lui que c'était le meilleur, qu'il pouvait tout chanter ! Mais sur scène, le Godfather se posait en maître et voilà peut-être se qui a écourté la carrière d'un pourtant prodigieux chanteur, Little Willie John. En ce temps là était le rythm'n'blues, les enregistrements de singles jusqu'à ce que les Djs du dixieland, du Chitlin' circuit du sud des USA décident de passer votre chanson en discothèque. En ce temps là James Brown et Litlle Willie John sont tout deux produits et publiés par King, maison de disque qui a été jusqu'à refuser "Only you" des Platters, voyez le genre de visonnaire... Bref, Little Willie John cartonne avec tous ses singles, James Brown maximise son succès sur un titre "Please please please" qu'il réussit à faire durer une demie heure sur scène pour le plus grand bonheur du public. Le temps est au plaisir, l'artiste doit tout livrer, montrer qu'il est burné, qu'il peut tout chanter, danser ; il doit respirer le mâle s'il est homme et la femme fatale si c'est une femme. L'heure n'est pas aux subtilités.
James Brown et Little Willie John vont construire la soul future avec leur r'n'b sauvage et engagé, ils vont petit à petit détendre un public blanc et le faire se lever pour un noir, le minstrel show une fois encore ! Tout ça pour dire que l'initiative de Saga d'éditer sur un même disque les singles de ces deux artistes alternativement est une magnifique idée à laquelle je souscris totalement. On mesure l'importance de ce petit homme sur le futur parrain de la soul, petit homme qui finira ses jours en prison pour avoir poignardé un type qui se moquait de sa petite taille, ; une pneumonie l'emportera en 1968. James brown enregistrera dans l'année un album hommage.
Ecoutez donc Fever par son créateur et voyez comme le King n'est pas forcément celui qu'on croit :

Fever - Little Willie John
Please Please Please - James Brown - Various Artists

lundi 6 octobre 2008

Laurent Maffre - Les chambres du cerveau

J'avais été profondément enthousiasmé par le premier bouquin de Laurent Maffre, l'homme qui s'évada, adapté d'Albert Londres. Ce qui frappait d'emblée c'était la justesse du traitement ; scénario, récitatifs, dialogues et dessin, tout cela semblait naturel à l'auteur, labélisé immédiatement dans mon cerveau comme "faisant de la bonne BD". Ca fait presque une semaine maintenant que j'ai lu cette adaptation de Stevenson et de sa nouvelle Markheim et si je n'en parle que maintenant ce n'est pas affaire de digestion, ou alors malgré moi, c'est surtout que je continuais de chercher l'oeuvre originale dans ma bibliothèque sans succés et ensuite en médiathèque où je n'eus pas plus de chance. J'ai lu cette nouvelle il ya quelques années, suffisament pour que je ne m'en souvienne qu'imparfaitement Elle m'avait fortement impressionné et je voulais la relire pour vous parlais raisonnablement de ce qu'en avait fait Laurent Maffre.
Raté. Pas de livre pas de référence, il va me falloir improviser. Ca va chroniquer sans filet, in jazz mood. Cool. Il y a d'abord un premier choc graphique. En tout cas pour moi. Peut-être êtes-vous blasé par tant de bons dessinateurs que vous ne voyez plus l'excellence quand elle se profile et bien pas moi. J'aime ce dessin noir, au fusain, à la craie, à la mîne de plomb ? J'aime quand les coins des pièces sont hachurés d'une main experte, quand les visages se perdent à l'intérieur de ces mêmes ombres portées. Maffre est un sacré dessinateur que j'avais rangé peut-être un peu trop tôy parmi les ersatz de Jacques Tardi, catégorie fort courue où il n'y a pourtant que peu d'élus. Je me trompais un peu, Laurent Maffre est capable d'aller dans d'autres directions qu'un FB à la Tardi, je suis comblé.
Passée cette délicieuse entrée en matière purement esthètique il y a la découverte incontinente de Markheim, voleur menteur pilleur détrousseur et crapule, l'âme noire des Zola, Balzac, Poe et Maupassant réunis, une âme idéale pour la faconde de Stevenson qui lui tisse les atours les plus diaboliques et ténébreux. Il faut que le lecteur s'imagine cet album de très grand format, les dessins incroyables de Laurent Maffre et l'âme de ce personnage noire comme du charbon, le choc esthètique se poursuit.
L'intérêt ici aurait été de pouvoir tirer partie de la lecture de Stevenson, de signifier en quoi Maffre a su s'affranchir de la ligne du maître tout en réussissant à lui rendre un hommage des plus réussis. Malheureusement j'ai mon intégrité et quand je perds un bouquin, j'assume.



jeudi 2 octobre 2008

TV on the Radio - Dear science

L'afro se porte rock depuis 2004 et maintenant trois albums. TV on the Radio revient avec Dear Science et vraiment, l'afro se porte pop aussi en 2008. Il y a peu de groupes qui dégagent à ce point l'idée qu'ils font du neuf lorsqu'on les écoute. Le sentiment de connaître et de reconnaitre tous les ingredients d'un rock atmosphèrique, aux strates multiples, autant Hip-Hop que Doo-Wop, funk que pop, soul que crunk ! On croit de prime abord que le groupe parle avant tout à la tête, un plaisir de rock-critique qui permettrait à coups de chroniques d'aligner les dizaines de rééfrences qui ne manqueraient de personnifier le groupe. On aurait tort de penser ça, Dear Science le démontre bien plus efficacement que son immédiat prédécesseur Return to Cookie Montain trop cérébral, ici le jeu est d'abord pour les jambes, la tête toujours servie en second.
Donc le nouveau disque de TV on the Radio a paru, il relègue à quelques années lumières les errements d'empaffés tels que MGMT ou Santogold. Ici le propos est dense, la musique stratifiée pour un rendu paradoxalement granuleux et qui écorche. Dans les années 2000 ce groupe là a fait le rock.
PS : l'album s'écoute intégralement sur le myspace du groupe.

mardi 30 septembre 2008

Taxi Taxi !

Deux voix jumelles pour deux soeurs venues du pays du froid. Made in Europe mais furieusement orientée folk made in America dans ses avatars récents tels qu'Alela Diane, Mariee Sioux et même Cat Power la soul en moins. Ca glace et on se les gèle grave sur cet EP. Six titres comme autant de petites perles tout juste sorties du freezer, pensez, ces demoiselles n'ont que 17 ans. Oui mais alors quelle envergure, quelle drame que leur deux voix mélées. Je rêve ou on se les gèle sur cet EP ?
Deux ou trois mots pour situer davantage ces deux jeunes filles. Le disque est produit par Rumraket, le label fondé et géré par Efterklang, l'autre version du froid, nous dirons l'hiver pour Eflterklang, l'été pour Taxi Taxi ! C'est Talitres Records qui s'occupe de la distribution française, ce sont des gens de qualité, même qu'ils sont Bordelais !
Et allez donc sur le myspace des filles écouter "Mary", vous m'en recauserez, si si...

Leon Thomas - Blue and the soulful truth.


Parmi les choses que j'adore faire il y en a une qui me plait particulièrement, et qui plus est, elle est contingente du fait d'être parent, alors ne boudons pas notre plaisir, si rare. Prenez un bébé entre 0 et 12 mois, allumez la chaîne hi-fi, placez-y un disque, n'importe lequel. Je n'ai pas précisé qu'il était évidemment l'heure de la sieste vous l'aurez immédiatement compris. Bref, il faut que le mioche soit de bonne constitution, vous vous allongez sur le dos sur le canapé, le môme est placé sur votre bras gauche (ou droit, c'est pas non plus une science exacte), sa tête reposant sur votre épaule. C'est parti pour une sieste magnifique, entrecoupée alternativement de moments de veille et de réveil. Avec Colline notre disque de l'été était indéniablement l'album de José James, parfait en tout point, s'écoute même en dormant.
Ce disque de Leon Thomas convient lui aussi parfaitement. J'ai déjà parlé de Leon Thomas ici, pour n'en dire que du bien. D'ailleurs je ne retiens plus que le meilleur des artistes, on a bien trop peu de temps. Leon Thomas est un chanteur noir-américain, surtout connu pour ses apparitions fulgurantes aux côtés de Pharoah Sanders et surtout connu du grand public (ahahaha, trêve de taquinerie), et surtout inconnu tout simplement. Leon Thomas est un chanteur à la voix grave et puissante, jouant sur les mêmes tonalités profondes et denses que Gil Scott-Heron. Ce mec était incontournable pour le public noir des années 65 à 75. Leon Thomas participait aux grands enregistrements, sa voix "yodulait" comme personne, et ses textes libérait toute une population. Parce que bien sur des deux on retient (à peine) maintenant que Gil Scott-Heron bien entendu. Je lis partout quel grand poéte il était. C'est vrai. Et quel bon chanteur. Et c'est vrai également ! Quel sens du swing de la soul et du funk ! Bon dieu c'est vrai, archi vrai ! Mais merde, le gars Leon Thomas enregistre comme Scott-Heron chez Flying Dutchman, comme Scott-Heron c'est Bob Thiele qui s'occupe de ses sessions, et tout comme Scott-Heron Leon Thomas écrit de pures joyaux qu'il interprête comme personne. Je rappellerai seulement que Bob Thiele, c'est juste l'homme de John Coltrane, celui par qui Impulse! est devenu ce chantre de la new thing. Ca vous pose un mec.
Blues and the soulful truth fait d'abord immédiatement référence au The Blues and the abstract Truth enregistré dix ans plus tôt par Oliver Nelson et qui célébrait les racines blues de la New Thing. Ici Leon Thomas fait de même avec la soul et je vous l'ai déjà tartinné en long et en large sur ces pages, la soul c'est du blues ! Moi c'est même Sam Cooke qui me l'a appris. Bref il y a deux autres hommes importants sur cette session si l'on enlève Leon Thomas himself et Bob Thiele, ce sont Stanley Clarke d'une part, l'homme basse qui commence à jouer partout et à proposer partout son talent éclatant et d'autre part Pee Wee Lewis, producteur du disque mais aussi sideman de grand talent à l'alto-sax. Voilà donc ici réunis quatre grands talents plus une floppée de musiciens, l'esprit de John Lee Hooker est même convoqué le temps de la reprise de son Boom-Boom-Boom, et pour le reste, let's go soul-blues. L'album court sans anicroche et augmentant crescendo la filiation évidente soul-blues.
Alors si Leon Thomas n'atteind pas sur ce disque l'intensité d'Oliver Nelson sur l'album référant, il demeure tout de même un disque immédiatement agréable à l'oreille, un disque de soul-blues, de cette musique qui fait danser les gonzesses et sublime unpeu plus le peuple noir. Idéal pour la sieste.

mardi 23 septembre 2008

Relent

Si je n'avais bu deux bières ce midi j'aurais aimé vous parler du dernier Herman Düne, vous dire combien il était à la fois horripilant et complétement magique. J'aurais pu vous dire comment de trois frangins on passe à deux en perdant un petit peu de cette âme juvénile qui faisait "They go to the wood" ou "From that night". Il n'empêche que même sans l'autre, même dépouillé, Herman Düne convainct aussi, parce qu'il existe en eux toujours cette science de la mélodie, du vers bouleversant, et que la voix de David Ivar fait souvent tout basculer en une seule note.
Si je n'avais bu deux bières j'aurais tout aussi bien pu vous parler du dernier album de Keziah Jones, dont ma foi je ne retiens pas grand chose. Une resucée du précédent, l'ambition de plaire au plus grand nombre se laissant entrevoir malgré tout. Pourtant Keziah Jones n'a pas son pareil pour faire exister trois accords, il sait les faire sonner comme personne. A voir en live, et le public de bouger, et le grand Nigerian de quarante ans de faire se mouvoir les corps.
Si je n'avais pas bu deux bières j'aurais finalement bien pu dire à Dampremy que le sample de "If I" de Raashan Ahmad ne vient pas de Gil Scott-Heron (ce mec est un génie, si si !) mais bel et bien de Jon Lucien sur l'album Rashida, merveille de soul aux influences caraïbes et sur le titre "Would you believe in me ?"
Enfin bref, si je n'avais pas bu ces deux fameuses bières, j'aurais tout aussi bien pu vous chantez un air à ma façon, vous parler du Gil Scott-Heron écrivain, toujours et encore de Dwight Trible et de son "Africa" hommage à Coltrane et franchement insurpassable, mais putain, après deux bières, j'ai vraiment la flemme. Bonjour chez vous.