dimanche 19 octobre 2008

Mezzo & Pirus - Le roi des mouches

J'étais complétement passé à côté du premier tome lors de sa sortie en 2005, quelque chose dans le dessin me laissait de marbre. Dingue. Parce que franchement, et trois ans plus tard, le dessin de Mezzo est dans ce style comics très codifié et multi-représenté, une véritable révélation pour moi. Il est des qualités que l'on s'efforce à ne pas voir...

J'ai donc profité de la sortie du tome 2 chez Drugstore (c'est quoi ce label Glénat ?) pour lire l'ensemble du dyptique et plus que la découverte du dessin qui malgré tout ne lasse pas de me fasciner, c'est la justesse des récitatifs ainsi que des parties dialoguées qui m'a réellement scotché sur place. Pirus a une qualité d'écriture très rare, il connaît les artifices de la langue, comment on agrémente une phrase pour qu'elle percute, pour qu'elle frappe et qu'elle touche. Pirus sait bien que le dessin de Mezzo saura parfaitement représenter les pires excés, il se concentre donc sur la langue, sur sa puissance formelle. C'est beau et surtout ça ne lasse pas. On pouvait raisonnablement penser que la justesse de ton de la première moitié de Hallorave se dissiperait sur la fin. Que dalle, le niveau demeure et fixe cet album et son suivant comme deux étalons de ce que la Bande Dessinée européene peut produire lorsqu'elle s'évade franchement de ses cacracns habituels pour aller flirter avec les Clowes, Burns et Ware. Au final ce dyptique se tient parfaitement, la folie des premières scènes se retrouvent bien dans les conclusions du tome 2, avec sans doute le désespoir en moins.
Et puis quoi, deux auteurs qui rendent l'est de la France sexy, ça compte dans une vie de lecteur non ?

mercredi 15 octobre 2008

GZA/Genius - Pro Tools

J'avoue que là, il m'a bluffé papy ! J'en attendais pas grand chose de ce disque, les albums des membres du Wu-Tang en solo ou ensemble se succédants comme autant de ratages et autres actes manqués. GZA c'était le crâne du Wu. The Genius, la bête de Staten Island, le emcee aux lyrics magnifiquement tenues, poète, rimeur, phraseur, jongleur, l'âme noire du Wu-Tang. Mais bon, ça restait pour moi un papy, et pour avoir écouté il n'y a pas si longtemps un autre papy du rap, français celui-là, Rockin' squat pour ne pas le nommer, et bien je peux vous dire que la crise n'a pas épargné le troisième âge chez les headbangers...
Bref et pour revenir à NYC, GZA revient avec son cinquième disque, et contre toute attente, l'album est superbe de bout en bout. Disque rare, produit à l'ancienne et sans fioriture par une galerie de talents, j'ai nommé les Mathematics (habitué du Clan), Black Milk (l'Homme de Detroit maintenant), RZA, True Master (autre habitué du Clan) et le tout sonne grandiose. Comme un album du Wu Tang quoi, dark comme il faut, l'emphase dramatique dans le son et dans le flow, j'aime j'aime j'aime !
A noter que l'album est (était, sorry) en écoute intégrale sur le myspace du Genius :
Pencil (Featuring RZA & Masta Killa) - GeniusFirehouse (featuring Ka) - GZA

As living deads

Frederik Peeters s'amuse, franchement ça me fait pas mal marrer également !

dimanche 12 octobre 2008

Gil Scott-heron - Le Vautour

J'en aurais jamais fini de vous parler de Gil Scott-Heron et de tenter de vous prouver l'importance primordiale de son oeuvre, trèsor de la great black music si chère à LeRoi Jones. En 1969, Gil Scott-heron a tout juste 20 ans et va publier dans l'année un recueil de poésies, Small talk at 125th and Lenox ainsi qu'un disque éponyme, deux oeuvre jumelles qui marqueront définitivement les esprits. Dans une moindre mesure, Le Vautour, paru la même année via les labels porno cheap, marquera lui aussi durablement les esprits.
En 2008, Le Vautour n'a sans doute pas la même portée surtout dans sa version française que j'aie lue. Malgré cela, le talent de Gil Scott-Heron même s'il n'est pas véritablement un écrivain transpire tout de même dans certaines fulgurances. L'intrigue, complexe, mèle tel le Sweet Sweetback Badass Song de Melvin Van Peebles paru deux ans plus tôt et diffusé via le réseau des salles pornos une histoire de meurtre, de dealer, de politique et se passe tout simplement dans la rue. C'est la Big Town de Will Eisner en version black. Gil Scott-Heron y imprime son quotidien, celui d'une conscience politique en alerte en cette fin de décennie, mais également celui du bouillonement violent que connaît New-York à cette époque avec l'emprise toute neuve des gangs d'adolescents noirs et portoricains sur les rues de Harlem et du South-Bronx. Gil Scott-Heron a 20 ans et son écriture est parfois maladroite mais on se rend bien compte que ce qui compte avant tout pour le jeune écrivain est de montrer le vrai visage de sa communauté, de signfier le double visage des êtres qui font la rue, un dealer peut aussi être un fils aimant, un camé un poète lettré, un jeune homme engagé peut tout bien aussi devenir assassin, même d'un frère noir.
Alors en 2008 on est déjà bardé de toutes ces références, la rue on la connaît tellement, Big L, Nas ou Mobb Deep nous l'ont déjà tellement contée, cette rue black, qu'on pourrait légitimement en être blasé. Ouais sauf que le garçon écrit son bouquin 20 ans avant la parution de Do the Right thing de Spike Lee, que tous les ingrédients mis en avant dans le rap futurs sont déjà là en 1969, décrits par une plume un peu maladroite mais terriblement visionnaire et sans états d'âme.

mercredi 8 octobre 2008

James brown vs Little Willie John

James Brown disait de lui que c'était le meilleur, qu'il pouvait tout chanter ! Mais sur scène, le Godfather se posait en maître et voilà peut-être se qui a écourté la carrière d'un pourtant prodigieux chanteur, Little Willie John. En ce temps là était le rythm'n'blues, les enregistrements de singles jusqu'à ce que les Djs du dixieland, du Chitlin' circuit du sud des USA décident de passer votre chanson en discothèque. En ce temps là James Brown et Litlle Willie John sont tout deux produits et publiés par King, maison de disque qui a été jusqu'à refuser "Only you" des Platters, voyez le genre de visonnaire... Bref, Little Willie John cartonne avec tous ses singles, James Brown maximise son succès sur un titre "Please please please" qu'il réussit à faire durer une demie heure sur scène pour le plus grand bonheur du public. Le temps est au plaisir, l'artiste doit tout livrer, montrer qu'il est burné, qu'il peut tout chanter, danser ; il doit respirer le mâle s'il est homme et la femme fatale si c'est une femme. L'heure n'est pas aux subtilités.
James Brown et Little Willie John vont construire la soul future avec leur r'n'b sauvage et engagé, ils vont petit à petit détendre un public blanc et le faire se lever pour un noir, le minstrel show une fois encore ! Tout ça pour dire que l'initiative de Saga d'éditer sur un même disque les singles de ces deux artistes alternativement est une magnifique idée à laquelle je souscris totalement. On mesure l'importance de ce petit homme sur le futur parrain de la soul, petit homme qui finira ses jours en prison pour avoir poignardé un type qui se moquait de sa petite taille, ; une pneumonie l'emportera en 1968. James brown enregistrera dans l'année un album hommage.
Ecoutez donc Fever par son créateur et voyez comme le King n'est pas forcément celui qu'on croit :

Fever - Little Willie John
Please Please Please - James Brown - Various Artists

lundi 6 octobre 2008

Laurent Maffre - Les chambres du cerveau

J'avais été profondément enthousiasmé par le premier bouquin de Laurent Maffre, l'homme qui s'évada, adapté d'Albert Londres. Ce qui frappait d'emblée c'était la justesse du traitement ; scénario, récitatifs, dialogues et dessin, tout cela semblait naturel à l'auteur, labélisé immédiatement dans mon cerveau comme "faisant de la bonne BD". Ca fait presque une semaine maintenant que j'ai lu cette adaptation de Stevenson et de sa nouvelle Markheim et si je n'en parle que maintenant ce n'est pas affaire de digestion, ou alors malgré moi, c'est surtout que je continuais de chercher l'oeuvre originale dans ma bibliothèque sans succés et ensuite en médiathèque où je n'eus pas plus de chance. J'ai lu cette nouvelle il ya quelques années, suffisament pour que je ne m'en souvienne qu'imparfaitement Elle m'avait fortement impressionné et je voulais la relire pour vous parlais raisonnablement de ce qu'en avait fait Laurent Maffre.
Raté. Pas de livre pas de référence, il va me falloir improviser. Ca va chroniquer sans filet, in jazz mood. Cool. Il y a d'abord un premier choc graphique. En tout cas pour moi. Peut-être êtes-vous blasé par tant de bons dessinateurs que vous ne voyez plus l'excellence quand elle se profile et bien pas moi. J'aime ce dessin noir, au fusain, à la craie, à la mîne de plomb ? J'aime quand les coins des pièces sont hachurés d'une main experte, quand les visages se perdent à l'intérieur de ces mêmes ombres portées. Maffre est un sacré dessinateur que j'avais rangé peut-être un peu trop tôy parmi les ersatz de Jacques Tardi, catégorie fort courue où il n'y a pourtant que peu d'élus. Je me trompais un peu, Laurent Maffre est capable d'aller dans d'autres directions qu'un FB à la Tardi, je suis comblé.
Passée cette délicieuse entrée en matière purement esthètique il y a la découverte incontinente de Markheim, voleur menteur pilleur détrousseur et crapule, l'âme noire des Zola, Balzac, Poe et Maupassant réunis, une âme idéale pour la faconde de Stevenson qui lui tisse les atours les plus diaboliques et ténébreux. Il faut que le lecteur s'imagine cet album de très grand format, les dessins incroyables de Laurent Maffre et l'âme de ce personnage noire comme du charbon, le choc esthètique se poursuit.
L'intérêt ici aurait été de pouvoir tirer partie de la lecture de Stevenson, de signifier en quoi Maffre a su s'affranchir de la ligne du maître tout en réussissant à lui rendre un hommage des plus réussis. Malheureusement j'ai mon intégrité et quand je perds un bouquin, j'assume.



jeudi 2 octobre 2008

TV on the Radio - Dear science

L'afro se porte rock depuis 2004 et maintenant trois albums. TV on the Radio revient avec Dear Science et vraiment, l'afro se porte pop aussi en 2008. Il y a peu de groupes qui dégagent à ce point l'idée qu'ils font du neuf lorsqu'on les écoute. Le sentiment de connaître et de reconnaitre tous les ingredients d'un rock atmosphèrique, aux strates multiples, autant Hip-Hop que Doo-Wop, funk que pop, soul que crunk ! On croit de prime abord que le groupe parle avant tout à la tête, un plaisir de rock-critique qui permettrait à coups de chroniques d'aligner les dizaines de rééfrences qui ne manqueraient de personnifier le groupe. On aurait tort de penser ça, Dear Science le démontre bien plus efficacement que son immédiat prédécesseur Return to Cookie Montain trop cérébral, ici le jeu est d'abord pour les jambes, la tête toujours servie en second.
Donc le nouveau disque de TV on the Radio a paru, il relègue à quelques années lumières les errements d'empaffés tels que MGMT ou Santogold. Ici le propos est dense, la musique stratifiée pour un rendu paradoxalement granuleux et qui écorche. Dans les années 2000 ce groupe là a fait le rock.
PS : l'album s'écoute intégralement sur le myspace du groupe.