dimanche 15 juin 2008

Al Green - Lay it down

Le nouvel Al Green est arrivé, il est distingué, printanier, full of love et plein d'autres choses encore. La production est assurée par ?uestlove et James Poyser, une partie des tout aussi distingués Soulquarians (feu ?), bref, du lourd derrière le micro et dans la salle de mixage : tout ce que j'aime. Et véritablement il faut avouer que le disque est réussi, bien qu'il faille d'emblée passer outre une pochette vraiment hideuse, mais Al Green est le maître 70's du genre... On est ici en terrain connu, savant remixage des ambiances soul seventee's, ça groove comme il faut, ça cause surtout love and love et re-love, mais c'est pas pour ça qu'on aime Al Green. On l'aime par ce placement si particulier de sa voix, son timbre riche et varié, la facilité de sa diction, son accent un peu marqué, bref, Al Green, c'est d'abord une voix unique. C'est ici que le choix de faire figurer Anthony Hamilton sur ce disque est une idée de génie, la relève incârnée du maître fait bien plus que de la figuration, le disputant au titre du plus beau phrasé sur deux morceaux magnifiques de simplicité : Lay it down et You've got the love I need.
On comprend par ce choix d'Hamilton l'intelligence de ?uestlove, grand admirateur d'Al Green et surtout grand rénovateur de la soul moderne, sa production est limitée, respectant les canons du genre : cuivres et basse / batterie cuisinées à point, quelques voix d'anges, et il s'offre même le luxe de réussir à faire bien chanter Corinne Bailey Rae (elle emprunte presque le timbre d'erikah Badu par moments).


Take Your Time (F/ Corinne Bailey Rae) - Al Green

Ruppert & Mulot - Le tricheur.

Ces deux-là sont terriblement irritants au moins autant que talentueux. Par ailleurs ils commettent depuis quatre albums chez l'Association des livres dont l'inventivité formelle et narrative ne souffre aucune concurrence dans le paysage bédéïste contemporain. Ca c'est pour le côté agaçant. Après, la lecture de quelques pages suffit à faire admettre l'extrême sensibilité de leur travail, c'est toujours juste dans les situations, très souvent cruel il est vrai mais quasiment jamais artificiel.
Ce nouvel album ouvre sa refléxion sur le monde de l'art, de la performance, de laquelle d'ailleurs Ruppert & Mulot ne sont jamais loin, il suffit de voir leurs scéances de dédicaces pour s'en convaincre. Le récit va réussir à mêler adroitement des séquences d'actions muettes et l'interrogatoire d'un témoin ou d'un suspect sur le déroulement de la scène. Véritablement l'effet est passionnant et déroutant, les passages muets réalisent des prouesses narratives rares, un découpage incroyable avec une action découpée au scalpel, ciselée superbement. Franchement, ça faisait longtemps qu'un découpage ne m'avait à ce point emballé, et même si cet album ne s'adresse pas à tout public, d'une part par la violence de ses scénes ( le lynchage, le viol notament), et d'autre part par son sujet même, il est néanmoins visible que narrativement, Le tricheur est une rareté, un concentré d'intelligence de mise en scène et qu'il risque de squatter certains podiums de palmarés cette année. Brillant.

vendredi 6 juin 2008

Bright Eyes - I'm wide awake, It's morning.

Celui-là va mettre tout le monde d'accord : dans dix piges, on s'en foutera tous royalement de ce qu'a bien pu devenir Bright Eyes. Et on aura tous un peu raison, parce qu'en ces années où il pleut des folkeux presque autant que des premières Dame de France, un gratteux pouilleux libidineux surement camé au pétard de moins, c'ets pas ça qui nous empêcherait d'aller boire l'apéro en terrasse, bien au contraire. Oui mais voilà, Bright Eyes, soit Conor Oberst de son petit nom, me chatouille quand même la dernière vertèbre sur une chason à la construction toute con, mais alors vraiment, avec un titre digne de l'invention d'un terminale passant le bac littéraire : First day of my life. Riez, allez-y, déchargez-vous ! Vous verrez, vous aussi vous l'aimerez secrétement ce titre. Il est con, ça pourrait être du James Blunt tellement l'intention est palpable, mais voilà, ça marche. Et toc.



The First Day Of My Life - Bright Eyes

je vous avais prévenus.

mercredi 4 juin 2008

Hinah.com

Je cherchais si Vincent Vanoli proposait un nouveau livre ces jours-ci. L'attelage remonte à l'année passée tout de même, mais quel livre ! Surement l'un des plus aboutis de son auteur. Bref, je cherchais à combler un manque, cet héroïsme doux vaguement réaliste mais qui emprunte toujours un peu aux romantiques du début 19ème. Vanoli est cet auteur rare qui concilie un dessin unique, le sien, et une écriture unique, la sienne. Personne ne dessine ni ne raconte des histoires comme Vanoli aujourd'hui.


Alors que j'espérais du nouveau je tombais sur du vieux, grâce à ce portail associatif un peu bancal, juste déstiné à promouvoir des artistes qu'il plait à ces gens de voir figurer ensemble (photographes, graphistes, musiciens, dessinateurs). Noble cause, aucun profit, juste un jardin sur la toile. Je vous laisse apprécier l'idée.


Ca se passe ici, chez http://exhib.hinah.com/index.php. J'y ai trouvé cette superbe image tirée du Décaméron de Vincent Vanoli.





Et encore une autre image, une peinture sur toile trouvée sur son site à lui : http://www.vincent-vanoli.fr/




dimanche 1 juin 2008

David Jimenez


Une image de réveil, après une sieste trop longue et trop chaude. On se réveille transpirant, laissant le drap mouillé, à la recherche d'une clope à fumer sur la margelle, au soleil.


mercredi 28 mai 2008

Hugues Micol - 3

La sortie ce premier trimestre 2008 de Séquelles m'avait convaincu de la nécéssité de relire 3 avant d'entâmer sa suite. Selon les mots de Cornélius, 3 a tout comme les Carottes de Patagonie pour Lewis Trondheim fait figure de livre d'apprentissage pour Hugues Micol. Parce que l'action y est incéssante et tout de même débridée, parce que comme pour Trondheim le dessin n'est pas toujours parfait ou académique ? Peut-être simplement parce que tout deux ont contribué d'une façon semblable à l'émancipation graphique de leurs auteurs respectifs.
Toujours est-il que 3 s'est imposé à sa relecture comme un bouquin monstre, tellement jouissif qu'à chaque page tournée je ne manquais pas de frapper l'ouvrage du dos de la main pour lui exprimer mon sauvage contentement. Et 3 est effectivement un livre sauvage, qui parle autant de yakusas que de films sur les yakusas, de course-poursuites que de films montrant des course-poursuites, tout dans cet album est multi-référencé, tout trouve sa place dans un contexte particulier et cela malgré la liberté indéniable qui se dégage des planches. En lisant 3, c'est tout le cinéma de Hong-Kong qu'on se prend dans la gueule, il faut voir comment Micol se débrouille admirablement pour donner une vivacité "filmique"aux dernières planches de l'album. Tout y est fluide, même si quand même, il y est beaucoup question de castagne et à tous les étages, avec un flic improbable qui se lance dés les premières planches et sans retenue aux trousses d'un homme-qui-avale-un-poisson-et-devient-un-ange. Magnifique de bout en bout, hâletant, suffoquant parce qu'exprimant sans arrêt le même motif de la chute-libre, de la course en avant, 3 n'en demeure pas moins un livre indéniablement puissant, de ces lectures que l'on garde longtemps comme un secret partagé avec l'auteur seulement, réservé aux seuls connaisseurs. Enfin les autres auraient tort de se priver de la lecture de ce diamant brute, aux contours certes coupants mais à la beauté indéniablement renversante.

Et alors pour Séquelles ? Et bien le charme s'est sensiblement rompu avec l'apparition des philactères. Non pas que Séquelles soit raté ou vain, heureusement non, mais il ne charme pas autant que 3, son action est plus attendue, elle se perd davantage aussi. Cependant le dessin est encore une fois à tomber à la renverse, Hugues Micol sait comme personne donner du corps à ce qu'il dessine, il a un don particulier pour ça. Sans doute aussi Séquelles est-il plus accessible que 3, et malgré son format plus volumineux. Enfin, je ne suis pas bien sûr qu'il sagisse là d'un défaut.